« Le pa­nache a un peu dis­pa­ru »

CY­CLISME. Tho­mas Voe­ck­ler (Di­rect Ener­gie), un des cou­reurs tri­co­lores les plus po­pu­laires du pe­lo­ton, dresse un bi­lan du 103e Tour de France. Le Ven­déen an­non­ce­ra la fin de sa car­rière « quand il le sen­ti­ra ».

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Pro­pos re­cueillis par DAVID OPOCZYNSKI

UN DER­NIER DÉ­JEU­NER avec Julie, sa femme, puis un re­tour en Ven­dée pour re­trou­ver ses deux en­fants : Tho­mas Voe­ck­ler a dit au re­voir au Tour. A 37 ans, lui seul sait s’il re­vien­dra sur la Grande Boucle. Une chose est sûre, son ex­pé­rience fait de lui l’un des mieux pla­cés pour évo­quer les su­jets chauds de l’édition 2016. Com­men­çons par la per­for­mance de Ro­main Bar­det, 2e du Tour. Que vous ins­pire-t-elle ? THO­MAS VOE­CK­LER. Je dis cha­peau. Il a fait des sa­cri­fices, a une pro­gres­sion li­néaire d’an­née en an­née. J’ai l’im­pres­sion qu’il aime le pa­nache. J’avoue que je suis content pour le vélo fran­çais. Un Fran­çais ga­gne­ra-t-il bien­tôt le Tour ? Fran­che­ment , ça fait des an­nées que je ré­pon­dais non. Mais de­puis le dé­but de l’an­née, je dis oui. Quand on sait que Pi­not, au meilleur de sa forme, n’a rien à en­vier à Bar­det au meilleur de sa forme, on a de la ri­chesse ! Avec Ala­phi­lippe der­rière. Mon­tagne, sprint, clas­se­ments gé­né­raux : si on re­vient six-sept ans en ar­rière, quand on était sa­tis­faits d’une vic­toire d’étape ou d’une échap­pé de Voe­ck­ler, Cha­va­nel, Ca­sar ou Fé­dri­go, et bien on a fait du che­min !

« Co­quard va de­ve­nir une co­que­luche »

Un mot sur votre équi­pier Bryan Co­quard ? Ce n’est pas un cou­reur lamb­da. C’est un pe­tit jeune avec une pe­tite gueule, un bon fond. Un jour ça fe­ra tilt. Il va de­ve­nir une co­que­luche. Est-il tou­jours pos­sible de se faire plai­sir dans le cy­clisme au­jourd’hui ? C’est de plus en plus dur de faire des ré­sul­tats si on n’est pas un cou­reur au top phy­si­que­ment. Marc Ma­diot dé­plore un cy­clisme asep­ti­sé… C’est vrai. Les in­té­rêts éco­no­miques sont tel­le­ment im­por­tants que le pa­nache a un peu dis­pa­ru. Il n’y a du pa­nache qu’une fois que c’est per­du. Marc Ma­diot dit ça, mais si Thi­baut Pi­not avait été en grande forme, je ne suis pas sûr qu’on l’au­rait vu at­ta­quer dans tous les sens non plus… Le cy­clisme peut-il être en dan­ger ? Je ne pense pas. Parce qu’il y a de plus en plus de ronds dans les équipes. A part nous, et For­tu­neo, ça de­vient pha­rao­nique même pour les équipes fran­çaises. C’est bien le signe que la mort du cy­clisme n’est pas an­non­cée. En tout cas, on s’éloigne du cy­clisme d’an­tan qui a peut-être fait ai­mer le vélo aux gens, ça oui. Que faire ? Je pense qu’il fau­drait que ça vienne du haut. Que les spon­sors soient d’ac­cord pour prendre le risque de perdre un ré­sul­tat concret en échange de re­tom­bées trois fois su­pé­rieures en émo­tion et donc en im­pact grâce à un mec qui au­ra don­né des fris­sons. Pre­nez l’exemple de 2011 : je n’ai pas ga­gné le Tour (NDLR : 4e) mais vous pen­sez que les gens ont été mar­qués par la vic­toire de Ca­del Evans ? La sup­pres­sion des oreillettes est-elle un moyen d’amé­lio­rer les courses ? Oui. Avec un canal unique an­non­çant les zones de dan­ger. Il est clair que les oreillettes sont le business de ceux qui ont les plus gros moyens et que ça n’ar­ran­ge­rait pas qu’il y ait des im­pré­vus en course. Qu’est-ce qui vous a plu dans votre car­rière ? C’est de ne pas avoir bais­sé les bras, de ne pas avoir lais­sé les autres me gâ­cher le plai­sir que j’avais à faire du vélo avec mes convic­tions. Il faut avoir un peu de per­son­na­li­té pour res­ter droit dans ses bottes et se dire que ce n’est pas eux, que je soup­çonne de me prendre pour un con, qui vont m’em­pê­cher de faire le sport que j’aime. C’est le Tour qui vous au­ra don­né le plus ? Oui, obli­ga­toi­re­ment ma car­rière est rat­ta­chée au Tour, même si j’ai tou­jours consi­dé­ré la sai­son dans son en­semble et que je suis un amou­reux des courses de vélo. Cette an­née, je suis al­lé à la Tro­pi­cale Amis­sa Bon­go et j’ai pris un su­per pied. Le Tour n’est-il pas de­ve­nu « trop » ? On ne peut pas dire ça si­non ça ne se­rait plus le Tour. C’est « trop » peu­têtre pour les sui­veurs du vélo. Pour le reste, on sait que la plu­part des gens sur le bord de la route viennent pour la ca­ra­vane. Ils vont huer Froome en le trai­tant de do­pé, ce que je trouve scan­da­leux, ou alors nous trai­ter de fai­néants parce qu’on passe dou­ce­ment… En même temps, ça fait la gran­deur du Tour. Ce n’est pas une course de vélo : c’est une course ex­tra­or­di­naire. Quand an­non­ce­rez-vous la fin de votre car­rière ? J’ai pris une dé­ci­sion en dé­but d’an­née et je sais que je vais m’y te­nir avec coeur et sans au­cun re­gret. C’est une in­fo sans en être une parce qu’on sait qu’il ne me reste pas quatre ans à cou­rir, mais ça me tient à coeur de le dire quand je le sen­ti­rai.

« Concer­nant la fin de ma car­rière, j’ai pris une dé­ci­sion sans re­gret »

Me­gève (Haute-Sa­voie), le 22 juillet. Tho­mas Voe­ck­ler, qui vient de ter­mi­ner le Tour de France, ai­me­rait que les spon­sors prennent le risque de « perdre un ré­sul­tat concret en échange de re­tom­bées trois fois su­pé­rieures en émo­tion ».

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.