Nice : et si on ar­rê­tait les po­lé­miques

AT­TEN­TAT. Entre la droite, Ch­ris­tian Es­tro­si en tête, et le gou­ver­ne­ment, les ac­cu­sa­tions concer­nant la tra­gé­die de Nice fusent chaque jour. Exas­pé­rant les Fran­çais.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - CHARLES DE SAINT SAU­VEUR ET HEN­RI VER­NET

ALORS QU’UNE QUIN­ZAINE de vic­times de l’at­ten­tat de Nice luttent tou­jours contre la mort dans leurs lits d’hô­pi­tal, les té­nors po­li­tiques s’em­paillent comme des chif­fon­niers. Ch­ris­tian Es­tro­si, ex-maire de Nice — fau­teuil qu’il a dû quit­ter pour la pré­si­dence de la ré­gion Paca — mais om­ni­pré­sent dans sa ville, ac­cuse le gou­ver­ne­ment de men­songe, de dis­si­mu­la­tion et d’en­trave à l’« écla­te­ment de la vé­ri­té » sur la tra­gé­die du 14 Juillet. Dans son vi­seur, un Ber­nard Ca­ze­neuve qui cher­che­rait se­lon lui à mas­quer les failles du dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té pré­vu ce soir-là au­tour de la pro­me­nade des An­glais. Quitte à faire pres­sion sur une po­li­cière mu­ni­ci­pale ni­çoise. En face, le pré­sident et son Pre­mier mi­nistre, ou­trés par ces ac­cu­sa­tions, sont mon­tés au cré­neau pour dé­fendre le pre­mier flic de France, un « homme in­tègre et un mi­nistre de l’In­té­rieur for­mi­dable ». Fus­ti­geant un « dis­cours de haine », Valls a com­pa­ré les mé­thodes d’Es­tro­si et d’une par­tie de la droite au po­pu­lisme de Do­nald Trump, où « tous les coups sont per­mis ».

Ca­ze­neuve va­cille

Bref, une « bas­sesse » bien loin de l’uni­té na­tio­nale qui avait pré­va­lu après les at­ten­tats contre « Char­lie » en jan­vier 2015 puis — mais de fa­çon plus éphé­mère — après ceux du Ba­ta­clan en no­vembre. Il est vrai qu’entre-temps la pré­si­den­tielle s’est rap­pro­chée. Plus ques­tion de mettre sous le bois­seau les ri­va­li­tés. Cha­cun sonne la charge ! Ain­si a-t-on vu le pré­ten­du sage Alain Jup­pé at­ta­quer le pre­mier dès le ma­tin du 15 juillet.

Mais voi­là, ce spec­tacle-là, les Fran­çais s’en of­fusquent et le re­jettent se­lon un son­dage ex­clu­sif Odoxa pour « Le Pa­ri­sien » - « Au­jourd’hui en France » et France In­fo. Ils sont huit sur dix (78 %) à ju­ger que les po­li­tiques n’ont pas été à la hau­teur des événements. Alors que moins du tiers leur fai­saient ce re­proche après les tue­ries du 13 no­vembre. « Ils visent pour une part les lea­deurs de droite qui ont choi­si de rompre avec l’union na­tio­nale, dé­crypte Gaël Sli­man, di­rec­teur de l’ins­ti­tut Odoxa. Mais aus­si la gauche au pou­voir, car les cri­tiques en­vers le mi­nistre de l’In­té­rieur ont pro­duit leur ef­fet, Les Fran­çais es­timent que les me­sures de sé­cu­ri­té ne per­mettent pas de ré­duire les risques d’at­ten­tat. »

Dans ce fa­tras, dé­li­cat de dé­mê­ler qui a tort et qui a rai­son. Es­tro­si n’en ra­joute-t-il pas, lui qui se vou­lait à Nice le hé­raut de la sé­cu­ri­té ? Ca­ze­neuve ne se­rait-il pas ten­té de ver­rouiller à ou­trance pour pro­té­ger des forces de l’ordre ul­tra­sol­li­ci­tées et sou­vent cri­ti­quées ? Mais, au fond, quelle im­por­tance ? Le ré­sul­tat, c’est que la po­li­tique en sort flé­trie et le gou­ver­ne­ment un peu plus af­fai­bli. Et que Ber­nard Ca­ze­neuve, qui s’était im­po­sé de­puis « Char­lie » comme l’un des rares pi­liers in­ébran­lables de l’équipe Hol­lande, va­cille dé­sor­mais à son tour. Or le pré­sident a be­soin de cet atout : dans cette pé­riode de crise, l’homme a long­temps ras­su­ré les Fran­çais. Au point d’être pres­sen­ti comme l’un des ac­teurs es­sen­tiels de la fu­ture cam­pagne de Hol­lande. Pas ques­tion donc de le lais­ser s’en­li­ser dans la po­lé­mique, en­core moins évi­dem­ment de faire à la droite le ca­deau d’une dé­mis­sion. Une cer­ti­tude : les Fran­çais en ont as­sez. Et ils exigent (à 74 %), le re­tour à l’union na­tio­nale. @cde­saint­sau­veur @Hen­riVer­net

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