« Il faut in­ter­dire les écoles sa­la­fistes » Na­dia Re­mad­na,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - CH­RIS­TINE MATEUS

LA VOIX EST d’abord éteinte, comme si l’hor­reur de Saint-Etienne-duRou­vray avait por­té un coup au com­bat qu’elle mène de­puis 2014. « On n’au­rait peut-être pas pu l’évi­ter, mais des choses au­raient dû être faites. La fa­mille qui a si­gna­lé la ra­di­ca­li­sa­tion de son en­fant n’a pas été en­ten­due », as­sène Na­dia Re­mad­na. La fon­da­trice de l’as­so­cia­tion la Bri­gade des mères à Se­vran (Seine-Saint-De­nis) fait ré­fé­rence aux mul­tiples alertes des proches d’Adel Ker­miche, l’un des deux ter­ro­ristes abat­tus.

« Cette at­taque contre ce prêtre de 86 ans m’a rap­pe­lé l’as­sas­si­nat des quatre re­li­gieux de la com­mu­nau­té des Pères blancs en Al­gé­rie (NDLR : en 1994). C’est mal­heu­reux, mais dans les quar­tiers les gens sont au­jourd’hui un peu dans l’in­dif­fé­rence. On en­tend dire « des mil­liers de per­sonnes meurent tous les jours alors… » Puis, le franc-par­ler re­vient en force, por­té par l’éner­gie de ses convic­tions. Par­mi elles : la dé­fense de la laï­ci­té, la ba­taille contre l’échec sco­laire ou la lutte contre la mon­tée du ra­di­ca­lisme re­li­gieux.

« Ce n’est pas un nu­mé­ro vert qui va em­pê­cher la ra­di­ca­li­sa­tion et les faits de ter­ro­risme. Quelle ma­man va ap­pe­ler ce nu­mé­ro Stop dji­ha­disme ? Au­cune, le mot fait trop peur. » Que faire alors ? « In­ter­dire les écoles sa­la- fistes qui sont dan­ge­reuses, sous cou­vert de cours d’arabe. Les ra­bat­teurs ne se cachent pas pour in­ci­ter les jeunes à pré­ten­due­ment dé­fendre la pa­role du Pro­phète. Qu’at­tend la po­lice pour les ar­rê­ter ? A cette ques­tion, on nous ré­torque que ce n’est pas un dé­lit de par­ler re­li­gion, sauf que, là, nous sommes dans du la­vage de cer­veau. Comme dans les sectes. » Dans son as­so­cia­tion, elle fait ve­nir des ma­mans qui ont per­du leur en­fant en Sy­rie, après avoir re­joint Daech. « Elles y alertent d’autres mères en leur di­sant, par exemple, qu’il ne faut pas avoir peur de l’en­fer­mer dans sa chambre, qu’il faut beau­coup par­ler avec lui, faire in­ter­ve­nir d’autres membres de la fa­mille pour le sur­veiller, car on n’ose pas dire aux proches qu’il y a un pro­blème. » Et d’ap­pe­ler les ma­mans de toutes confes­sions à se rendre sur le ter­rain, comme ces femmes de l’as­so­cia­tion, pour dire par­fois tout sim­ple­ment à un jeune à la dé­rive : « ar­rête tes conne­ries. » « Une ma­man, c’est sa­cré. C’est sou­vent elle qui est en charge de l’édu­ca­tion, c’est elle qui souffre et c’est elle qui su­bit, par la suite, le re­gard et les re­proches des autres. Au lieu de se tour­ner vers les re­li­gieux lorsque il y a des drames, que les au­to­ri­tés écoutent les mères. »

« Qu’at­tend la po­lice pour ar­rê­ter les ra­bat­teurs du dji­ha­disme ? »

Na­dia Re­mad­na se bat avec un ré­seau de mères qui ont per­du leur en­fant en Sy­rie pour faire re­cu­ler la ra­di­ca­li­sa­tion.

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