Le livre au­dio veut être en­ten­du

ÉDI­TION. Un bou­quin, ça peut aus­si s’écou­ter. Le mar­ché du livre au­dio, au­tre­fois confi­den­tiel et ré­ser­vé aux non-voyants, prend de l’am­pleur.

Aujourd'hui en France - - LOISIRS ET SPECTACLES - CA­THE­RINE BALLE

ON N’EN­TEND PAS beau­coup par­ler de lui, on le voit peu en li­brai­rie. Mais de­puis quelques mois, le livre au­dio passe à l’of­fen­sive. S’il ne re­pré­sente en France que 1 % du mar­ché du livre, son poids est dix fois plus im­por­tant en Grande-Bre­tagne ou en Al­le­magne.

Une offre di­ver­si­fiée. Au­tre­fois ré­ser­vé aux clas­siques et aux ro­mans pour en­fants, le livre au­dio s’est lar­ge­ment ou­vert ces der­nières an­nées. « Au­jourd’hui, il y a plus de ro­mans feel good (NDLR : qui mettent de bonne hu­meur), de lit­té­ra­ture sen­ti­men­tale ou de po­lars », dé­taille Va­lé­rie Lé­vy-Sous­san, di­rec­trice d’Au­dio­lib, qui re­pré­sente plus de 50 % du mar­ché du livre au­dio.

Un ca­len­drier de sor­tie plus ré­ac­tif. Plus be­soin d’at­tendre des mois pour avoir un ro­man qui fait l’ac­tua­li­té en for­mat au­dio. Chez Au­dio­lib, le der­nier Bus­si est sor­ti trois se­maines après la sor­tie pa­pier, le der­nier Mus­so un mois après et, à la ren­trée, le nou­vel Amé­lie No­thomb se­ra pu­blié en même temps que le ro­man en for­mat pa­pier. La tâche n’est pour­tant pas tou­jours ai­sée pour les édi­teurs. « On a par­fois les textes très tard, note Va­lé­rie Lé­vySous­san. Or, on a be­soin de trois se­maines au mi­ni­mum pour en­re­gis­trer, mon­ter, mixer et com­mer­cia­li­ser un livre au­dio. » Cer­tains titres ne passent par ailleurs en for­mat au­dio que s’ils se vendent suf­fi­sam­ment en pa­pier, car le coût de fa­bri­ca­tion d’un livre au­dio est d’au moins 5 000 € (entre les droits, l’à-va­loir pour l’au­teur, la lo­ca­tion du stu­dio et le ca­chet du ou des lec­teurs).

Des prix plus bas. Mal­gré ces coûts éle­vés, les édi­teurs au­dio se calent de plus en plus sur le prix du for­mat pa­pier. « Il y a dix ans, le livre au­dio va­lait par­fois le double du prix de l’ou­vrage pa­pier », sou­ligne Va­lé­ry Lé­vy-Sous­san.

Vers le tout-nu­mé­rique ? Les édi­teurs de livres au­dio se mettent de plus en plus au nu­mé­rique. « Je me pose même la ques­tion d’ar­rê­ter les livres au­dio phy­siques, confie Pa­trick Méa­deb. Dans cer­tains or­di­na­teurs et dans les nou­velles voi­tures, il n’y a par­fois même plus de lec­teurs CD. Et le nu­mé­rique peut da­van­tage tou­cher les jeunes, qui ont l’ha­bi­tude d’avoir des casques sur les oreilles. » Chez So­noBook, le nu­mé­rique re­pré­sente 60 % du chiffre d’af­faires. Chez Au­dio­lib, c’est dé­jà 25 à 30 % des ventes. Et, aux cô­tés des plates-formes de té­lé­char­ge­ment Book­do­reille.com, Au­dio­te­ka.fr, Six­trid.com ou Nu­mi­log.com, deux géants se dé­ve­loppent : la plate-forme d’iTu­nesApple, et Au­dible, fi­liale d’Ama­zon.

La grosse cam­pagne d’Au­dible. « Ce ma­tin, j’ai cou­ru avec Ste­phen King. » L’af­fiche, qui mon­trait une jeune femme en plein foo­ting, a été pla­car­dée dans le mé­tro pa­ri­sien et est ap­pa­rue sur de nom­breux sites In­ter­net. Avec cette cam­pagne de pub, Au­dible pro­pose sur son site un abon­ne­ment per­met­tant d’avoir un livre au­dio par mois pour 9,95 € men­suels et un pre­mier livre of­fert.

Les édi­teurs réu­nis dans une com­mis­sion. Fin 2014, les édi­teurs de livres au­dio ont créé au Syn­di­cat na­tio­nal de l’édi­tion une com­mis­sion dé­diée au livre au­dio. « On vou­drait que les lec­teurs s’aper­çoivent qu’on peut écou­ter un livre au­dio en voi­ture, chez soi avant de s’en­dor­mir, en fai­sant des tâches mé­na­gères, du foo­ting, de la gym ou même en na­geant, dé­ve­loppe Va­lé­rie Lé­vySous­san, vice-pré­si­dente de la com­mis­sion. Le pu­blic croit en­core trop sou­vent que le livre au­dio est ré­ser­vé aux mal­voyants. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.