Lyon ber­cé par les ci­gales

RÉ­CHAUF­FE­MENT CLI­MA­TIQUE. Les ci­gales ont co­lo­ni­sé Lyon. En cause, la hausse des tem­pé­ra­tures et l’aban­don des in­sec­ti­cides pour trai­ter les jar­dins pu­blics.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Lyon, (Rhône) De notre cor­res­pon­dante Ju­lien Bour­niol, de la Fé­dé­ra­tion Rhô­neAlpes de pro­tec­tion de la na­ture CA­THE­RINE LA­GRANGE

« Cer­taines re­montent même jus­qu’en An­gle­terre » Des grillons dans le mé­tro

EN CE MOIS de juillet, il règne à Lyon une am­biance de va­cances. La cha­leur es­ti­vale y est pour quelque chose, mais il y a aus­si, plus in­at­ten­du à cette la­ti­tude, le chant des ci­gales. Au parc de la Tête-d’Or, les vi­si­teurs l’ont re­mar­qué. Sur les hau­teurs de Four­vière, les tou­ristes s’en étonnent. Et même, en plein cen­tre­ville, au jar­din des Plantes, leur chant est si so­nore qu’il en coupe la pa­role aux ha­bi­tants du quar­tier en quête d’un peu de fraî­cheur. « Un ef­fet du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique », avancent Lucas et Si­mon.

A la Frap­na (Fé­dé­ra­tion Rhône-Alpes de pro­tec­tion de la na­ture), Ju­lien Bour­niol pré­cise que la pré­sence des ci­gales est an­cienne dans la ré­gion, mais qu’elles se font, de­puis quelques an­nées, beau­coup plus nom­breuses, en nombre comme en es­pèces. « On dé­nombre une ving­taine d’es­pèces de ci­gales en France et cer­taines re­montent même jus­qu’en An­gle­terre, ex­plique-t-il. En Rhô­neAlpes, on en dé­nombre quatre es­pèces et on ob­serve une re­mon­tée des es­pèces vers le nord, le long de la val­lée du Rhône, pro­ba­ble­ment à cause du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. » Ju­lien Bour­niol, qui confie être ré­gu­liè­re­ment in­ter­ro­gé par les Lyon­nais sur­pris par la pré­sence des ci­gales dans la ré­gion, pré­cise que les nou­velles es­pèces de ci­gales ve­nues du Sud sont ob­ser­vables par­ti­cu­liè­re­ment sur les pla­tanes bé­né­fi­ciant d’un bon en­so­leille­ment.

Les membres d’Ar­thro­po­lo­gia, as­so­cia­tion na­tu­ra­liste spé­cia­li­sée dans l’ob­ser­va­tion des in­sectes, ont aus­si ob­ser­vé le phé­no­mène à par­tir de la fin mai. « On peut pen­ser que le nombre de ci­gales aug­mente », confirme Hugues Mou­ret, na­tu­ra­liste et di­rec­teur d’Ar­thro­po­lo­gia. Il avance deux rai­sons à ce phé­no­mène. Les tem­pé­ra­tures, qui se rap­prochent à Lyon de celle du sud de la France. Mais aus­si, et sur­tout, cette re­cru­des­cence de ci­gales se­rait at­tri­buable à l’ar­rêt de l’uti­li­sa­tion des pro­duits phy­to­sa­nit a i r e s , her­bi­cides et in­sec­ti­cides sur le ter­ri­toire de la mé­tro­pole lyon­naise pour le trai­te­ment des es­paces verts. Ces pro­duits dé­truisent en ef­fet les larves conser­vées dans le sol et em­pêchent ain­si au prin­temps les ci­gales de naître. Entre Rhône et Saône, on peut d o nc d é s o r mais ob­ser­ver la ci­gale rouge, la ci­gale grise, et la grande cig a l e pl é b é i e nne qui est la plus so­nore. De­puis une tren­taine d’an­nées, comme l’ob­serve l’In­ra, le ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique pro­voque une mi­gra­tion à la fois de la vé­gé­ta- Si vous vou­lez les en­tendre, pre­nez la ligne 3 ou la 9. Comme les cri­quets, les « cri-cri­cri » mille fois ré­pé­tés des grillons sont au­dibles à Paris, où ils ré­sonnent dans les sou­bas­se­ments du mé­tro pa­ri­sien. « Ils au­raient voya­gé clan­des­ti­ne­ment au dé­but de XXe siècle du sud de la France à Paris, par des ca­geots de lé­gumes im­por­tés dans la ca­pi­tale », ex­plique la Ligue de pro­tec­tion des grillons du mé­tro pa­ri­sien (LPGMP). Après la dis­pa­ri­tion des fours à pain, où ils avaient d’abord trou­vé re­fuge, les grillons se sont ré­fu­giés dans le mé­tro, où les tem­pé­ra­tures os­cil­lent entre 27 et 34 de­grés. Des condi­tions pro­pices à leur dé­ve­lop­pe­ment, puisque ces in­sectes se nour­rissent éga­le­ment des dé­chets (no­tam­ment des mé­gots) des voya­geurs. De vrais éboueurs ur­bains. Mais pro­gres­si­ve­ment, le bal­last au sol — qui per­met­tait de conser­ver cette cha­leur grâce au frot­te­ment des trains sur les rails — a été rem­pla­cé par du bé­ton. Au grand dam de ces in­sectes ty­pi­que­ment su­distes. Sur les 14 lignes du mé­tro pa­ri­sien, seules deux en ac­cueillent en­core. tion et de la faune le long de la val­lée du Rhône, avec l’ar­ri­vée d’es­pèces pro­ven­çales jus­qu’à Lyon.

En ce mois de juillet, autre preuve de la re­mon­tée du cli­mat de Mé­di­ter­ra­née, les étu­diants du mas­ter étho­lo­gie et écologie de Saint-Etienne viennent de dé­cou­vrir à Saint-Mar­cel-en-Fo­rez, un spé­ci­men de Se­ra­pias vo­me­ra­cea, une orchidée de cou­leur pourpre, ha­bi­tuée à pous­ser au bord de la Mé­di­ter­ra­née.

Avec le ré­chauf­fe­ment, les tem­pé­ra­tures lyon­naises se rap­prochent de celles du sud de la France, pour le plus grand bon­heur des ci­gales.

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