Zi­ka : vi­gi­lance ac­crue pour les femmes en­ceintes

SAN­TÉ. Hier, un bé­bé at­teint de mi­cro­cé­pha­lie est né en Es­pagne d’une mère in­fec­tée par le vi­rus. Ce pre­mier cas en Eu­rope in­quiète la France où le mous­tique-tigre est pré­sent. Des mé­de­cins ap­pellent à la vi­gi­lance.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Ro­main, fu­tur marié pa­ri­sien FL. M ET CH­RIS­TINE MA­TEUS

DANS QUELQUES JOURS, An­na, 35 ans, s’en­vo­le­ra vers la Côte d’Azur avec sa fa­mille et le pe­tit bé­bé qu’elle porte dans son ventre de­puis un mois et de­mi. En consul­tant sa gy­né­co­logue, celle-ci a été très claire : « Elle m’a par­lé de Zi­ka, m’a de­man­dé d’être très très pru­dente et m’a dit que le mous­tique-tigre pou­vait pi­quer à tra­vers les vê­te­ments et de prendre donc un bon ré­pul­sif », ex­plique la fu­ture ma­man. Hier, l’in­quié­tude chez les mé­de­cins et les femmes en­ceintes est mon­tée d’un cran. Car après l’Amé­rique du Sud, la Mar­ti­nique ou en­core la Guyane, une femme por­teuse du vi­rus Zi­ka a pour la pre­mière fois en Eu­rope don­né nais­sance à un bé­bé at­teint de mi­cro­cé­pha­lie : une mal­for­ma­tion de la boîte crâ­nienne du nou­veau­né. « Le bé­bé va bien d’un point de vue cli­nique, ses fonc­tions vi­tales sont nor­males, mais il est at­teint de mi­cro­cé­pha­lie », a an­non­cé l’hô­pi­tal de Bar­ce­lone.

« Que ce­la ar­rive en Es­pagne n’est pas une bonne nou­velle et doit nous in­vi­ter à re­dou­bler de vi­gi­lance en France », note le pro­fes­seur Phi­lippe De­ruelle, qui exerce au CHRU de Lille. « Le fait, re­prend-il, que la mèr e a v a i t é t é d i a g n o s t i q u é e (NDLR : par les mé­de­cins en mai der­nier ; elle avait choi­si de pour­suivre sa gros­sesse) reste tout de même ras­su­rant sur l’ef­fi­ca­ci­té des diag­nos­tics pré­na­taux. »

Une étude, dé­voi­lée hier, en­fonce pour­tant le clou sur les consé­quences de l’épi­dé­mie ap­pa­rue en Amé­rique la­tine en 2015. Au Bré­sil, pays où vont s’ou­vrir le 5 août les Jeux olym­piques d’été, près de 1,5 mil­lion de per­sonnes sont in­fec­tées. Pu­bliée dans la re­vue an­glo-saxonne « Na­ture Mi­cro­bio­lo­gy », l’étude me­née par des ex­perts i ndique que des « di­zaines de mil­liers » de bé­bés pour­raient naître avec des mal­for­ma­tions du crâne dans cette ré­gion et aus­si aux Caraïbes. Les spé­cia­listes évoquent aus­si des risques de troubles neu­ro­lo­gi- ques ou des « re­tards de crois­sance ». « Zi­ka nous a fait re­non­cer à par­tir en voyage de noces au Bré­sil ou en Colombie, car si une gros­sesse s’an­nonce, il est hors de ques­tion de prendre des risques », ex­plique Ro­main, tren­te­naire pa­ri­sien qui va se ma­rier au mois de dé­cembre.

Comme lui, de nom­breux Fran­çais de mé­tro­pole ont re­non­cé à se rendre dans des zones à risque, tan­dis que l’ou­tre­mer, tou­ché par Zi­ka, est sous haute sur­veillance. « Dans le pire des scé­na­rios, 1,65 mil­lion de femmes en­ceintes pour­raient contrac­ter le vi- rus au cours de cette épi­dé­mie », lit-on dans l’étude, tan­dis qu’une autre pu­bli­ca­tion ré­cente réa­li­sée par un cher­cheur de l’uni­ver­si­té de Lan­cas­ter par­lait d’une pos­si­bi­li­té de voir « jus­qu’à 29 % de bé­bés de mères in­fec­tées dé­ve­lop­per des pro­blèmes ».

Dans l’Hexa­gone, d’après l’Ins­ti­tut na­tio­nal de veille sa­ni­taire (InVS), 643 per­sonnes re­ve­nant d’un voyage sur une zone in­fes­tée, dont 17 femmes en­ceintes, ont été of­fi­ciel­le­ment in­fec­tées par le vi­rus. Huit cas par trans­mis­sion sexuelle ont éga­le­ment été confir­més. Mais au­cun cas au­toch­tone n’a, pour l’ins­tant, été re­cen­sé.

« Ce­la nous a fait re­non­cer à par­tir en voyage de noces au Bré­sil… »

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