Com­ment les deux ter­ro­ristes se sont-ils ren­con­trés ?

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - Adel Ker­miche, sur la mes­sa­ge­rie cryp­tée Te­le­gram T.B. ET STÉPHANE SELLAMI

DEUX TER­RO­RISTES que tout op­pose en ap­pa­rence mais unis dans l’hor­reur et la jeu­nesse — tous deux n’étaient âgés que de 19 ans. L’en­quête sur le sup­plice du père Jacques Ha­mel mar­di à Saint-Etienne-duRou­vray (Seine-Ma­ri­time) com­mence à ré­vé­ler les contours du duo mor­bide for­mé par Adel Ker­miche et Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean.

La ra­di­ca­li­sa­tion du pre­mier, mis en exa­men de­puis 2015 pour avoir ten­té de se rendre à deux re­prises en Sy­rie, n’était pas un mys­tère. Il a pro­fi­té du cré­neau of­fert par son pla­ce­ment sous bra­ce­let élec­tro­nique pour agir. Sa re­mise en li­ber­té n’avait pas at­té­nué ses pen­chants dji­ha­distes, loin de là. « L’Ex­press » a ain­si ré­vé­lé hier le conte­nu des mes­sages au­dio que le Nor­mand pro­pa­geait sur la mes­sa­ge­rie cryp­tée Te­le­gram au sein d’un groupe pri­vé de quelque 200 membres. Adel Ker­miche ra­conte com­ment un « cheikh » ren­con­tré der­rière les bar­reaux à la pri­son de Fleu­ry- Mé­ro­gis ( Es­sonne) l ui a « don­né des idées ».

Sur­tout, il n’hé­site pas à évo­quer son fu­neste pro­jet, dont la pré­mé­di­ta­tion ne fait plus guère de doute. « Au­tant at­ta­quer ici », ex­plique-t-il le 19 juillet en don­nant des pré­ci­sions gla­çantes : « Tu prends un cou­teau, tu vas dans une église, tu fais un car­nage, bim. Tu tranches deux ou trois têtes et c’est bon, c’est fi­ni. » La veille de l’at­taque, il pro­met « des gros trucs » et en­cou­rage ses « frères et soeurs » qui le suivent sur Te­le­gram à par­ta­ger sa page pri­vée. « Je vous pré­vien­drai à l’avance, trois ou quatre mi­nutes avant et quand le truc ar­ri­ve­ra, il fau­dra le par­ta­ger di­rect », an­nonce-t-il fiè­re­ment. Tou­jours se­lon « l’Ex­press », sa der­nière connexion date du 2 6 j ui l l e t à 9 h 46 alors qu’il se trouve dé­jà dans l’église.

Le pro­fil de son com­plice Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean in­ter­roge aus­si. D é c r i t c o mme ser­viable et res­pec­tueux, sa dé­rive est res­tée sou­ter­raine. Tout comme son al­ler-re­tour en Tur­quie de vingt­quatre heures le 10 juin der­nier. Les au­to­ri­tés turques at­ten­dront la fin du mois pour si­gna­ler à la France son pas­sage. Le Sa­voyard fait alors l’ob­jet d’une fiche S le 29 juin. « Dans notre es­prit, on pense qu’il se trouve en Sy­rie », confie une source proche du dos­sier. Son re­tour en France est en ef­fet pas­sé to­ta­le­ment in­aper­çu. Mais pas ce­lui de son com­pa­gnon de voyage, Jean-Louis S., in­ter­pel­lé mer­cre­di soir comme l’a ré­vé­lé « l’Obs ». Cet homme de 20 ans, dé­jà fi­ché S, fai­sait l’ob­jet d’une sur­veillance de­puis son re­tour de Tur­quie dans le cadre d’une in­for­ma­tion ju­di­ciaire sur une fi­lière d’ache­mi­ne­ment dji­ha­diste ou­verte au mois de juin 2015. Les évé­ne­ments de SaintE­tienne-du-Rou­vray ont pré­ci­pi­té son pla­ce­ment en garde à vue.

Les ser­vices de ren­sei­gne­ment étaient sur sa trace de­puis plu­sieurs jours. Le 22 juillet, une note de l’uni­té de co­or­di­na­tion de la lutte an­ti­ter­ro­riste (Uclat) évoque une me­nace d’at­ten­tat. Le mes­sage est ac­com­pa­gné de la pho­to d’un jeune homme bar- bu. Trois jours plus tard, dans le cadre d’une per­qui­si­tion opé­rée chez un homme as­si­gné à ré­si­dence, une vi­déo d’al­lé­geance à Daech où ap­pa­raît le même homme est sai­sie. A chaque fois, il s’agit d’Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean. Les en­quê­teurs ne le savent pas, puisque la fiche S dont il fait l ’ o bj e t n’ e s t a c c o mpa­gnée d’au­cune pho­to. Le rap­pro­che­ment se­ra fi­na­le­ment fait. Mais trop tard.

Une ques­tion de­meure cru­ciale dans l’en­quête : com­ment Adel Ker­miche le Nor­mand et Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean le Sa­voyard se sont-ils ren­con­trés ? Pour l’heure, on sait sim­ple­ment que les té­lé­phones des deux jeunes ont bor­né aux mêmes en­droits dans le sec­teur de Saint-Etienne-du-Rou­vray entre le 23 juillet et la com­mis­sion des faits. Les condi­tions de leur ren­contre res­tent à éta­blir.

« Tu prends un cou­teau, tu vas dans une église, tu fais un car­nage, bim. Tu tranches deux ou trois têtes et c’est bon, c’est fi­ni. »

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