Entre ces deux hommes, un duel sans mer­ci

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Un proche de Hol­lande AVA DJAMSHIDI ET CHARLES SAPIN

« AUX RÉ­GIO­NALES, on a tous vo­té pour ce c…, on a fait cam­pagne pour lui et il passe son temps à nous ch… dans les bottes. » En haut lieu, un conseiller du pou­voir ne mâche pas ses mots pour évo­quer le « cas Es­tro­si ». L’homme n’a-t-il pas été élu pré­sident (LR) de la ré­gion Paca, en dé­cembre, face au Front na­tio­nal grâce aux voix de la gauche ? Dès la nuit du 14 juillet, quelques heures à peine après l’at­ten­tat de la pro­me­nade de s An­gl a i s , l’ex-maire de Nice et Ber­nard Ca­zene uve n’ o nt pu conte­nir l’aga­ce­ment res­sen­ti l’un en­vers l’autre. Dans « sa » ville, l’an­cien mi­nistre de l’In­dus­trie, qui a fait de la sé­cu­ri­té un de ses che­vaux de ba­taille, cham­pion de la vi­déo­sur­veillance, a très mal vé­cu d’être te­nu à l’écart d’une réunion entre le mi­nistre et ses ser­vices. « Ce soir-là, il a pé­té les plombs, confie un té­moin. C’est Eric Ciot­ti (NDLR : dé­pu­té LR des Alpes-Ma­ri­times) qui a dû le ra­me­ner à la rai­son. »

De­puis cette nuit tra­gique, la ten­sion n’a ces­sé de mon­ter entre les deux hommes. « Mais c’est du fait d’Es­tro, tonne-t-on au som­met de l’Etat. Il ne se passe pas une jour­née sans qu’on bouffe de la po­lé­mique à cause de lui. » Un proche de Hol­lande a sa pe­tite ex­pli­ca­tion : « Es­tro­si a été très cho­qué par ce qu’il a vu et il peine vrai­sem­bla­ble­ment à ré­agir ra­tion­nel­le­ment. » Même ana­lyse dans le camp du Ni­çois. « Nous par­lons d’un homme qui, en quelques mi­nutes, a vu une di­zaine de corps à terre, sa vie a été bou­le­ver­sée, jus­ti­fie la porte-pa­role des Ré­pu­bli­cains, Va­lé­rie De­bord. Quant aux at­taques ré­pé­tées de l’ex-maire, mais tou­jours 1er ad­joint à la sé­cu­ri­té, sur les ra­tés du dis­po­si­tif po­li­cier, elles exas­pèrent les forces de l’ordre. « On a eu l’ex­trême élé­gance de ne pas sou­li­gner qu’il y était lui-même as­so­cié et qu’il a sé­ché les réunions de pré­pa­ra­tion à cet évé­ne­ment », re­lève, acide, une source po­li­cière de haut rang.

Après dix jours de vin­dicte ci­blant la res­pon­sa­bi­li­té du gou­ver­ne­ment, la droite s’est en­ga­gée dans une que­relle aux des­seins troubles et à l’is­sue in­cer­taine pour Ch­ris­tian Es­tro­si qui s’af­fi­chait en cham­pion de la sé­cu­ri­té, dé­si­reux de faire de Nice un « la­bo­ra­toire » en la ma­tière. Mais même dans son camp, chez les Ré­pu­bli­cains, le sou­tien se fait dé­sor­mais mez­za voce. Et beau­coup re­doutent « l’ef­fet boo­me­rang » de tel-

« Es­tro­si a été très cho­qué par ce qu’il a vu et il peine vrai­sem­bla­ble­ment à ré­agir ra­tion­nel­le­ment »

les po­lé­miques. « Elles écornent fi­na­le­ment tout le monde », ad­met le se­cré­taire na­tio­nal LR char­gé de la sé­cu­ri­té, Bru­no Bes­chiz­za. Pour­tant, dans l’en­tou­rage de Ch­ris­tian Es­tro­si, on dit aus­si dé­plo­rer « le cli­mat dé­tes­table »… tout en re­fu­sant d’en en­dos­ser la res­pon­sa­bi­li­té. Mais ses proches pré­fèrent en res­ter là plu­tôt que de sur­en­ché­rir.

Le prin­ci­pal in­té­res­sé, lui, a pas­sé sa jour­née à rendre hom­mage aux vic­times puis à dé­co­rer de la mé­daille de la ville les trois Ni­çois qui ont ten­té d’in­ter­cep­ter le ter­ro­riste. Fa­çon de sou­li­gner que le gou­ver­ne­ment, lui, ne leur a pas en­core re­mis la Lé­gion d’hon­neur… @AvaD­jam­shi­di @csa­pin

Ch­ris­tian Es­tro­si, ex-maire de Nice, ac­cuse Ber­nard Ca­ze­neuve de cher­cher à mas­quer les failles du dis­po­si­tif po­li­cier du 14 Juillet. Ce qui ul­cère le mi­nistre de l’In­té­rieur.

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