Et si l’on ren­voyait les ter­ro­ristes à l’ano­ny­mat…

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Geof­froy Di­dier (LR) CHARLES SA­PIN

NI NOMS NI PHO­TOS des au­teurs d’at­ten­tats pas­sant en boucle sur les chaînes in­fo : comme Georges Mo­reas, com­mis­saire ho­no­raire de la po­lice ju­di­ciaire, plu­sieurs ex­perts pré­co­nisent de rendre ano­nymes les au­teurs d’actes ter­ro­ristes. « Ce­la ne les em­pê­che­ra pas d’en­gen­drer le mal­heur, mais ils sau­ront qu’ils le font pour rien, ajoute Georges Mo­reas. C’est peut-être moins im­pres­sion­nant que lan­cer le Charles-deGaulle, mais ça se­rait plus ef­fi­cace et ne coû­te­rait ab­so­lu­ment rien. »

Vu le par­cours de nom­breux dji­ha­distes, sou­vent pas­sés de la pe­tite dé­lin­quance aux rangs du groupe Etat is­la­mique (EI, ou Daech), l’ano­ny­mi­sa­tion au­rait l’avan­tage de sa­per l’une de leurs prin­ci­pales mo­ti­va­tions : la no­to­rié­té.

« Lors des at­ten­tats du Ba­ta­clan, les pre­mières ques­tions des ter­ro­ristes por­taient sur la pré­sence de BFM et i>té­lé, puis sur celle du GIGN, confirme le dé­pu­té PS Sé­bas­tien Pie­tra­san­ta, rap­por­teur de la com­mis­sion d’en­quête sur les at­ten­tats du 13 No­vembre. Cer­tains ter­ro­ristes sont dans une course à la cé­lé­bri­té, avec pour ob­jec­tif de mou­rir en hé­ros. »

Fait plu­tôt rare dé­sor­mais, dans la classe po­li­tique l’idée fait son che­min tant à droite qu’à gauche. Per­sua­dé qu’« ano­ny­mi­ser les ter­ro­ristes les em­pê­che­rait d’ac­cé­der à une gloire post mor­tem sus­cep­tible de sus­ci­ter des vo­ca­tions », Geof­froy Di­dier (LR), can­di­dat à la pri­maire de la droite, sou­haite que « l’au­to­ri­té ju­di­ciaire et l’en­semble des mé­dias s’en­gagent à ne plus dé­voi­ler l’iden­ti­té des ter­ro­ristes tués lors d’éven­tuels nou­veaux at­ten­tats ».

Cette idée, lan­cée sur une pé­ti­tion en ligne, a dé­jà ré­col­té plus de 67 000 sou­tiens en six jours. La se­cré­taire d’Etat à l’Aide aux vic­times, Ju­liette Méa­del, étu­die d’ailleurs cette ques­tion. Elle fe­ra des pro­po­si­tions en sep­tembre pour « faire en sorte que l’en­semble des mé­dias se mettent d’ac­cord au­tour d’une éthique. Afin de prendre des pré­cau­tions à la fois dans le si­gna­le­ment des vic­times mais aus­si dans la ma­nière dont on traite les au­teurs ». Aus­si louables qu’ap­pa­raissent les in­ten­tions de la mi­nistre, Cé­dric Rou­quette, di­rec­teur des études au Centre de for­ma­tion des jour­na­listes (CFJ), s’in­ter­roge sur leur fai­sa­bi­li­té : « Même s’il y a des sanc­tions pé­cu­niaires, plu­tôt que de res­pec­ter cette in­ter­dic­tion, des mé­dias pré­fé­re­ront tou­jours payer et pu­blier ce qui consti­tue de vé­ri­tables in­for­ma­tions per­met­tant de com­prendre, et sû­re­ment pas de glo­ri­fier. De plus, l’EI a ses propres mé­dias et ma­ni­pule les ré­seaux so­ciaux. Il n’a pas be­soin des mé­dias tra­di­tion­nels pour me­ner à bien sa pro­pa­gande. »

« S’en­ga­ger à ne plus dé­voi­ler l’iden­ti­té des ter­ro­ristes tués »

@csa­pin

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