Beaumont at­tend « vé­ri­té et jus­tice »

MORT D’ADAMA TRAO­RÉ. La fa­mille de l’homme dé­cé­dé lors de son in­ter­pel­la­tion dans le Val-d’Oise ap­pelle au calme alors que les échauf­fou­rées ont conti­nué sa­me­di soir. Le rap­port d’au­top­sie com­plet se­ra dé­voi­lé cette se­maine.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise) AN­THO­NY LIEURES

DES MI­LI­TAIRES et des po­li­ciers qui qua­drillent le ter­rain, des voi­tures qui s’em­brasent, des ha­bi­tants qui s’exas­pèrent et une in­ter­ro­ga­tion, ob­sé­dante : que s’est-il réel­le­ment pas­sé ce mar­di 19 juillet lors­qu’Adama Trao­ré est mort lors de son tra­jet vers la gen­dar­me­rie après son in­ter­pel­la­tion ? Cet ha­bi­tant de Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise) fê­tait ce jour-là son 24e an­ni­ver­saire. Un dé­cès sur­ve­nu à la fin d’une jour­née ca­ni­cu­laire et que les forces de l’ordre ont ra­pi­de­ment at­tri­bué à un ma­laise, tan­dis que ses proches ont im­mé­dia­te­ment dé­non­cé une ba­vure.

Le rap­port com­plet d’au­top­sie doit être ré­vé­lé cette se­maine. Jeu­di der­nier, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Pon­toise avait dé­voi­lé que les pre­mières consta­ta­tions des lé­gistes de l’ins­ti­tut mé­di­co-lé­gal de Garches (Hautsde-Seine) n’avaient pas re­le­vé de « traces de vio­lence si­gni­fi­ca­tives » sur le corps du jeune homme et qu’Adama était mort d’une « in­fec­tion très grave, tou­chant plu­sieurs or­ganes ». Des termes qui n’ont pas man­qué de sou­le­ver la co­lère de ses proches, qui le di­saient en très bonne san­té. « Il n’y a pas à mettre en doute le tra­vail des lé­gistes, a ré­tor­qué le pro­cu­reur, Yves Jan­nier. Il y a tous les jours des gens en bonne san­té le ma­tin et qui dé­cèdent à mi­di, ou des foot­bal­leurs qui s’ef­fondrent sur un ter­rain. »

Le rap­port dé­fi­ni­tif de­vra pré­ci­ser ce qui a vé­ri­ta­ble­ment cau­sé le dé­cès, s’ap­puyant sur di­verses ana­lyses de sang. Mais les proches d’Adama ont dé­jà de­man­dé qu’une contreau­top­sie soit réa­li­sée dans la fou­lée par un col­lège d’ex­perts. « On ne dit pas que le pre­mier rap­port ment, on sou­haite seule­ment qu’il y ait plu­sieurs avis mé­di­caux », ex­plique l’avo­cat de la fa­mille, Me Za­jac. C’est un juge d’ins­truc­tion qui de­vra dire s’il ac­cède, ou non, à cette de­mande.

Des stars se mo­bi­lisent

De­puis mar­di, les vio­lences n’ont pas ces­sé dans le quar­tier d’ori­gine d’Adama, la ci­té Boyen­val à Beaumont, ni dans les quar­tiers sen­sibles des villes voi­sines. Une mai­rie, une école, une mé­dia­thèque ont été prises pour cible, mais aus­si des forces de l’ordre : neuf gen­darmes et un po­li­cier ont été bles­sés par des tirs d’armes à plombs. En tout, 28 per­sonnes ont été in­ter­pel­lées, se­lon la pré­fec­ture du Val-d’Oise.

Ven­dre­di, une marche a réuni près de 2 000 per­sonnes qui ont exi­gé « vé­ri­té et jus­tice pour Adama ». Dans le cor­tège, de la dé­fiance en­vers les au­to­ri­tés, des in­sultes en­vers les forces de l’ordre. « Ce que disent la po­lice et la gen­dar­me­rie, je n’y crois pas, pas plus qu’en la jus­tice », ex­pli­quait Touf, 37 ans. Le len­de­main, un ras­sem­ble­ment or­ga­ni­sé par le col­lec­tif Black Lives Mat­ter France, ins­pi­ré de ce­lui né aux Etats-Unis qui dé­nonce les vio­lences po­li­cières ra­cistes, a réuni un mil­lier de per­sonnes au Châ­te­let (Pa­ris Ier).

Sauf qu’à Beaumont, contrai­re­ment à cer­tains cas amé­ri­cains, au­cune vi­déo du dé­cès d’Adama n’a cir­cu­lé. La fa­mille a d’ailleurs lan­cé un ap­pel à té­moins. Car à l’ori­gine, c’est l’un de ses frères, Ba­gui, qui était contrô­lé dans le cadre d’une pro­cé­dure pour ex­tor­sion et agres­sion. Il a été in­ter­pel­lé sans in­ci­dent tan­dis qu’Adama a pris la fuite, avant d’être rat­tra­pé. Quelques heures plus tard, Ba­gui a ex­pli­qué avoir re­vu son frère mort, cou­ché dans la gen­dar­me­rie, et un mi­li­taire avec un tee-shirt en­san­glan­té.

Ce week-end, plu­sieurs stars (l’ac­teur Omar Sy, les rap­peurs Ke­ry James et Yous­sou­pha…) se sont mo­bi­li­sées pour sou­te­nir Adama et sa fa­mille. L’af­faire a aus­si fait ré­agir les po­li­tiques. Le PS a ré­cla­mé la « trans­pa­rence sur les cir­cons­tances de ce drame ». En at­ten­dant, la fa­mille du jeune homme ne cesse de lan­cer des ap­pels au calme dans les quar­tiers.

Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), sa­me­di soir. Des in­ci­dents ont de nou­veau écla­té dans la ci­té Boyen­val. Sur le ter­rain, 265 mi­li­taires et po­li­ciers étaient dé­ployés.

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