Les jeunes Fran­çais des JMJ son­nés

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Maxime, 27 ans Mgr Mi­chel Du­bost, évêque d’Evry V.MD. ET FL.M.

DE­PUIS QUELQUES MI­NUTES dé­jà, l’in­for­ma­tion cir­cu­lait sur les smart­phones. Mais c’est l’au­mô­nier, dans le bus en route vers Cra­co­vie, qui a an­non­cé of­fi­ciel­le­ment qu’un prêtre ve­nait d’être égor­gé dans l’église de Saint-Etienne-du-Rou­vray (Seine-Ma­ri­time). Face à lui, plu­sieurs di­zaines de jeunes du dio­cèse de Nice, dé­jà bou­le­ver­sés par l’at­taque sur la pro­me­nade des An­glais.

Comme 35 000 autres com­pa­triotes, ils par­ti­cipent dans l’an­cienne ca­pi­tale royale po­lo­naise aux Jour­nées mon­diales de la jeu­nesse (JMJ). Des ren­contres qui ont dé­mar­ré hier sous très haute sur­veillance avec la mo­bi­li­sa­tion de 20 000 po­li­ciers et qui ac­cueille­ront dès de­main le sou­ve­rain pon­tife.

« Dès qu’on a su, on a prié à haute voix pour le prêtre as­sas­si­né. Il y a eu des larmes », sou­ligne Eu­riell, 25 ans, in­gé­nieur d’études sur la Côte d’Azur. « J’ai du mal à m’en re­mettre mais c’est la vie, il faut qu’on conti­nue à être dans la joie pour lui, c’est le meilleur des hom­mages qu’on peut rendre », pour­suit-elle. Maxime, Pa­ri­sien âgé de 27 ans, est, lui aus­si, « bles­sé ». « Comme si on avait tou­ché un membre de notre fa­mille », res­sent ce consul­tant en stra­té­gie. Mais, au­de­là du « de­voir de re­cueille­ment », il « reste dans l’es­pé­rance ». « On est per­sua­dés que le mal n’au­ra pas le der­nier mot. Al­lez sans peur pour ser­vir ! nous conviait le pape Fran­çois lors des pré­cé­dentes JMJ, à Rio », rap­pelle-t-il.

Lors de la messe d’ou­ver­ture hier soir de­vant des di­zaines de mil­liers de fi­dèles de toute la pla­nète ca­tho­lique, l’ar­che­vêque de Cra­co­vie a in­vi­té l’as­sis­tance à « prier pour le prê- tre tué pen­dant l’eu­cha­ris­tie ». Plus tôt dans la jour­née, le pape Fran­çois, s’as­so­ciant « à la dou­leur et à l’hor­reur », condam­nait ce « meurtre bar­bare » sur­ve­nu dans « un lieu sa­cré où s’an­nonce l’amour de Dieu ».

Par mi l e s pèl e r i ns f r a nçai s , deuxième dé­lé­ga­tion étran­gère pré­sente en Po­logne der­rière les Ita­liens, plus de 350 en pro­ve­nance du dio­cèse de Rouen, ce­lui dans le­quel le cu­ré pris pour cible of­fi­ciait. L’ar­che­vêque de Rouen, Mgr Do­mi­nique Le­brun, était à leurs cô­tés lorsque « l’in­nom­mable » s’est pro­duit. « Je suis un peu aba­sour­di mais je suis por­té par ces jeunes qui veulent construire une ci­vi­li­sa­tion d’amour », a-t-il té­moi­gné.

Epau­lée par un prêtre, Vir­gi­nie, en­sei­gnante de 27 ans de Seine-Ma­ri­time, en a im­mé­dia­te­ment par­lé avec son groupe de ly­céens âgés de 16 et 17 ans. « Nos jeunes cherchent à com­prendre, ils prennent conscience qu’on est dans un monde dif­fi­cile. Le Ch­rist est mort sur la croix alors nous aus­si, on est ap­pe­lés à souf­frir », re­late cette en­ca­drante. « Ils ont po­sé des ques­tions comme : Est-ce que les as­sas­sins pour­ront al­ler au pa­ra­dis ? Cer­tains ont confié qu’ils al­laient prier pour les vic­times mais aus­si pour les bour­reaux. Ce n’est pas la haine qui a pris le des­sus mais c’est l’amour, tou­jours, qui est sor­ti vain­queur », ob­serve celle qui a été « hy­per­tou­chée » par les mes­sages de sou­tien des pè­le­rins des autres ré­gions. « Ils nous ont dit : Pour vous, les Nor­mands, on a ré­ci­té le cha­pe­let de la mi­sé­ri­corde », dé­crit-elle.

« On est per­sua­dés que le mal n’au­ra pas le der­nier mot » « Il est plus fa­cile de mettre le feu que de faire pous­ser la fo­rêt »

Pré­sent sur place, Mgr Mi­chel Du­bost, évêque d’Evry, pro­met de « cé­lé­brer la vie » avec la jeu­nesse mé­tis­sée de l’Es­sonne et celle des cinq conti­nents qui agissent « main dans la main ». « Cra­co­vie est l’an­tiSaint- Etienne- du- Rou­vray. Eux étaient deux, ici nous sommes des cen­taines de mil­liers à vou­loir construire un autre monde, à dire la né­ces­si­té de cas­ser la vio­lence, mar­tèle le pré­lat. Il est plus fa­cile de mettre le feu que de faire pous­ser la fo­rêt. Nous, à Cra­co­vie, plus que ja­mais, on s’em­ploie à faire pous­ser la fo­rêt », conclut-il.

Cra­co­vie (Po­logne), hier. Les di­zaines de mil­liers de per­sonnes réunies pour la messe d’inau­gu­ra­tion des Jour­nées mon­diales de la jeu­nesse ont prié, à l’in­vi­ta­tion de l’ar­che­vêque de Cra­co­vie, « pour le prêtre tué pen­dant l’eu­cha­ris­tie ».

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