EDF donne le coup d’en­voi au pro­jet Hink­ley Point dans la dou­leur

NU­CLÉAIRE. Le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de l’élec­tri­cien a vo­té hier, dans un cli­mat ten­du, le fi­nan­ce­ment de la construc­tion des deux ré­ac­teurs nu­cléaires contro­ver­sés à Hink­ley Point, dans le sud de l’An­gle­terre.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - ER­WAN BENEZET

LES DÉS SONT JETÉS. Mal­gré les in­nom­brables cri­tiques qu’es­suie de­puis des mois le pro­jet, le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion d’EDF réuni hier au siège du groupe, ave­nue de Wa­gram à Pa­ris, a vo­té par dix voix contre sept, après plus de six heures de dé­bats, pour la dé­ci­sion fi­nale d’in­ves­tis­se­ment (FID) du chan­tier de construc­tion de deux ré­ac­teurs de type EPR à Hink­ley Point, dans le sud de l’An­gle­terre, avec une mise en ser­vice pré­vue pour 2025. Ce vote au­to­rise ain­si la di­rec­tion de l’élec­tri­cien pu­blic à si­gner les prin­ci­paux contrats qui lie­ront EDF au gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, à son par­te­naire chi­nois CGN et à leurs four­nis­seurs. D’après nos in­for­ma­tions, par­mi les op­po­sants au pro­jet fi­gurent les six ad­mi­nis­tra­teurs sa­la­riés ain­si que l’ad­mi­nis­tra­trice in­dé­pen­dante Lau­rence Pa­ri­sot, an­cienne pré­si­dente du Me­def et ac­tuelle vice-pré­si­dente du di­rec­toire du groupe Ifop.

Avec son coût pha­rao­nique, of­fi­ciel­le­ment es­ti­mé à 18 mil­liards de livres (21,5 Mds€), mais qui pour­rait en réa­li­té coû­ter le double (lire nos édi­tions du 13 j uillet), Hink­ley Point ren­contre une op­po­si­tion fa­rouche d’une par­tie des sa­la­riés d’EDF, et di­vise pro­fon­dé­ment jusque dans l’en­tou­rage du pré­sident du groupe, Jean-Ber­nard Lé­vy. L’an­cien nu­mé­ro deux et di­rec­teur fi­nan­cier Tho­mas Pi­que­mal n’avait pas hé­si­té à dé­mis­sion­ner en mars der­nier pour mar­quer son op­po­si- tion. Hier une autre dé­mis­sion est ve­nue trou­bler le bon dé­rou­le­ment de la réunion, celle de Gé­rard Ma­gnin, l’un des six ad­mi­nis­tra­teurs nom­més par l’Etat (lire ci-des­sous), en rai­son de son désac­cord avec Hink­ley Point et la stra­té­gie ré­so­lu­ment pro-atome d’EDF, au dé­tri­ment se­lon lui de la tran­si­tion éner­gé­tique.

A contra­rio, pour le groupe comme pour l’Etat, le pro­jet est ju­gé in­con­tour­nable pour le main­tien du sa­voir-faire et de la cré­di­bi­li­té de la fi­lière nu­cléaire tri­co­lore, en pleine re­fonte. Le PDG d’EDF, JeanBer­nard Lé­vy, a em­ployé tous les moyens — « par­fois à la li­mite de la lé­ga­li­té », se­lon plu­sieurs ad­mi­nis­tra­teurs que nous avons joints —, pour que le vote du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion penche en sa fa­veur. Ain­si, se­lon le té­moi­gnage de l’un d’entre eux, l es a dmi­nis­tr a t e ur s ont eu moins d’une jour­née pour consul­ter l’in­té­gra­li­té des avant-contrats re­la­tifs à Hink­ley Point. Les 2 500 pages de do­cu­ments en an­glais ont en ef­fet été mises à leur dis­po­si­tion le… 27 juillet, soit la veille du vote.

Le PDG d’EDF avait éga­le­ment pris soin de ba­layer d’un re­vers de l a mai n t r o i s j o u r s a v a n t , l e 25 juillet lors d’un co­mi­té stra­té­gique, les in­ter­ro­ga­tions sur les risques de conflits d’in­té­rêts de trois des ad­mi­nis­tra­teurs voués à sa cause : Phi­lippe Crou­zet (Val­lou­rec), Bru­no La­font (La­farge Hol­cim) et Mar­tin Vial, le pa­tron de l’Agence des par­ti­ci­pa­tions de l ’ Etat (APE). L’as­so­cia­tion d’ac­tion­naires sa­la­riés (EAS) a en ef­fet en­voyé mi­juillet une re­quête sur ce point à l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers (AMF). Se­lon nos in­for­ma­tions, cer­tains op­po­sants au pro­jet Hink­ley Point étu­dient les pos­si­bi­li­tés de re­cours au­près de la jus­tice contre cette dé­ci­sion du CA, no­tam­ment pour ré­ten­tion d’in­for­ma­tions fi­nan­cières et tech­niques.

Les do­cu­ments re­la­tifs au pro­jet, en an­glais, re­mis aux ad­mi­nis­tra­teurs seule­ment la veille du vote

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