L’Al­le­magne plu­rielle tou­chée au coeur

TUE­RIE DE MASSE À MU­NICH. Une foule de toutes ori­gines est ve­nue nom­breuse hier se re­cueillir là où neuf per­sonnes ont été abat­tues ven­dre­di par un jeune dés­équi­li­bré.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Mu­nich (Al­le­magne) De nos en­voyés spé­ciaux Le pro­cu­reur de Mu­nich Ta­mer, ami de l’une des vic­times TIMOTHÉE BOU­TRY

« MU­NICH est co­lo­ré ». Au mi­lieu d’un par­terre de bou­gies et de fleurs, face au McDo­nald’s du Parc olym­pique de Mu­nich en­core pro­té­gé par des po­li­ciers, Ah­mad tient la pan­carte du bout de ses mains brû­lées. Un mes­sage de paix et de to­lé­rance, bran­di par ce ré­fu­gié sy­rien tou­ché dans sa chair par la guerre avant de trou­ver re­fuge en Ba­vière, à l’heure où c’est l’Al­le­magne dans toute sa di­ver­si­té qui pleure ses morts de ven­dre­di soir. Le bi­lan ma­cabre du coup de fo­lie de Da­vid Ali Son­bo­ly donne à lui seul un conden­sé de cette so­cié­té al­le­mande. Par­mi les neuf vic­times, es­sen­tiel­le­ment des ado­les­cents, fi­gurent un Turc, deux Ger­ma­no-Turcs, deux Al­le­mands, un Hon­grois, un Ko­so­var, un Grec et un apa­tride.

Alors qu’elles avaient ex­clu dès sa­me­di tout lien avec l’or­ga­ni­sa­tion Etat is­la­mique, les au­to­ri­tés al­le­mandes ont pré­ci­sé hier que le geste de ce jeune de 18 ans d’ori­gine ira­nienne ré­cem­ment conver­ti au ca­tho­li­cisme n’avait au­cun mo­bile ra­ciste. Sa fas­ci­na­tion pour le tueur néo­na­zi nor­vé­gien An­ders Beh­ring Brei­vik n’a pas in­fluen­cé le choix de ses vic­times qu’il a vi­sées au ha­sard de ses coups de feu. « Il n’y a rien dans cette af­faire contre les étran­gers », a in­di­qué hier le pro­cu­reur de Mu­nich. Pour le chef de la po­lice, c’est tout sim­ple­ment la di­ver­si­té des ori­gines des clients ha­bi­tuels de ce fast-food qui ex­plique la na­ture de ce bi­lan. « Un tiers des ha­bi­tants de Mu­nich ont des ori­gines étran­gères », avance Mo­ha­med, un in­gé­nieur né en Egypte.

Face au centre com­mer­cial en­core fer­mé, c’est un pays mo­saïque qui se ras­semble. La cho­rale d’Ah­mad en­tonne l'« Hymne à la joie » en al­le­mand, signes de croix et prières mu­sul­manes se suc­cèdent, femmes voi- lées et re­li­gieuses en cor­nettes se croisent, à l’unis­son dans la dou­leur. De nom­breux dra­peaux turcs ont été ac­cro­chés, en hom­mage à une com­mu­nau­té lo­cale forte de 80 000 membres par­ti­cu­liè­re­ment af­fec­tée par la tue­rie et contre la­quelle le ti­reur avait pro­fé­ré des pro­pos peu amènes avant de se don­ner la mort.

« Nos fa­milles sont en deuil », confie Er­kan Bal­kaya, le re­pré­sen­tant d’une as­so­cia­tion qui a ren­du vi­site sa­me­di aux pa­rents de Sel­çuk Ki­liç, un ado­les­cent de 18 ans abat­tu aux cô­tés de son ami Can Leyla, âgé de 14 ans. « Sel­çuk avait une pe­tite soeur et un pe­tit frère et Can un pe­tit frère, ra­conte Di­la­ra, qui les connais­sait tous les deux. Ils ai­maient sor­tir entre amis, al­ler au ci­né­ma ou par­ta­ger un ham­bur­ger. Je suis sous le choc. Je sais que le meur­trier en vou­lait aux Turcs en gé­né­ral parce qu’il avait été har­ce­lé à l’école, mais pas pour des rai­sons eth­niques. »

Ta­mer, 17 ans, et son pe­tit frère Tu­gay, 14 ans, peinent à trou­ver les mots pour ex­pri­mer leur cha­grin. Leur ami Hü­seyin, un ado­les­cent de 17 ans d’ori­gine gré­co-turque, a suc­com­bé sous les balles du for­ce­né in­stable psy­cho­lo­gi­que­ment. « Ça fait deux ans que nous jouions au foot en­semble. Nous étions tous les deux en dé­fense, souffle Ta­mer en ser­rant très fort la main de sa ca­dette. Il était tout le temps gen­til et joyeux. Sa mort me dé­prime. » Le choc a été d’au­tant plus dif­fi­cile à en­cais­ser que c’est en vi­sion­nant la vi­déo de la fu­sillade cap­tée par un pas­sant et ra­pi­de­ment dif­fu­sée sur In­ter­net que Ta­mer a réa­li­sé le dé­cès de son ami : « Je n’ai rien re­mar­qué en la voyant la pre­mière fois. Même si l’image n’est pas très bonne, je l’ai re­con­nu au se­cond pas­sage. Il est mort si jeune, c’est af­freux ! Sa soeur qui était pré­sente à ce mo­ment-là m’a ex­pli­qué qu’il avait été ache­vé d’une balle dans la tête. »

Au sein de cette as­sem­blée de tous ho­ri­zons qui se re­cueille en chu­cho­tant à voix basse, une cer­taine an­goisse af­fleure mal­gré tout. « C’est ter­rible à dire mais j’ai res­sen­ti une forme de sou­la­ge­ment en ap­pre­nant que la fu­sillade n’était pas l’oeuvre d’un ré­fu­gié, s’ex­cuse Ah­mad, le mi­ra­cu­lé sy­rien qui a pas­sé quatre mois dans le co­ma. Nous sommes dans une pé­riode où les faits et gestes de tous les ré­fu­giés sont scru­tés en per­ma­nence. L’Al­le­magne va de­voir être forte, mais je lui fais confiance. »

« Il n’y a rien dans cette af­faire contre les étran­gers » « Il était tout le temps gen­til et joyeux. Sa mort me dé­prime. »

Des sy­riens chantent pour les vic­times le­pa­ri­sien.fr

Mu­nich (Al­le­magne), hier. Une cho­rale de ré­fu­giés sy­riens a ren­du hom­mage aux vic­times en en­ton­nant l’ « Hymne à la joie » en al­le­mand.

Mu­nich, hier. « Mu­nich est co­lo­ré », bran­dit Ah­mad, ré­fu­gié sy­rien, pour en­cou­ra­ger l’uni­té et la to­lé­rance.

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