« A la fac, on ne voit plus que ça »

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Matthieu, étu­diant CH­RIS­TINE MATEUS

LE GESTE EST SÛR et mé­ca­nique. Ils sortent la feuille, dis­posent le ta­bac uni­for­mé­ment à l’in­té­rieur, posent le filtre (mais pas tou­jours) et roulent ce qui de­vien­dra, au terme de ce pro­ces­sus, une ci­ga­rette. « C’est une ques­tion d’ha­bi­tude, je n’y fais même plus at­ten­tion », ex­plique Matthieu en hu­mi­di­fiant sa clope. Ce­la fait main­te­nant trois ans que l’étu­diant en his­toire de 22 ans uti­lise du ta­bac à rou­ler. « Pour une rai­son fi­nan­cière tout sim­ple­ment. Avec un pot de 30 g, je fais entre 40 et 60 ci­ga­rettes. Pour le même prix, avec un pa­quet clas­sique, je n’en ai que 20. Alors le cal­cul est vite fait. » Matthieu a com­men­cé à fu­mer à l’âge de 15 ans. A l’époque, l’ado­les­cent grillait « des ci­ga­rettes clas­siques » qu’il « taxait » aux autres. « A la fac, au­jourd’hui, du ta­bac à rou­ler, on ne voit plus que ça. Et lorsque l’un d’entre nous a un pa­quet, il n’est pas rare d’en­tendre : Tu veux une vraie clope ?, comme si c’était un pro­duit rare et luxueux », ri­gole le jeune homme, avec sa tige au bec. « En plus, c’est moins no­cif, non ? », avance So­fia, 19 ans, elle aus­si étu­diante et adepte du ta­bac à rou­ler. Avec ses amies, elle a même créé une « pe­tite ca­gnotte » pour ache­ter du ta­bac qu’elles se par­tagent en­suite. Mais non, ce n’est pas moins dan­ge­reux. Au contraire. Fu­mer 20 ci­ga­rettes rou­lées cor­res­pond en­vi­ron à une tren­taine de ci­ga­rettes toutes faites. « Le ta­bac à rou­ler cor­res­pond à une quan­ti­té plus im­por­tante de gou­dron, de mo­noxyde de car­bone et de ni­co­tine par rap­port à un même nombre de ci­ga­rettes in­dus­tria­li­sées, sou­ligne Ta­bac I nfo ser­vice. La dif­fé­rence est liée à l a qua­li­té du p r o d u i t , mo i n s bonne pour ce­lui ven­du en vrac. Le ta­bac à rou­ler est moins tas­sé et on doit donc in­ha­ler plus fort et plus pro­fon­dé­ment pour l’em­bra­ser. »

Des tren­te­naires ont aus­si re­pris cette ha­bi­tude ou­bliée. A l’image de Pierre, 34 ans, qui s’y est re­mis il y a un an pour faire des éco­no­mies. « Ça me ra­jeu­nit de me re­mettre à rou­ler, iro­nise ce com­mer­cial. Et au­tour de moi, je constate que je ne suis pas le seul. »

« Une vraie clope, c’est comme si c’était un pro­duit rare et luxueux »

Pour des rai­sons fi­nan­cières, les jeunes fu­meurs s’orientent de plus en plus vers le ta­bac à rou­ler.

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