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Il y a vingt-six ans, seuls les ini­tiés avaient en­ten­du par­ler de rap ou de hip-hop. Jus­qu’à ce que dé­boulent MC So­laar et son « Bouge de là », un des pre­miers tubes ve­nus de la ban­lieue.

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - MC So­laar EM­MA­NUEL MAROLLE

ET SOU­DAIN, la France s’est mise à ai­mer le rap. C’était en 1990. Une époque où le hip-hop n’était pas au top. Il fai­sait peur avec ses drôles de noms de groupe, Nique Ta Mère, As­sas­sin, Mi­nis­tère Amer, ses mes­sages vi­ru­lents, an­ti­flics, an­ti­po­li­tiques. Et puis tout a bou­gé avec « Bouge de là », hymne tra­gi­co­mique avec son texte grin­çant et son rythme en­tê­tant. Et sou­dain la France dé­cou­vrait MC So­laar, soit Claude M’Ba­ra­li, né au Sé­né­gal de pa­rents tcha­diens, 47 ans au­jourd’hui, à peine 20 à l’époque.

Ra­con­ter avec lui cette chan­son my­thique, c’est se re­plon­ger dans un autre temps, d’avant In­ter­net, d’avant YouTube. « Tout a com­men­cé dans une ville qu’on ap­pelle Mai­sons- Al­fort » , dit-il dans « Bouge de là », évo­quant la com­mune où il a d’abord ha­bi­té. « Tout a com­men­cé, en fait, à Ville­neuve-Saint-Georges où on s’est ins­tal­lés en­suite, ex­plique-t-il au­jourd’hui. Je me rap­pelle avoir écrit ce texte au 8e étage d’une tour de la ci­té Toit et Joie. Au dé­part, deux ans avant la sor­tie, c’était juste une im­pro­vi­sa­tion sur un ins­tru­men­tal. Bouge de là, c’était notre ex­pres­sion du quar­tier pour dire : Casse-toi. Ce n’était pas du tout des­ti­né à de­ve­nir un disque. »

So­laar, fils d’un tra­duc­teur et d’une in­fir­mière, vient de dé­cro­cher un bac lit­té­raire A2, pré­voit de s’ins­crire à la fac en langue étran­gère ap­pli­quée. « Je de­vais ar­rê­ter le rap, de­ve­nir quel­qu’un de sé­rieux. » Mais cette pre­mière ver­sion sans pré­ten­tion de « Bouge de là » fait son che­min. « Je la chan­tais dans des soi­rées à Rois­sy-en-Brie, à Cré­teil. Un jour, j’ai fi­ni par l’in­ter­pré­ter sur Radio No­va, dans l’émis­sion de Dee Nas­ty. »

A l ’ é poque, c e DJ, pion­nier du rap en France, est écou­té, guet­té par tous les pas­sion­nés du genre. En 1988, il n’y a pas de re­play, pas de pod­cast, pas de Web. « Cha­cun en­re­gis­trait les émis­sions sur cas­sette, puis se les pas­sait, se les co­piait et fai­sait cir­cu­ler les chan­sons, se sou­vient So­laar. La culture rap se dé­ve­lop­pait ain­si. C’était un peu l’an­cêtre d’In­ter­net. » Et « Bouge de là » n’échappe pas­pa à la rè- gle. « J’en­ten­dais des gens la fre­don­ner dans le RER après mon pas­sage sur No­va. Per­sonne ne sa­vait qui j’étais, quelle tête j’avais. »

Et pour­tant, le vrai « Bouge de là » ne naît que quelques mois plus tard en stu­dio, à Noi­sy-le-Sec. « Juste à cô­té, il y avait Jim­my Jay (NDLR : de­ve­nu en­suite le col­la­bo­ra­teur fé­tiche de MC So­laar) qui tra­vaillait alors avec un autre rap­peur, Soon E MC. Il a eu l’idée d’en­re­gis­trer mon texte sur un ex­trait de The Mes­sage, du groupe ang l a i s C y ma n d e , q u i consti­tue la base mu­si­cale de Bouge de là. » Cette nou­velle ver­sion at­ter­rit chez Po­ly­dor qui signe un contrat avec MC So­laar. « Je me rap­pelle de la pre­mière fois que j’ai en­ten­du la chan­son dans sa ver­sion dé­fi­ni­tive à la radio, sur Vol­tage FM, et aus­si de ma pre­mière té­lé à Ciel mon mar­di, pré­sen­tée par Ch­ris­tophe De­cha­vanne. L’émis­sion or­ga­ni­sait un dé­bat sur cette mu­sique, dont on com­men­çait à ma­ri de la prin­cesse Ca­ro­line de Mo­na­co, se tue dans un ac­ci­dent d’off­shore au large de Saint-Jean-Cap-Fer­rat. 3 oc­tobre. Les deux Al­le­magnes, RDA et RFA, sont of­fi­ciel­le­ment réuni­fiées. 21 no­vembre. Mar­ga­ret That­cher dé­mis­sionne alors qu’elle n’a plus de ma­jo­ri­té au Royaume-Uni. C’est la fin de onze ans de règne pour la Dame de Fer. 1er dé­cembre. Pre­mière jonc­tion dans le tun­nel sous la Manche. Il se­ra mis en ser­vice quatre ans plus tard. par­ler, de ce qu’était le rap. Le len­de­main, même la bou­lan­gère de mon quar­tier m’avait re­con­nu. Et quelque temps plus tard, le chan­teur Re­naud m’a dit : Bouge de là, c’est ton Laisse bé­ton à toi. »

MC So­laar po­pu­la­rise le rap, l’ouvre à d’autres pu­blics que ceux de la ban­lieue et des quar­tiers. L’ar­tiste cite comme ré­fé­rence la soul amé­ri­caine au­tant que Gains­bourg ou Bo­by La­pointe. Une nou­velle mu­sique, un nou­veau ton, que l’on en­tend dans ses deux pre­miers al­bums, « Qui sème le vent ré­colte le tem­po », en 1991, ven­du à 400 000 exem­plaires, et « Prose com­bat », en 1994, qui em­balle 900 000 ache­teurs. Pièces maî­tresses du hip-hop hexa­go­nal… Im­pos­sibles à trou­ver dans le com­merce au­jourd’hui, après un di­vorce mou­ve­men­té entre l’ar­tiste et son pre­mier la­bel. Au­jourd’hui, ni lui, ni Po­ly­dor ne peuvent com­mer­cia­li­ser ses deux chefs-d’oeuvre, se­lon une dé­ci­sion de jus­tice de 2004. Heu­reu­se­ment, pour les re­dé­cou­vrir, il y a In­ter­net, YouTube… Les nou­velles cas­settes en quelque sorte.

« C’était notre ex­pres­sion du quar­tier pour dire : Casse-toi. Ce n’était pas du tout des­ti­né à de­ve­nir un disque »

@ema­rolle

Le tube « Bouge de là » a don­né en phase avec lieu à un son époque. clip très Juin 1991. Après le e suc­cès de « Bouge e de là », MC So­laar se pro­duit sur scène e pour pré­sen­ter son pre­mier al­bum « Qui sème le vent ré­colte le tem­po », pièce maî­tresse du hip-hop hexa­go­nal.

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