L’ombre d’Adel Bouaoun, par­ti en Sy­rie

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Saint-Etienne-du-Rou­vray De nos en­voyés spé­ciaux NI­CO­LAS JACQUARD ET TH.R.

C’est l’autre Adel. Ce­lui dont l’ombre in­si­dieuse plane sur l’at­ten­tat de mar­di. Adel Bouaoun, 19 ans — dont le jeune frère est en garde à vue de­puis mar­di —, était un proche d’Adel Ker­miche, l’un des deux ter­ro­ristes. Un gar­çon avec le­quel il par­ta­geait plus qu’un pré­nom : « C’est à par­tir de sa ren­contre avec lui qu’Adel Bouaoun a chan­gé. Ça s’est fait du jour au len­de­main », ra­conte Ka­mel Aït Bes­sai, vice-pré­sident de l’as­so­cia­tion lo­cale Pass 276 et proche de la fa­mille Bouaoun, ins­tal­lée de longue date à Saint-Etienne-du-Rou­vray. Dé­but 2015, Bouaoun se ra­di­ca­lise en un temps re­cord. Jus­qu’à ce que les deux Adel tentent en­semble le dé­part vers la Sy­rie. Ker­miche est re­fou­lé de Tur­quie, Bouaoun par­vient à pas­ser. « Il s’en était van­té sur Fa­ce­book », se sou­vient un jeune de son quar­tier. Au­pa­ra­vant, « c’était un gar­çon calme et obéis­sant », as­sure Ka­mel Aït Bes­sai. Dans une pre­mière vie. Car avant de par­tir en Sy­rie, l’ado­les­cent ne fait pas mys­tère de ses pen­chants ra­di­caux. « Il était dingue, nuance une de ses connais­sances. Dans le bus, il hur­lait des Al­la­hou ak­bar. Tout jeune, on traî­nait en­semble. Mais en­suite, il m’éner­vait tel­le­ment qu’un jour je l’ai frap­pé. » Tout en se di­sant re­li­gieux, Adel Bouaoun traîne sur­tout au su­per­mar­ché. « Il ache­tait de la vod­ka qu’il bu­vait pure, puis pé­tait les plombs, se sou­vient ce même proche. Une autre fois, il gueu­lait qu’il fal­lait faire le dji­had. » Adel Bouaoun n’a donc pas men­ti, com­bat­tant avec as­si­dui­té dans les rangs du groupe Etat is­la­mique. En at­teste l’un de ses comptes sur les ré­seaux so­ciaux, fer­mé dans la nuit de mar­di à mer­cre­di, que nous avions pu consul­ter.

Ses pa­rents avaient ten­té d’en­rayer sa dé­rive

Sous son nom de guerre, Adel Abu Younes, il ap­pa­rais­sait un fu­sil d’as­saut en main. « Un M16 », se van­tait-il. « Là où je suis, c’est pas le monde des Bi­sou­nours », fan­fa­ron­net-il en fé­vrier. A par­tir de mars, il ne donne plus au­cune nou­velle à ses proches. « Je sa­vais qu’il était là-bas, je croyais qu’il était mort », confie sa ma­man à la porte de son ap­par­te­ment. Mais Adel Bouaoun est bien vi­vant, si l’on en croit son pro­fil Fa­ce­book. Dé­but mars, il s’en­quiert de son « frère Adel Ker­miche », dont on lui ré­pond qu’il est au « hebs », en pri­son. Dé­but juillet, Bouaoun, lui, se fé­li­cite d’être au com­bat, pen­dant le ra­ma­dan. « On en est tous per­sua­dés : c’est lui qui est l’ins­ti­ga­teur de tout ça, de­puis là-bas », avance un autre gar­çon qui le connais­sait. Une thèse que pour­rait ac­cré­di­ter le pla­ce­ment en garde à vue du pe­tit frère d’Adel Bouaoun. « Si on le croise, comme sa fa­mille, ça va mal se pas­ser », me­nacent plu­sieurs ado­les­cents. Pour­tant, comme ceux d’Adel Ker­miche, les pa­rents d’Adel Bouaoun ont pris conscience de son bas­cu­le­ment ra­di­cal et ten­té de l’en­rayer, se tour­nant no­tam­ment vers l’as­so­cia­tion Pass 276. « Nous les avons écou­tés et sou­te­nus, ex­plique Ka­mel Aït Bes­sai. Ils ne com­pre­naient pas ce qui leur ar­ri­vait. Son père était très en co­lère mais il a tou­jours sou­hai­té main­te­nir le lien avec son fils, ne se­rait-ce que pour avoir des preuves de vie. » Le der­nier mes­sage d’Adel Bouaoun en­voyé à son père re­monte à en­vi­ron dix jours. Etran­ge­ment, « il y di­sait quelque chose comme : peut-être que dans une se­maine, je ne se­rai plus là », re­late, trou­blé, un proche de la fa­mille.

Adel Bouaoun, alias Adel Abu Younes.

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