« La dé­mo­cra­tie peut ga­gner »

Oli­vier Fa­lor­ni,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par PHI­LIPPE MARTINAT

Que ré­pon­dez­vous à Sar­ko­zy pour qui le gou­ver­ne­ment s’em­bar­rasse d’ar­gu­ties ju­ri­diques dans la lutte contre le ter­ro­risme ? OLI­VIER FA­LOR­NI. Je trouve dif­fi­cile d’en­tendre un homme d’Etat consi­dé­rer l’Etat de droit comme une ar­gu­tie j uri­dique. L’Etat de droit n’est pas un état de fai­blesse mais un état de force. La si­tua­tion de guerre que nous vi­vons n’est pas une guerre de re­li­gion, en­core moins une guerre de ci­vi­li­sa­tion, mais une guerre de sys­tèmes : la dé­mo­cra­tie contre le to­ta­li­ta­risme. La dé­mo­tie peut et doit ga­gner. Cer­tains à droite vou­draient aus­si des « Guan­ta­na­mo à la fran­çaise »… L e s e u l mo t d e Guan­ta­na­mo pose dé­jà pro­blème : il s’agit de lieux où on a re­te­nu pen­dant des an­nées des gens qui n’ é t a i e nt pas ju­gés et qui y ont su­bi des tor­tures. Si c’est ça qu’on pro­pose à notre pays, c’est non ! En re­vanche, on doit avoir des lieux de dé­ten­tion dé­diés aux ter­ro­ristes, c’est-à-dire des gens ayant été ju­gés ou se trou­vant mis en exa­men pour ter­ro­risme. Une dé­mo­cra­tie a toutes les armes en main pour ga­gner, à condi­tion de bien les uti­li­ser. La re­mise en li­ber­té de l’as­sas­sin du père Ha­mel est ma­ni­fes­te­ment une grave er­reur d’ap­pré­cia­tion de la juge. La gra­vi­té de la si­tua­tion n’im­pose-t-elle pas des me­sures d’ex­cep­tion ? L’état de droit n’em­pêche pas les me­sures d’ex­cep­tion que l’on connaît avec l’état d’ur­gence. Nous sommes au­jourd’hui 60 mil­lions de vic­times po­ten­tielles du ter­ro­risme. Ce­la jus­ti­fie à mes yeux de faire quelques ef­forts pour aban­don­ner pro­vi­soi­re­ment cer­taines li­ber­tés. J’ac­cepte au­jourd’hui les pal­pa­tions avant d’en­trer dans une salle de spec­tacle, ou d’ou­vrir mon coffre de voi­ture, ce que je n’au­rais pas ac­cep­té il y a cinq ans. Mais en­tendre dire que res­pec­ter la Cons­ti­tu­tion et l’état de droit, c’est se dé­faus­ser de ses res­pon­sa­bi­li­tés, ce n’est pas ac­cep­table.

An­cien mi­nistre de la Dé­fense, est le pré­sident UDI de la ré­gion Nor­man­die, où s’est pro­duit le drame. Oli­vier Fa­lor­ni est dé­pu­té PRG de Cha­rente-Ma­ri­time. Il est l’au­teur d’un rap­port sur Daech et a par­ti­ci­pé à la com­mis­sion d’en­quête sur les at­ten­tats.

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