Owens, un sprin­teur contre Hit­ler

Aujourd'hui en France - - LES SORTIES AU CINÉMA - JÉ­RÉ­MIE PAVLOVIC

UN LARGE SOU­RIRE s’étale sur son vi­sage pou­pon. A peine es­souf­flé, il sa­voure. Jesse Owens, 22 ans, vient de rem­por­ter la mé­daille d’or du 100 m aux Jeux olym­piques de Ber­lin de 1936, sous les yeux d’Hit­ler. Ce 3 août, en tri­bunes, le Füh­rer, im­puis­sant, as­siste à la nais­sance d’un mythe : ce­lui du Noir qui a osé dé­fier l’Al­le­magne na­zie et qui l’a vain­cue.

Les jours qui suivent, le sprin­teur amé­ri­cain rem­porte trois autres mé­dailles d’or, sur 200 m, 4 x 100 m et au saut en lon­gueur. Un triomphe sur les pré­ju­gés, sur le ra­cisme. « S’il n’avait pas ar­rê­té sa car­rière après les JO, il au­rait sans doute mar­qué l’his­toire en­core da­van­tage », es­time Pierre-Jean Va­zel, an­cien ath­lète et en­traî­neur de sprint. « Au­jourd’hui, il fi­gu­re­rait par­mi les tout meilleurs. » Pour preuve : avec son re­cord de 8,13 m au saut en lon­gueur, il au­rait pris la mé­daille de bronze à Londres, en 2012.

Sa lé­gende s’est construite presque mal­gré lui. Né le 12 sep­tembre 1913, James Cle­ve­land Owens, alias Jesse Owens, vit une en­fance pau- vre. Pe­tit-fils d’es­claves, il gran­dit dans une ferme à Oak­ville, dans l’Ala­ba­ma. Vingt-deux ans plus tard, il ve­nait à Ber­lin pour cou­rir. Vite. Sans faire montre d’au­cun en­ga­ge­ment po­li­tique. Mais, par ses ex­ploits ex­tra­or­di­naires à une époque où la sé­gré­ga­tion ra­ciale aux EtatsU­nis et l’idéo­lo­gie na­zie en Al­le­magne étaient par­ti­cu­liè­re­ment puis­santes, il est de­ve­nu une icône. « La com­mu­nau­té noire l’a in­ves­ti d’une mis­sion alors qu’il avait sim­ple­ment des vic­toires spor­tives à me­ner. Et à l’époque, un ex­ploit d’Owens avait plus de ré­so­nance qu’un dis­cours po­li­tique », juge Ma­ryse Ewan­jéE­pée, an­cienne cham­pionne de saut en hau­teur, au­teur de « la Fa­bu­leuse His­toire de Jesse Owens », à pa­raître d’ici fin 2016.

Le cham­pion joue en­fin son rôle de sym­bole

Im­mense star à son re­tour de Ber­lin, il a néan­moins connu des for­tunes di­verses. Frank­lin D. Roo­se­velt re­fu­sa de le re­ce­voir à la Mai­son-Blanche comme ses co­équi­piers blancs, par crainte de perdre des voix en pleine pé­riode élec­to­rale. Ce n’est qu’au fil de sa vie que Jesse Owens, d’abord ré­ti­cent, re­joint le sym­bole qu’il était de­ve­nu. Peu à peu, il s’em­pare des causes de la com­mu­nau­té noire. Si bien qu’il a ins­pi­ré de nom­breuses gé­né­ra­tions d’ath­lètes, dont Jim­my Vi­caut. « Jesse Owens fait par­tie des hommes qui ont pris tous les risques pour dé­fendre des va­leurs nobles », consi­dère le sprin­teur fran­çais. Peu avant de mou­rir d’un can­cer du pou­mon en 1980, à 66 ans, il se tourne vers la re­li­gion. Comme si c’était la seule ré­ponse pour ex­pli­quer son des­tin de pauvre gar­çon « nègre » de­ve­nu lé­gende.

(à gauche),

Jesse Owens ici au dé­part du 200 m des Jeux olym­piques de Ber­lin, est joué par Ste­phan James (à droite).

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