Dé­mis­sion sur­prise d’un ad­mi­nis­tra­teur

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Gé­rard Ma­gnin, ex-ad­mi­nis­tra­teur d’EDF E.B.

L’AN­NONCE de sa dé­mis­sion a fait l’ef­fet d’un coup de ton­nerre à l’ou­ver­ture du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion (CA) d’EDF qui se te­nait hier au siège du groupe. A peine deux heures avant, Gé­rard Ma­gnin, 65 ans, l’un des six ad­mi­nis­tra­teurs pro­po­sés par l’Etat, avait pris soin d’en­voyer une lettre à la di­rec­tion pour ex­pli­quer son désac­cord avec la stra­té­gie pour­sui­vie et no­tam­ment son re­fus de vo­ter le feu vert au pro­jet Hink­ley Point, du nom de ce site dans le sud de l’An­gle­terre où EDF pré­voit de construire deux ré­ac­teurs nu­cléaires de type EPR. D’où sa dé­mis­sion sur­prise. Le CA, qui a fi­na­le­ment va­li­dé le pro­jet, s’est donc te­nu à 17 membres, au lieu des 18 pré­vus par le rè­gle­ment.

Cette dé­mis­sion sur­vient quelques mois à peine après une autre dé­mis­sion fra­cas­sante, pro­vo­quée p a r l e s mêmes désac­cords et qui avait dé­jà se­mé le trouble dans la g r a nde mais o n EDF. Au mois de mars der­nier, le di­rec­teur fi­nan­cier et nu­mé­ro deux du groupe, Tho­mas Pi­que­mal, avait en ef­fet lui aus­si je­té l’éponge, n’hé­si­tant pas à qua­li­fier Hink­ley Point de pro­jet « sui­ci­daire ».

Dans sa lettre de deux pages, l’ad­mi­nis­tra­teur Gé­rard Ma­gnin, qui a in­té­gré le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion d’EDF en no­vembre 2014 sur pro­po­si­tion de l’Etat, ex­plique sa crainte « que la mo­bi­li­sa­tion des moyens pour ce pro­jet, à grand ren­fort de ces­sions d’ac­tifs, ait des consé­quences sur la sû­re­té des ré­ac­teurs, en par­ti­cu­lier ceux dont la vie se­ra pro­lon­gée ». Et l’ex­pert de lan­cer cet aver­tis­se­ment gla­cial : « Es­pé­rons que Hink­ley Point n’en­traîne pas EDF dans un abîme de type Are­va comme cer­tains le craignent. EDF au­rait alors per­du sur tous les ta­bleaux. »

La dé­ci­sion de Gé­rard Ma­gnin est plus qu’un sym­bole. L’homme est un ex­pert re­con­nu dans le monde de l’éner­gie. Il a fon­dé en 1990 Ener­gy Ci­ties, une as­so­cia­tion eu­ro­péenne réunis­sant de nom­breuses villes dé­si­reuses de lan­cer leur tran­si­tion éner­gé­tique. Cet in­gé­nieur de for­ma­tion a éga­le­ment été membre en 2013 du groupe d’ex­perts dans le cadre du dé­bat na­tio­nal sur la tran­si­tion éner­gé­tique.

« Je n’au­rais ja­mais pu vo­ter en mon âme et conscience en fa­veur d’un tel pro­jet, nous a-t-il confié. Des dé­ci­sions ont été prises qui en­gagent l’ave­nir du groupe pour les trente pro­chaines an­nées. Or un cer­tain nombre des per­sonnes pré­sentes à ce con­seil ont vo­té avec un fu­sil dans le dos. » Et l’ex­pert de ci­ter par­mi ces dé­ci­sions stra­té­giques l’al­lon­ge­ment de la du­rée de vie des cen­trales nu­cléaires à cin­quante ans, contre qua­rante au­jourd’hui, qui fait suite au re­port dé­jà pré­vu de la date li­mite du dé­man­tè­le­ment des cen­trales nu­cléaires de 2040 à 2105 ; une nou­velle pro­po­si­tion de ra­chat d’Are­va NP, la branche spé­cia­li­sée dans la construc­tion des ré­ac­teurs nu­cléaires ; ain­si que le pro­jet de Hink­ley Point, « un risque in­dus­triel et fi­nan­cier dé­me­su­ré pour EDF ».

« Un cer­tain nombre de per­sonnes pré­sentes à ce con­seil ont vo­té avec un fu­sil dans le dos »

L’in­té­gra­li­té de la lettre de dé­mis­sion

Gé­rard Ma­gnin.

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