Les nou­veaux dé­fis de Hilla­ry Clin­ton

ÉTATS-UNIS. La can­di­date, qui pas­sait cette nuit son grand oral de­vant la conven­tion dé­mo­crate, a trois mois pour mo­bi­li­ser les élec­teurs de son camp. Qui peuvent être ten­tés par un vote éco­lo… ou li­ber­ta­rien.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - New York (Etats-Unis) De notre en­voyée spé­ciale JANNICK ALIMI

DE­PUIS CETTE NUIT, Hilla­ry Clin­ton, dont le dis­cours — le pre­mier de­puis qu’elle est of­fi­ciel­le­ment la can­di­date dé­mo­crate — a clô­tu­ré la conven­tion dé­mo­crate de Phi­la­del­phie, est sur or­bite pour par­tir à la conquête de la Mai­son-Blanche. Elle au­ra face à elle un can­di­dat hors normes, le po­pu­liste Do­nald Trump qui la de­vance dans cer­tains son­dages. Mais Clin­ton de­vra re­le­ver d’autres dé­fis : at­ti­rer vers elle les élec­teurs « de gauche », amers et dé­çus par sa cam­pagne, sa per­son­na­li­té et par le par­ti dé­mo­crate en gé­né­ral… et qui se sont tour­nés vers les autres can­di­dats « al­ter­na­tifs ».

Elle pour­rait perdre les par­ti­sans de Ber­nie San­ders

Les plus nom­breux — près de 40 % des élec­teurs dé­mo­crates — sont les sup­por­teurs de Ber­nie San­ders. A 74 ans, le concur­rent mal­heu­reux de Clin­ton a été, après Trump, la grande ré­vé­la­tion de ces pri­maires. Les po­si­tions très pro­gres­sistes du sé­na­teur du Ver­mont ont en ef­fet ren­con­tré l’adhé­sion de ces Amé­ri­cains fra­gi­li­sés par la crise de 2008 et ré­vol­tés par le creu­se­ment des in­éga­li­tés. Des me­sures comme la hausse du sa­laire mi­ni­mum à 15 $ de l’heure, la gra­tui­té des frais de sco­la­ri­té ou l’ex­ten­sion de l’Oba­ma­care (l’as­su­rance ma­la­die pour les classes moyennes) ont d’ailleurs été re­prises en grande par­tie par Clin­ton. Mais ce­la suf­fi­ra-t-il à les convaincre de vo­ter pour elle ? « On n’a pas le choix, nous confie un pro-San­ders, comp­table à New York. Si­non, on risque de faire le jeu de Trump et ce­la, c’est pire que tout. »

Pour­tant, la co­lère est tel­le­ment grande chez les sym­pa­thi­sants de San­ders qu’il est fort pro­bable que leurs voix se re­portent sur une autre can­di­date, Jill Stein, la re­pré­sen­tante du Green Par­ty, le par­ti éco­lo­giste. Cré­di­tée de 5 % des in­ten­tions de vote, cette an­cienne mé­de­cin de 66 ans pour­rait, à la fa­veur du ral­lie­ment de San­ders à Clin­ton, grim­per beau­coup plus haut. Stein n’est pas une nou­velle ve­nue : elle s’était dé­jà pré­sen­tée en 2012, mais sans grand suc­cès. Son pro­gramme se veut ré­so­lu­ment an­ti­li­bé­ral.

Reste un qua­trième can­di­dat dans la course fi­nale, le li­ber­ta­rien Ga­ry John­son, dont la cote dé­passe les 10 % d’in­ten­tions de vote ! Ce mul­ti­mil­lion­naire de 63 ans a été gou­ver­neur ré­pu­bli­cain du Nou­veau-Mexique. Conser­va­teur en ma­tière éco­no­mique et so­ciale, il est contre toute in­ter­ven­tion de l’Etat et pour­rait à ce titre faire de l’ombre à Trump. Mais il est aus­si très li­bé­ral sur les ques­tions de so­cié­té, où il pour­rait cette fois nuire à Clin­ton. En 2012, Ga­ry John­son, qui avait dé­jà été can­di­dat, avait réa­li­sé un score de 1 % face à Oba­ma et Rom­ney. Quatre ans après, il de­vrait faire beau­coup mieux. Et risque, comme Jill Stein, d’em­pê­cher Clin­ton de dé­cro­cher les fa­meux « swing states » (les Etats qui ba­lancent entre dé­mo­crates et ré­pu­bli­cains se­lon les scru­tins) comme l’Ohio et la Flo­ride. Pen­dant les trois mois dé­ci­sifs à ve­nir avant le 8 no­vembre, Hilla­ry Clin­ton de­vra donc lut­ter sur tous ces fronts. Et sans doute un peu contre elle-même, si elle veut en­fin se faire ai­mer des Amé­ri­cains.

@Jan­ni­ckA­li­mi1

Hilla­ry Clin­ton (au centre) est dé­sor­mais lan­cée dans la course à la Mai­son-Blanche. Mais deux can­di­dats pour­raient lui prendre des voix. Ga­ry John­son (ci-des­sous, à g.), conser­va­teur en ma­tière éco­no­mique mais très li­bé­ral sur les ques­tions de so­cié­té, et Jill Stein, éco­lo­giste.

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