La fra­ter­ni­té dans le deuil

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - Saint-Etienne-du-Rou­vray (Seine-Ma­ri­time) De nos en­voyés spé­ciaux Hu­bert Wul­franc, maire de Saint-Etienne-du-Rou­vray TEXTES : THIBAULT RAISSE PHO­TOS : AR­NAUD JOUR­NOIS

DES MURMURES ré­con­for­tants. Quelques em­bras­sades dis­crètes. Ces larmes qu’on es­suie pu­di­que­ment d’un re­vers de doigt. Puis vient le si­lence. « Le si­lence as­sour­dis­sant de ceux qui sur­vivent », se­lon les mots dé­chi­rants du maire de Saint-Etienne-du-Rou­vray, Hu­bert Wul­franc (PCF). Ils étaient 3 500 — soit l’équi­valent de plus de 10 % des ha­bi­tants de la com­mune — à s’être ras­sem­blés hier soir au stade mu­ni­ci­pal pour sa­luer la mé­moire du père Jacques Ha­mel as­sas­si­né en sa pa­roisse mar­di. Une foule où se mê­laient sans dis­tinc­tion juifs, mu­sul­mans, chré­tiens et athées, tous unis, au-de­là de leurs dif­fé­rences, par une même idée de la com­mu­nau­té hu­maine.

Sur l’es­trade or­née d’un por­trait du prêtre mar­tyr, une dou­zaine de res­pon­sables re­li­gieux lo­caux sont pré­sents, pré­cé­dés par Hu­bert Wul­franc, l’édile meur­tri de­ve­nu le sym­bole d’un deuil bien lourd à por­ter pour une pe­tite ville. En une de­mi-heure, son dis­cours, et après lui ce­lui de l’évêque de Rouen, suf­fit à se faire l’écho de l’im­mense émo­tion qui étreint les ha­bi­tants. « J’ha­bite à 50 m de l’église. J’avais be­soin de par­ta­ger ma peine. C’est un mo­ment de com­mu­nion, au-de- là du sens re­li­gieux du mot », sou­ligne Bri­gitte, 66 ans. « J’ai fait 80 km pour être là. Nous sommes tous tou­chés dé­sor­mais, pe­tite ou grande vil l e, l i eu sym­bo­lique ou non. Mais je te­nais aus­si à être là pour mon­trer qu’ils n’ont pas ga­gné », in­siste Do­mi­nique, 62 ans.

Le maire com­mu­niste de la ci­té ou­vrière prend la pa­role en pre­mier. « L’émo­tion, la tris­tesse en ré­ac­tion à cet acte ignoble ne se ta­ri­ront pas, an­nonce-t-il. L’hom- mage à sa mé­moire nous amène à re­te­nir l’im­pé­rieuse né­ces­si­té de dire et faire ce qui est bon en fra­ter­ni­té. Seuls des pa­roles et des actes de paix ai­de­ront à la sé­ré­ni­té et à la co­hé­sion des f amilles. C’est la lettre de mis­sion que je nous donne. J’ai l’in­time convic­tion qu’elle se­rait celle de Jacques Ha­mel, quels que soient les er­re­ments et la déshu­ma­ni­sa­tion de quelques en­fants », dé­roule-t-il la gorge nouée mais la tête haute.

Une mi­nute de si­lence et une vi­brante « Mar­seillaise » viennent clore le ras­sem­ble­ment. « C’était dur, mais c’était beau », com­mente so­bre­ment Da­nielle, l ’ une des soeurs pré­sentes le jour de la tra­gé­die, ins­tal­lées de­vant l’es­trade. Elle s’ex­prime le vi­sage fer­mé mais se­rein. « La place qu’on oc­cupe dans l’église, c’est tou­jours de­vant, là où Jacques a été as­sas­si­né. Les images sont là, elles ne me quittent ja­mais. J’ap­pré­hende beau­coup de ren­trer dans l’église main­te­nant. Il va fal­loir du temps. »

Mal­gré la pré­sence, ju­gée in­op-

« Seuls des pa­roles et des actes de paix ai­de­ront à la sé­ré­ni­té »

por­tune par cer­tains, de fi­gures po­li­tiques na­tio­nales — le pré­sident du Con­seil consti­tu­tion­nel et an­cien élu lo­cal Laurent Fa­bius, le pré­sident de la Nor­man­die, Her­vé Mo­rin, l’an­cien conseiller ré­gio­nal de Nor­man­die et can­di­dat à la pri­maire de la droite Bru­no Le Maire —, la cé­ré­mo­nie rem­plit son of­fice : af­fi­cher le sou­ve­nir joyeux de Jacques Ha­mel, comme un pied de nez à la ter­reur. « Quand je l’ai ren­con­tré, il était dé­jà as­sez âgé, se rap­pelle l’évêque de Rouen du­rant son al­lo­cu­tion. Je lui ai de­man­dé : Quelle se­ra la pro­chaine étape de ta vie ? Il m’a ré­pon­du avec ce grand sou­rire que vous lui connais­sez : Tant que je peux… » le­pa­ri­sien.fr

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