« Tout le monde a son autre Fi­nis­tère »

La chan­son des In­no­cents a mis du temps à être écrite, et plus en­core à de­ve­nir un des tubes de l’an­née 1993. JP Na­taf, le chan­teur du groupe, cher­chait « la grâce pure ».

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - JP Na­taf, au­teur de « l’Autre Fi­nis­tère » SAN­DRINE BAJOS

« L’AUTRE FI­NIS­TÈRE » n’a fi­na­le­ment que le nom de bre­ton. « On a tous un en­droit qui nous est propre, un lieu dont on a des­si­né les contours et où on peut vivre en paix avec celle ou ce­lui qu’on aime », sou­ligne JP Na­taf, le chan­teur des In­no­cents et au­teur de la chan­son qui a re­lan­cé le groupe en 1992. « Tout le monde a son autre Fi­nis­tère, où qu’il soit dans le monde, c’est ce qu’il y a d’uni­ver­sel dans cette chan­son. »

Quand la chan­son sort en août 1992, les In­no­cents, qui se sont pour­tant im­po­sés comme un groupe phare de la scène pa­ri­sienne, ont la gueule de bois. Leur deuxième al­bum « Fous à lier » en bacs chez les dis­quaires de­puis six mois, a re­çu un bon ac­cueil mais les ventes ne dé­collent pas. Idem pour le pre­mier single de l’al­bum « Mon der­nier sol­dat ». Cinq ans plus tôt, le groupe a connu un in­croyable suc­cès avec son pre­mier titre, « Jo­die ». Ont sui­vi des mois de fo­lie, ryth­més aux sons des concerts, des pla­teaux té­lé, de la cé­lé­bri­té…

Mais au fi­nal, « Le groupe s’est un peu per­du », re­con­naît au­jourd’hui JP Na­taf, 54 ans. Reste que les In­no ont si­gné chez Vir­gin. Ro­ckeuse peut-être, mais com­mer­ciale avant tout, la puis­sante mai­son veut des tubes.

La pres­sion est forte sur le groupe qui met­tra trois ans pour com­po­ser son deuxième al­bum et quatre pour re­trou­ver le che­min du suc­cès. Il faut at­tendre jan­vier 1993 pour que « l’Autre Fi­nis­tère » soit re­pris en ra­dios puis de­vienne un des tubes de l’an­née. Por­té par la chan­son, l’al­bum « Fous à lier » se vend à plus de 700 000 exem­plaires. Pour­tant, re­con­naît le chan­teur, l’ac­cou­che­ment du disque, et de la chan­son en par­ti­cu­lier, fut dif­fi­cile. Très dif­fi­cile.

Per­sonne n’y croyait, à cette chan­son, au dé­but. Ri­co, l’an­cien bas­siste du groupe a po­sé les pre­miers ac­cords, JP l’a re­tra­vaillée pour des­si­ner la mé­lo­die, a trou­vé le re­frain. C’est une chan­son rock et en­le­vée que le groupe a pré­sen­tée à Vir­gin. Mais le re­tour de la mai­son de disques est gla­cial. « Je me sou­viens d’un soir, ra­conte JP, j’étais avec Jean-Ch­ris­tophe Ur­bain (NDLR : gui­ta­riste et autre lea­deur du groupe), on re­mon­tait la rue de Bel­le­ville, on était très mal, on se di­sait qu’il fau­drait chan­ger de mé­tier… »

Mais le groupe s’ac­croche, et Vir­gin fi­nit par don­ner son feu vert pour le deuxième al­bum.

JP Na­taf prend alors sa gui­tare et son ca­hier et part tout l’été chez les pa­rents de sa femme en Cha­rente écrire les textes, seul au fond du jar­din, face au ma­rais. La chan­son ne s’ap­pe­lait même pas « l’Autre Fi­nis­tère » mais « Jé­ré­mie le sa­cris­tain » ! « Je cher­chais la grâce. J’y te­nais dé­jà, à cette chan­son. Il fal­lait que le texte soit à la hau­teur. Là, je me sou­viens que le mot Fi­nis­tère a ber­cé mon en­fance, j’y al­lais ré­gu­liè­re­ment avec mon père. J’ai­mais le mot, sa si­gni­fi­ca­tion, fin de la terre. J’étais fou amou­reux à l’époque, je vou­lais écrire une chan­son d’amour, pure, sans cy­nisme, sans ti­roirs ca­chés. J’étais ex­trê­me­ment pu­dique. J’ai mis énor­mé­ment de coeur dans cette chan­son, et quand j’ai écrit sur mon ca­hier Dans cet autre Fi­nis­tère/Aux longues plages de si­lence, j’ai su que je te­nais la chan­son. »

L’en­re­gis­tre­ment en stu­dio est dou­lou­reux, d’au­tant que le groupe manque de temps et d’ar­gent. Les re­la­tions avec Phi­lippe De­let­trez aux ar­ran­ge­ments sont ex­plo­sives… « Il n’avait pas notre culture rock et nous a bri­més sur les ins­pi­ra­tions qui viennent g é n é r a l e ment e n stu­dio, ra­conte le c han­teur. En­core au­jourd’hui, pour nous, cette chan­son n’est pas fi­nie, il manque la touche des In­no ! »

Quand l’al­bum fi­nit par sor­tir, en mars 1992, JP Na­taf est très mar­qué par la perte de son ami d’en­fance, qui fut le pre­mier gui­ta­riste des In­no­cents. « Cet al­bum, il l’avait écou­té, il l’avait ai­mé, il était fier de moi. Je le lui ai dé­dié et je me suis bat­tu car, moi aus­si, j’y croyais… » 20 août : sor­tie du pre­mier ro­man d’Amé­lie No­thomb « Hy­giène de l’as­sas­sin ». 6 oc­tobre : Re­nault lance la Twin­go qui se ven­dra à des mil­lions d’exem­plaires. 21 oc­tobre : Sor­tie des « Nuits Fauves » de Cy­ril Col­lard, un des pre­miers films sur le si­da qui fe­ra 2,8 mil­lions d’en­trées et rem­por­te­ra le Cé­sar du meilleur film 3 no­vembre : Bill Clin­ton est élu le 42e pré­sident des États-Unis.

« Le mot Fi­nis­tère a ber­cé mon en­fance. J’ai­mais le mot, sa si­gni­fi­ca­tion, fin de la terre » « Born To Be Alive » de Pa­trick Her­nan­dez

Pa­ris, le 25 mai 2015. (à gauche)

Après une car­rière so­lo, JP Na­taf et Jean-Ch­ris­tophe Ur­bain, les membres his­to­riques es des In­no­cents ont re­for­mé le groupe et sor­ti un nou­vel al­bum l’an­née der­nière.

Les In In­no­cents lors du tour­nage d’ d’un n cli­pli à Pa­ris en 1992 (ci-des­sus). Deux ans plus tard, ils rem­portent le prix du groupe de l’an­née aux Vic­toires de la musique (ci-des­sous).

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