Au­sch­witz, étape sym­bo­lique du sé­jour de Fran­çois en Po­logne

RE­LI­GION. En marge des Jour­nées mon­diales de la jeu­nesse, le pape a te­nu à al­ler se re­cueillir sur le site du camp de concen­tra­tion d’Au­sch­witz. Un geste ap­pré­cié dans l’an­cien quar­tier juif de Cra­co­vie. Re­por­tage.

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Cra­co­vie (Po­logne) De nos en­voyés spé­ciaux Le rab­bin Avi Bau­mol VINCENT MONGAILLARD

CE MA­TIN, en marge des Jour­nées mon­diales de la jeu­nesse (JMJ) à Cra­vo­vie, le pape Fran­çois va se re­cueillir en si­lence dans l’an­cien camp de concen­tra­tion d’Au­sch­witz, là où 1 mil­lion de juifs ont été as­sas­si­nés. Une pre­mière pour l’ex-ar­che­vêque de Bue­nos Aires, qui suit ain­si les traces de ses pré­dé­ces­seurs, Jean-Paul II et Be­noît XVI. « A l’is­sue de sa vi­site, il ne se­ra plus le même homme. Ce lieu où l’on écoute les voix de la mort change tout le monde, y com­pris le pape. Il ver­ra de ses propres yeux la vraie his­toire de l’Ho­lo­causte et au­ra une com­pré­hen­sion plus pro­fonde de l’in­to­lé­rance », confie Jo­na­than Orn­stein, 46 ans, di­rec­teur du Centre de la com­mu­nau­té juive à Cra­co­vie, in­vi­té à ac­com­pa­gner le chef de l’Eglise ca­tho­lique. Toute la fa­mille de sa grand-mère a été anéan­tie lors de la Shoah.

Des 3,3 mil­lions de juifs ré­si­dant en Po­logne à la veille de la Se­conde Guerre mon­diale, seuls 300 000 échap­pèrent à la bar­ba­rie na­zie. La plu­part des sur­vi­vants ont quit­té le pays en 1945. Au­jourd’hui, cette com­mu­nau­té re­pré­sente 100 à 150 00 per­sonnes. A Cra­co­vie, qui compte sept sy­na­gogues dans l’an- cien quar­tier juif de Ka­zi­mierz, de­ve­nu le ren­dez-vous des ar­tistes et des étu­diants, elle s’élève à 1 000 ou 3 000 per­sonnes contre 65 000 en 1939. Par­mi eux, le rab­bin Avi Bau­mol, qui se­ra lui aus­si aux cô­tés du sou­ve­rain pon­tife ce ma­tin. Il juge « po­si­tive » sa ve­nue au coeur de l’in­di­cible. « Ob­ser­ver ce que la na­ture hu­maine a fait de pire in­vite tou­jours à ten­ter d’al­ler vers le meilleur », ré­sume-t-il. Ce qua­dra­gé­naire en­sei­gnant la To­rah, tient à sou­li­gner le « cou­rage » de l’en­fant du pays, Jean-Paul II, qui s’est ren­du en pion­nier à Au­sch­witz et a « ren­for­cé » le dia­logue entre juifs et chré­tiens.

Le rôle trouble du pape Pie XII du­rant la guerre, ac­cu­sé par cer­taines voix de s’être tu face à la Shoah, est bien sûr évo­qué. Mais avec le sou­ci de l’apai­se­ment et de la vé­ri­té, sans ja­mais sus­ci­ter de co­lère ou de haine. « Si, in­di­vi­duel­le­ment, les ca­tho­liques ont, de leur propre chef, sau­vé beau­coup de juifs, en par­ti­cu­lier les Po­lo­nais qui sont les plus nom­breux à avoir été éle­vés au rang de Justes par­mi les na­tions, l’Eglise, elle, en tant qu’ins­ti­tu­tion, n’a pas suf­fi­sam- ment ré­agi. Pie XII au­rait dû faire plus pour ai­der les juifs », ré­pète Jo­na­than Orn­stein, avant de se tour­ner vers le pré­sent et le fu­tur. « Certes, je me sou­viens des mo­ments dif­fi­ciles de notre his­toire, mais je pré­fère me fo­ca­li­ser sur les re­la­tions ex­cel­lentes qu’en­tre­tiennent au­jourd’hui les deux confes­sions », pré­cise ce­lui qui a éga­le­ment consta­té ces der­nières an­nées « un re­cul de l’an­ti­sé­mi­tisme » en Po­logne.

Ol­ga, 30 ans, une main de My­riam en guise de pen­den­tif, est sur la même lon­gueur d’onde. « Cette vi­site du pape est sym­bo­lique. On ne peut pas ou­blier ce pas­sé, mais il est im­por­tant de se concen­trer sur la vie », mar­tèle cette li­braire. Ce qu’elle re­tient de Fran­çois, c’est son « ou­ver­ture d’es­prit », no­tam­ment avec les mi­grants et les ho­mo­sexuels. « Sur ces ques­tions, il est plus cou­ra­geux que ses pré­dé­ces­seurs, c’est pour ça que beau­coup de juifs l’aiment », ob­serve-t-elle.

Pio­tr, 42 ans, trouve que le SaintPère ar­gen­tin com­prend par­fai­te­ment « les tra­di­tions juives, en par­ti­cu­lier le shab­bat », le jour de re­pos dans le ju­daïsme. Ce ma­tin à Au­sch­witz, ce pro­fes­seur d’uni­ver­si­té ten­te­ra d’ap­pro­cher le 266e suc­ces­seur de saint Pierre. « On peut tou­jours rê­ver, mais si j’y ar­rive, je lui di­rai sim­ple­ment : Mer­ci d’être ve­nu… »

« Ob­ser­ver ce que la na­ture a fait de pire in­vite à al­ler vers le meilleur »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.