« Ce n’est pas le mo­ment »

Em­ma,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Nice (Alpes-Ma­ri­times) De notre cor­res­pon­dant Ma­ryse, une sexa­gé­naire MAT­THIAS GA­LANTE

TOUT À LEURS va­cances en ce lun­di sous un so­leil ra­geur, les tou­ristes achètent des sou­ve­nirs et des glaces dans le Vieux-Nice. Mais les ha­bi­tants, eux, sont d’hu­meur beau­coup moins ba­dine quand on aborde le feuille­ton de la dis­corde entre la ville et le gou­ver­ne­ment. « Le drame hu­main com­mence à être éclip­sé, ce n’est pas bon. Mes clients sont han­tés par ce qui s’est pas­sé, pas par ces dé­bats qui doivent être ré­glés par les ser­vices com­pé­tents », es­time Sa­mi, qui tient le kiosque à jour­naux de la place du Pa­laisde-Jus­tice. Lynne, ve­nue s’in­for­mer sur la po­lé­mique au moyen de son quo­ti­dien na­tio­nal, mau­grée : « Trop, c’est trop ! Qu’est-ce que ça va chan­ger, à part créer de l’amer­tume ? » Se­lon cette Néo-Zé­lan­daise ha­bi­tant sur la baie des Anges quatre mois par an, « ce­la res­semble à des re­vanches po­li­ti­ciennes peu dignes ».

Un avis que ne par­tage pas Mar­tine, 71 ans. Elle trouve la po­lé­mique « peut-être utile pour l’ave­nir grâce à Ch­ris­tian Es­tro­si qui a bien rai­son ». A quelques cen­taines de mètres, de­vant le mé­mo­rial cou­vert de fleurs, de bou­gies et de pe­luches du kiosque à mu­sique, Ma­ryse, une sexa­gé­naire, ne lâche pas des yeux les émou­vantes marques d’hom­mage. « Ici, tout est tou­jours po­li­tique, ana­lyse la Ni­çoise. J’ai en­vie de leur dire à tous : Ar­rê­tez-vous ! M. Es­tro­si au­rait dû se te­nir à l’écart, d’au­tant qu’il n’est plus maire, non ? »

Ve­nu se re­cueillir sur le site dès son re­tour de va­cances, Vincent, 56 ans, « cho­qué par la vio­lence des pro­pos échan­gés ces der­niers jours », ai­me­rait que la ten­sion re­des­cende : « Ber­nard Ca­ze­neuve au­rait pu cal­mer le jeu et ve­nir par exemple ren­con­trer tout le monde. Com­ment ils vont or­ga­ni­ser un hom­mage na­tio­nal dans ces condi­tions ? » s’in­ter­roge-t-il. A quelques pas du mot ins­crit ce week-end par Bo­no, le chan­teur de U2, des po­li­ciers mu­ni­ci­paux et quelques re­pré­sen­tants de la po­lice na­tio­nale viennent tout juste de dé­po­ser une gerbe com­mune sym­bo­lique. « Il n’y a pas un jour sans nou­velle po­lé­mique, il faut que ça s’apaise ! » in­time Yves Ber­ge­rat, vice-pré­sident du SNPM (Syn­di­cat na­tio­nal des po­li­ciers mu­ni­ci­paux) à l’is­sue de la cé­ré­mo­nie.

Un cri du coeur re­pris de l’autre cô­té de la route, sur la pro­me­nade

« J’ai en­vie de leur dire à tous : Ar­rê­tez-vous ! »

des An­glais où des cen­taines de bou­quets contrastent avec les bai­gneurs en pleine bron­zette. « Le mi­nistre n’au­rait pas dû por­ter plainte et la po­li­cière mu­ni­ci­pale n’au­rait pas dû dé­non­cer les faits dans la presse », sou­pire Em­ma. Der­rière ses lu­nettes de so­leil, la ly­céenne de 16 ans confie avoir mis sept jours pour trou­ver le cou­rage de ve­nir sur les lieux de l’at­ten­tat. L’heure est au deuil, pas à la dis­corde, pense-t-elle : « Ce n’est pas le mo­ment, ça fait à peine une se­maine que c’est ar­ri­vé ! »

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