Dans la ca­bine, le calme et l’in­com­pré­hen­sion

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - V.V.

UN ÉNORME BROU­HA­HA, et puis des gé­mis­se­ments. Si le vi­sion­nage de la ca­mé­ra GoP­ro ins­tal­lée dans la ca­bine de pi­lo­tage du TGV Est qui a dé­raillé le 14 no­vembre 2015 ne per­met pas de dé­ter­mi­ner pré­ci­sé­ment les causes de l’ac­ci­dent, il ré­vèle l’in­com­pré­hen­sion qui règne dans la lo­co­mo­tive juste après le drame. Dans la ca­bine, les sept oc­cu­pants ont tous sur­vé­cu (les vic­times se trou­vaient dans une autre voi­ture de la rame d'es­sais). L’en­re­gis­tre­ment réa­li­sé par cette ca­mé­ra, ins­tal­lée par les che­mi­nots pour vi­sion­ner le com­por­te­ment de la voie fer­rée pen­dant les es­sais et no­tam­ment le sou­lè­ve­ment du bal­last, dure près de dix­huit mi­nutes. Sa re­trans­crip­tion, que nous avons pu consul­ter, dé­tonne avec l’am­pleur du drame.

« Au­cune pa­nique n’est per­cep­tible dans cette ca­bine. Les pro­pos sont po­sés, re­la­ti­ve­ment calmes et ex­pli­cites », écrit l’of­fi­cier de po­lice ju­di­ciaire qui a vi­sion­né l’en­re­gis­tre­ment. Sur­pre­nant, quand on sait que le TGV a dé­raillé à plus de 243 km/h et que la lo­co­mo­tive a fi­ni cou­chée sur son flanc gauche.

Au mi­lieu des gé­mis­se­ments de dou­leur et des bruits de verre bri­sé, alors qu’il est dif­fi­cile de dé­ter­mi­ner qui s’ex­prime, l’un des oc­cu­pants lâche : « Ils vont se de­man­der ce qu’on a fou­tu. » « Ah, je sais pas, j’ai pas com­pris », ré­pond un autre. « On était bon ? », in­ter­roge un troi­sième. « Oh, pu­tain, mais c’est pas pos­sible ! Qu’est-ce qui s’est pas­sé ? » ré­pète une des vic­times, quelques mi­nutes plus tard. « On a dé­raillé… On était trop vite… » en­chaîne un autre. « Mais, pu­tain, on était à la bonne vi­tesse ! » as­sure le pre­mier. « Il a frei­né, il a frei­né, c’est sûr ! Ça a dû en­rayer. »

De la mo­trice, ils ap­pellent les se­cours et s’in­ter­rogent

As­sez ra­pi­de­ment, cer­tains tentent de té­lé­pho­ner aux se­cours. « Al­lô ! C’est pour pré­ve­nir tout de suite. On a dé­raillé avec le TGV d’es­sais sur la LGV Est eu­ro­péenne, 2e phase. Je ré­pète, je ré­pète. C’est la LGV Est eu­ro­péenne. Il faut pré­ve­nir M. Pe­py (NDLR : le pa­tron de la SNCF ) tout de suite. D’ac­cord ! On a dé­raillé. »

Pen­dant ce temps, d’autres conti­nuent de s’in­ter­ro­ger : « Pour­tant, on l’a fait je ne sais pas com­bien de fois et ça a pas­sé. Puis là, il y a eu un pro­blème de frei­nage », es­time un autre. « Je pense qu’on n’était pas à plus de 200 ! Je pense qu’on était vite mais on le sau­ra avec la ma­chine », conclut un der­nier. L’en­quête a éta­bli que la rame rou­lait à 243 km/h au mo­ment du dé­raille­ment.

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