Une com­mu­nau­té confron­tée au ra­di­ca­lisme

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Saint-Etienne-du-Rou­vray (Seine-Ma­ri­time) De nos en­voyés spé­ciaux Une source proche des ser­vices de ren­sei­gne­ment lo­caux THI­BAULT RAISSE

ROUEN ET SA RÉ­GION, terre de ra­di­ca­li­sa­tion ? Si des cas cé­lèbres de fi­lières de re­cru­te­ment dji­ha­diste lo­cales, comme à Tou­louse ou à Lu­nel, ont dé­jà fait les gros titres, l’ag­glo­mé­ra­tion rouen­naise n’a que ra­re­ment fait par­ler d’elle. « Il y a de nom­breux pro­fils de ra­di­caux sui­vis de près, mais ni plus ni moins qu’ailleurs, as­sure une source proche des ser­vices de ren­sei­gne­ment lo­caux. Si peu de lieux de culte sont to­ta­le­ment épar­gnés, la mos­quée de Saint-Etien­ne­du-Rou­vray n’est pas du tout la plus tou­chée, loin de là, com­pa­rée à d’autres quar­tiers dif­fi­ciles de la ré­gion, comme les Hauts-de-Rouen par exemple. »

A la pe­tite mos­quée lo­cale Ya­hya de Saint-Etienne-du-Rou­vray, d’une ca­pa­ci­té d’une cen­taine de fi­dèles, on s’at­ta­chait hier à mon­trer l’image d’une com­mu­nau­té saine alors que nombre d’ha­bi­tués se sentent dé­sor­mais « mon­trés du doigt ». Les pro­pos de Fran­çois Bay­rou hier, qua­li­fiant le lieu de culte de « sa­la­fiste », a fait bon­dir ses res­pon­sables qui en­vi­sa­geaient de por­ter plainte. « Com­ment peut-il dire ça ? tonne Mo­ha­med Ka­ra­bi­la, le re­pré­sen­tant lo­cal du Con­seil fran­çais du culte mu­sul­man. Cette mos­quée est au coeur de la ville, dans un quar­tier pa­villon­naire. Com­ment nos voi­sins vont-ils dé­sor­mais nous re­gar­der ? »

L’imam de la mos­quée, ab­sent hier, donne ici l’image d’un par­fait mo­dé­ré. « Il a été for­mé au Ma­roc et a ob­te­nu toutes les re­con­nais­sances né­ces­saires des ins­ti­tu­tions mu­sul­manes fran­çaises. Il est d’ailleurs bien connu des po­li­tiques lo­caux, avec qui il tra­vaille en toute trans­pa­rence », as­sure Mo­ha­med Ka­ra­bi­la.

Le pro­blème n’est sans doute pas à l’in­té­rieur de la mos­quée, mais bien au-de­hors. « Les ten­ta­tives d’em­bri­ga­de­ment n’ont pas lieu dans nos lieux de culte, as­sure Ka­mel Aït Bes­sai, vice-pré­sident de Pass 276, une as­so­cia­tion mu­sul­mane lo­cale de lutte contre la ra­di­ca­li­sa­tion. D’ailleurs, comme d’autres, la mos­quée de SaintE­tienne-duRou­vray ferme ses portes im­mé­dia­te­ment après le ser­vice pour évi­ter les ras­sem­ble­ments louches. C’est à l’ex­té­rieur de la mos­quée que les re­cru­te­ments s’ef­fec­tuent. »

Ici, le pro­fil des ra­di­caux n’est pas dif­fé­rent de ceux qu’on ren­contre ailleurs. « Il y a beau­coup de conver­tis, qui sont sou­vent les plus em­bri­ga­dés, mais aus­si beau­coup de femmes par­ties en Sy­rie avec l’in­ten­tion de se ma­rier », as­sure cette même source proche des ser­vices, qui ajoute que les po­li­ciers spé­cia­li­sés « ne ren­contrent a ucune di f f i - culté à tra­vailler avec les res­pon­sables lo­caux de la com­mu­nau­té mu­sul­mane ».

Deux fi­gures confir­mées du dji­ha­disme fran­çais ont néan­moins de fortes at­taches avec la ré­gion nor­mande. Maxime Hau­chard, d’abord, ren­du tris­te­ment cé­lèbre pour être ap­pa­ru vi­sage dé­cou­vert l’an pas­sé dans une vi­déo de Daech mon­trant des dé­ca­pi­ta­tions de sol­dats sy­riens. Il a gran­di à Bosc-Ro­ger-en-Rou­mois (Eure) et fré­quen­tait es­sen­tiel­le­ment la mos­quée d’El­beuf, si­tuée à une ving­taine de ki­lo­mètres de SaintE­tienne-du-Rou­vray. Fa­bien Clain, en­suite, dont on en­tend la voix dans un en­re­gis­tre­ment de re­ven­di­ca­tion des at­ten­tats du 13 No­vembre. Il a long­temps vé­cu à Alen­çon (Orne). Comme son frère Jean-Mi­chel, il est consi­dé­ré comme l’un des men­tors de Mo­ha­med Me­rah. Il avait réus­si à ga­gner la Sy­rie au prin­temps 2014 mal­gré les sur­veillances po­li­cières dont il fai­sait l’ob­jet.

« Nous sommes plus que ja­mais dis­po­sés à tra­vailler avec les autres cultes pour ar­ri­ver à ju­gu­ler en­semble ce phé­no­mène, af­firme Ka­mel Aït Bes­sai, dont l’as­so­cia­tion a dé­jà sui­vi six jeunes ra­di­caux de la ré­gion et leur fa­mille. Nous avons ré­cem­ment réus­si à ou­vrir les yeux à un jeune conver­ti em­bri­ga­dé. Ce n’est pas en­core ga­gné, mais ce genre d’exemple montre que tout es­poir n’est pas per­du. »

« Il y a beau­coup de conver­tis, qui sont sou­vent les plus em­bri­ga­dés »

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