L’école est fi­nie et Shei­la ar­rive

Quand sort « L’école est fi­nie », en 1963, la chan­son n’est pas un tube im­mé­diat. Mais elle s’in­cruste bien­tôt dans les ra­dios de l’époque, et Shei­la dé­couvre soudain la cé­lé­bri­té.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - EM­MA­NUEL MAROLLE

C’EST UN CA­DEAU. Peut-être un peu trop gros pour elle. Quand Shei­la com­mence à ra­con­ter « L’école est fi­nie », sor­tie en 1963, elle ré­sume tout en une phrase : « C’est mon Pe­tit Pa­pa Noël. » Ça tombe bien. Sa chan­son fait par­tie de celles qui ont rin­gar­di­sé la gé­né­ra­tion Ti­no Ros­si. « Soudain avec les yé-yé, on avait tous le même âge : les chan­teurs, les jour­na­listes, les fans. Les jeunes par­laient aux jeunes. »

A l’époque, Shei­la a 16 ans, presque 17, comme dit la chan­son. « J’ai bien­tôt 17 ans, un coeur tout neuf… et des yeux d’ange. » « Il y avait des clap, clap, juste après cette phrase, vous vous sou­ve­nez ? ex­plique-telle au­jourd’hui. Pen­dant l’en­re­gis­tre­ment, on les fai­sait avec les mains, mais mon pro­duc­teur, Claude Car­rère, trou­vait que ça ne pé­tait pas as­sez. Alors il a pris une planche qui traî­nait dans le stu­dio et l’a co­gnée sur un pla­card. C’est le son que l’on en­tend dans le disque. » A l’époque, Car­rère fait ce qu’il veut de Shei­la, de son vraie nom An­nie Chan­cel, jeune fille qui tra­vaillait sur les mar­chés avec ses pa­rents, avant de chan­ter avec un groupe au GolfD­rouot et d’être re­pé­rée par son fu­tur pro­duc­teur lors d’une au­di­tion, et de sor­tir un pre­mier 45 tours, « Jo­lie Pe­tite Shei­la ». Mais c’est « L’école est fi­nie » qui po­pu­la­rise sa voix et ses couettes. « La pre­mière fois que j’ai en­ten­du ce mor­ceau, c’était au pia­no, chez mon édi­teur. Il avait été écrit pour moi, par An­dré Sal­vet. Ça ra­con­tait ma vie, en quelque sorte. Puis, avant de l’en­re­gis­trer, j’ai pas­sé des jours et des jours à la ré­pé­ter dans la voi­ture de Claude Car­rère, que j’ac­com­pa­gnais de ren­dez-vous en ren­dez-vous. Les gens qui pas­saient me re­gar­daient, in­ter­lo­qués, j’avais honte. »

Le 45 tours sort le 13 fé­vrier 1963. Mais il peine d’abord à convaincre. « Lu­cien Mo­risse, le di­rec­teur des pro­grammes d’Eu­rope 1, a même cas­sé le disque à l’an­tenne en di­sant que c’était de la merde, que c’était une honte. J’ai mis du temps à être dif­fu­sée dans l’émis­sion de la sta­tion, Sa­lut les co­pains. » Qu’im­porte. Comme son nom l’in­dique, c’est à la fin des cours que « L’école est fi­nie » s’est mise à se vendre, peu avant l’été, à plus d’un mil­lion et de­mi d’exem­plaires. « Au­tour de chez mes pa­rents, le ca­fé, le fro­ma­ger, le bou­lan­ger étaient cha­cun bran­chés sur une ra­dio dif­fé­rente et no­taient le nombre de fois où la chan­son pas­sait à l’an­tenne. Et le mar­chand de j our­naux re­pé­rait tous les ar­ticles sur moi. Je me rap­pelle que j’ai pris le mé­tro avec ma pre­mière cou­ver­ture de ma­ga­zine. J’étais as­sise dans la rame avec la Une du jour­nal en évi­dence. Et les gens ne fai­saient pas le lien entre moi et la pho­to. » C’est la der­nière fois que Shei­la a pris le mé­tro. « Après L’école est fi­nie, je ne po pou­vais plus des­cendre de chez moi pour ache­ter une ba­guette de pain. Les gens cou­chaient sur mon paillas­son. J’ai été hap­pée par la foule à la Foire du Trône. On me sui­vait par­tout en So­lex. Je suis par­tie dans un car de po­lice à Marseille pour don­ner un con­cert. »

Shei­la est heu­reu- se de re­plon­ger dans ses sou­ve­nirs, dans ses pre­miers pas­sages té­lé, qui se­ront bien­tôt com­pi­lés dans un DVD à pa­raître à l’au­tomne. Pour­tant, on sent une pointe de mé­lan­co­lie, voire d’amer­tume, dans le des­tin de « L’école est fi­nie ». « A la fois, j’ai ado­ré, parce que je m’en­ten­dais à la ra­dio, que l’on m’en parle en­core. Mais j’ai tout de suite per­du ma li­ber­té à 17 ans. Je me sen­tais épiée par­tout. Et en plus, fi­nan­ciè­re­ment, je n’ai pas tou­ché grand-chose sur la chan­son, qui ap­par­te­nait à mon pro­duc­teur, Claude Car­rère. L’ar­gent de L’école est fi­nie, je n’en ai pas vu la cou­leur. »

« J’ai tout de suite per­du ma li­ber­té à 17 ans »

@ema­rolle Shei­la vient de sor­tir deux de ses al­bums, « Lit­tle Dar­lin » et « King of World », en pic­ture-disc vi­nyles. Elle pu­blie­ra « les Bon­heurs de la vie », le 19 oc­tobre aux Edi­tions de l’Ar­chi­pel, un best of de 3 CD et un cof­fret de deux DVD le 21 oc­tobre. « Donne-moi ta main et prends la mienne LaL cloche a son­né, ça si­gni­fie LaL rue est à nous que la joie vienne MaisM oui mais oui l’école est fi­nie NousN irons dan­ser ce soir peut-être OuO bien cha­hu­ter tous entre amis RienR que d’y pen­ser j’en perds la tête MaisM oui mais oui l’école est fi­nie Donne-moiD tat main ete prends la mienne La cloche a son­né ça si­gni­fie La rue est à nous que la joie vienne Mais oui mais oui l’école est fi­nie J’ai bien­tôt dix-sept ans un coeur tout neuf Et des yeux d’ange Toi tu en as dix-huit mais tu en fais dix­neuf C’est ça la chance. »

Du­tronc etJacques Fran­çois co­pains. Sa­lutles Shei­la,Claude re­mentde l’en­re­gist pen­dant AvantA t de chan­ter, la jeune fille tra­vaillait sur les mar­chés avec ses pa­rents.

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