L’as­sas­si­nat du prêtre

AT­TEN­TAT. Après Nice, à nou­veau l’hor­reur : le père Jacques Ha­mel, 86 ans, a été égor­gé dans son église par deux ter­ro­ristes af­fi­liés à Daech.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Le pa­tron d’un ser­vice de sé­cu­ri­té AVA DJAMSHIDI ET PHI­LIPPE MARTINAT

UN PRÊTRE AS­SAS­SI­NÉ. Egor­gé en pleine messe, hier ma­tin, dans la pe­tite église de Saint-Etienne-du­Rou­vray, près de Rouen. Le groupe Etat is­la­mique (EI), en­core. L’or­ga­ni­sa­tion ter­ro­riste a re­ven­di­qué l’at­taque me­née par deux tueurs, abat­tus très vite par la po­lice. Douze jours après le mas­sacre de Nice, un nou­veau cap dans l’hor­reur a été fran­chi, alors que dé­bute en Po­logne le grand ras­sem­ble­ment mon­dial des jeunes ca­tho­liques. « Sym­bo­li­que­ment, il n’y a pas pire », re­lève un res­pon­sable de la lutte an­ti­ter­ro­riste, dé­cou­ra­gé.

C’ e s t e n s or t a nt d’une réu­nion à l’Ely­sée avec des syn­di­ca­listes de la Jus­tice que Fran­çois Hol­lande ap­prend la nou­velle. Il dé­cide de se rendre aus­si­tôt sur place. Avec Ber­nard Ca­ze­neuve, ils font le tra­jet en voi­ture jus­qu’à cette ré­gion fa­mi­lière où il a gran­di. Sur place, l’ef­froi. Mais dé­jà, les pre­mières salves des res­pon­sables po­li­tiques fusent. Avec les der­niers at­ten­tats, la co­hé­sion na­tio­nale a dé­ci­dé­ment vo­lé en éclats, à neuf mois de la pré­si­den­tielle. « La res­pon­sa­bi­li­té de ceux qui nous di­rigent de­puis trente ans est im­mense », at­taque Ma­rine Le Pen, pa­tronne du Front na­tio­nal. « Les ar­gu­ties ju­ri­diques, les pré­cau­tions, les pré­textes à une ac­tion in­com­plète ne sont pas ad­mis­sibles », ren­ché­rit Ni­co­las Sar­ko­zy, en met­tant la pres­sion sur son suc­ces­seur à l’Ely­sée.

Car une nou­velle po­lé­mique vient d’écla­ter. L’un des deux ter­ro­ristes était as­treint au port d’un bra­ce­let élec­tro­nique. Connu des ser­vices an- ti­ter­ro­ristes, l’homme avait été re­mis en li­ber­té. Mais hier soir, lors d’une al­lo­cu­tion, Fran­çois Hol­lande a sè­che­ment ré­pli­qué à tous ceux qui se­raient ten­tés de faire pas­ser l’état de droit au se­cond plan : « Je le dis clai­re­ment : res­treindre nos li­ber­tés n’ap­por­te­rait pas d’ef­fi­ca­ci­té dans cette lutte. » Pour le chef de l’Etat, « faire bloc » est es­sen­tiel en ces temps de guerre contre l’EI, à l’étran­ger comme en France. Ac­cu­lé par la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale qui bom­barde sans re­lâche en Sy­rie et en Irak, Daech mult i plie l es at­taques. « C’est la ré­ponse du faible au fort », re­lève un spé­cia­liste fran­çais du ren­sei­gne­ment. « Il va y avoir d’autres at­ten­tats », sou­pire le pa­tron d’un ser­vice de sé­cu­ri­té.

Une crainte par­ta­gée au som­met de l’Etat où l’on en­chaîne réu­nion sur réu­nion. « Cette mai­son est hé­las ha­bi­tuée à la ges­tion de crise… » confie un conseiller à l’Ely­sée. Un nou­veau Con­seil de dé­fense est pré­vu ce ma­tin, à l’is­sue de la ren­contre du pré­sident avec les re­pré­sen­tants des dif­fé­rentes com­mu­nau­tés re­li­gieuses du pays. L’exé­cu­tif re­doute plus que tout que cette ten­sion dé­bouche sur des af­fron­te­ments in­ter­com­mu­nau­taires sur fond de ra­di­ca­li­sa­tion des chré­tiens comme des mu­sul­mans. La « guerre ci­vile » dont parlent dé­jà cer­tains res­pon­sables po­li­tiques n’est pas en­core là, mais le risque existe. « On craint des frac­tures in­sur­mon­tables », souffle-t-on Place Beau­vau.

« Il va y avoir d’autres at­ten­tats »

@AvaD­jam­shi­di 86 ans. Ils s’en sont en­suite pris à un pa­rois­sien. Hier soir, il était tou­jours hos­pi­ta­li­sé mais ses jours n’étaient plus en dan­ger. Les po­li­ciers ont ten­té une in­cur­sion dans l’église mais trois otages avaient été pla­cés « en ri­deau » de­vant une pe­tite porte an­nexe, proche de la sa­cris­tie.

Bombes fac­tices

Vers 10 h 30, les deux ra­vis­seurs sont sor­tis du lieu de culte avant de se re­trou­ver face à un im­pres­sion­nant dé­ploie­ment des forces de l’ordre. Se­lon un té­moin, ils au­raient scan­dé Al­la­hou ak­bar (NDLR : « Dieu est grand ») avant de s’ef­fon­drer sous une pluie de balles ti­rées par les po­li­ciers de la bri­gade de re­cherche et d’in­ter­ven­tion (BRI) de Rouen, épau­lés par leurs col­lègues de la

Saint-Etienne-du-Rou­vray (Seine-Ma­ri­time), hier. Un Im­pres­sion­nant dé­ploie­ment des forces de l’ordre a per­mis de neu­tra­li­ser les ter­ro­ristes une heure après le dé­but de la prise d’otages.

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