« Le pire des scé­na­rios »

Wla­di­mir An­dreff,

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Pro­pos re­cueillis par DA­VID CHAR­PEN­TIER

Spé­cia­liste de l’économie du sport, qu’il en­seigne no­tam­ment à l’uni­ver­si­té de Sot­chi, Wla­di­mir An­dreff connaît bien la réa­li­té du do­page dans le pays de Pou­tine.

Le CIO a dé­ci­dé de s’en re­mettre aux Fé­dé­ra­tions in­ter­na­tio­nales pour dé­ci­der de la par­ti­ci­pa­tion des Russes à Rio…

WLA­DI­MIR AN­DREFF. On ar­rive au pire des scé­na­rios en­vi­sa­gés. Une par­tie des ath­lètes russes est dis­qua­li­fiée et une autre va être au­to­ri­sée à concou­rir à Rio. Les dis­qua­li­fiés l’ont été du fait de l’in­tran­si­geance de la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale d’ath­lé­tisme. Mais d’autres Fé­dé­ra­tions, dont cer­taines sous in­fluence russe, ne tien­dront pas compte du rap­port McLa­ren.

Seuls les Russes se dopent ?

(Iro­nique.) De­puis quelques jours, beau­coup feignent de dé­cou­vrir le do­page d’Etat en Rus­sie. Ça prend juste un ca­rac­tère spec­ta­cu­laire avec les

On parle quand même d’un do­page gé­ré par l’Etat…

Pou­tine, en tant qu’an­cien com­mu­niste, a bai­gné dans sa jeu­nesse dans une at­mo­sphère où le sport était un lieu de dé­mons­tra­tion des qua­li­tés in­trin­sèques du sys­tème. Si le pré­sident russe est sor­ti du sys­tème éta­tique du sport, il n’est pas sor­ti de l’idéo­lo­gie qui al­lait avec. Et dans les pra­tiques qui al­laient avec, il y avait le do­page d’Etat.

Vous au­riez dé­ce­lé que les ath­lètes russes étaient do­pés à Sot­chi avant le rap­port McLa­ren. Com­ment ?

Grâce au mo­dèle éco­no­mé­trique que j’ai dé­ve­lop­pé pour connaître à l’avance les ré­sul­tats. J’in­tègre des va­riables comme la po­pu­la­tion, son in­dice de dé­ve­lop­pe­ment, le fait que le pays soit or­ga­ni­sa­teur… A Pé­kin, mon mo­dèle avait trou­vé 88 % de la ré­par­ti­tion des mé­dailles. A Sot­chi, les Etats-Unis de­vaient en rem­por­ter 36, la Rus­sie 24. La pré­si­dente de l’autre uni­ver­si­té de Sot­chi est ve­nue me voir et m’a dit : « Dé­so­lée, mon­sieur le pro­fes­seur, mais la Rus­sie fe­ra mieux, on se­ra pre­miers. » Je lui ai de­man­dé pour­quoi. Elle a ré­pon­du : « Parce que Pou­tine me l’a dit… »

Et pour­quoi votre mo­dèle s’est-il trom­pé ?

La Rus­sie est fi­na­le­ment ar­ri­vée pre­mière avec 36 mé­dailles de­vant les Etats-Unis. Quand un mo­dèle n’ex­plique pas un phé­no­mène, ce­la si­gni­fie, pour nous éco­no­mistes, qu’il y a une va­riable non ob­ser­vée. C’est celle du do­page. Sur le coup, je me suis dit : « C’est bi­zarre qu’au­cun ath­lète russe n’ait été contrô­lé po­si­tif. » On connaît main­te­nant la réa­li­té.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.