« Il faut es­sayer de ne pas cé­der à la peur »

Fré­dé­ric Le­noir,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par CHARLES DE SAINT SAU­VEUR

LE PHI­LO­SOPHE et es­sayiste, éga­le­ment so­cio­logue des re­li­gions, es­père que l’ap­pel du CFCM se­ra très sui­vi. Après le meurtre du père Ha­mel à Saint-Etien­ne­du-Rou­vray, l’ap­pel du CFCM, qui in­vite les mu­sul­mans à se rendre dans les églises, de­main est-il utile ? FRÉ­DÉ­RIC LE­NOIR. Tout geste de rap­pro­che­ment et qui per­met de faire com­prendre que la grande ma­jo­ri­té des mu­sul­mans fran­çais s’op­pose à la bar­ba­rie de Daech est né­ces­saire. Au-de­là des dé­cla­ra­tions fortes des res­pon­sables re­li­gieux, il faut aus­si des actes. Et ce geste, je le trouve très beau, très concret… mais pas sans risques. Quels risques ? Le pre­mier, c’est que très peu de fi­dèles se dé­placent. Alors on en­ten­dra : « Re­gar­dez, les mu­sul­mans ne se sentent pas concer­nés. » Le deuxième, c’est que l’ac­cueil d’une mi­no­ri­té de ca­tho­liques, de­ve­nus al­ler­giques à l’is­lam, soit froid, voire hos­tile. Je suis ef­fa­ré par les pro­pos vio­lem­ment an­ti­mu­sul­mans et an­ti-arabes que j’en­tends. Dans cer­taines églises, ils ne se­ront pas les bien­ve­nus je le crains. Le troi­sième risque, c’est qu’un fa­na­tique en pro­fite pour com­mettre un nou­vel acte de bar­ba­rie. Mal­gré tout, la beau­té du geste et le sym­bole em­portent tout. Il faut es­sayer de ne pas cé­der à la peur. Le suc­cès de l’ap­pel n’est pas ga­ran­ti mais, le 11 jan­vier 2015, beau­coup ont re­pro­ché aux mu­sul­mans de ne pas s’être as­sez mo­bi­li­sés… Cer­tains le fe­ront dans les ins­tances de dia­logue islamo-chré­tien. Mais c’est for­cé­ment très mi­no­ri­taire, très ins­ti­tu­tion­nel. Pour la masse des fi­dèles, je suis in­ca­pable de dire si l’ap­pel se­ra en­ten­du. Mais je l’es­père vi­ve­ment, car l’as­sas­si­nat du père Ha­mel est au coeur de ce que Daech es­saie de faire : pro­vo­quer un conflit re­li­gieux entre chré­tiens et mu­sul­mans. D’où l’im­por­tance de cet ap­pel à la fra­ter­ni­sa­tion ? Oui, et de mar­te­ler ce mes­sage d’uni­té des Fran­çais. Mal­heu­reu­se­ment, de­puis un an et de­mi, les peurs ré­ci­proques et les idées re­çues re­viennent, des deux cô­tés. D’un cô­té : « Les mu­sul­mans sont tous des fa­na- tiques dan­ge­reux. » De l’autre : « Les chré­tiens sont tous des croi­sés qui veulent do­mi­ner les mu­sul­mans. » Au-de­là de cet ap­pel, com­ment oeu­vrer ef­fi­ca­ce­ment à ce rap­pro­che­ment ? Le tra­vail dans les écoles, me­né par les en­sei­gnants, est fon­da­men­tal. Tout comme les ini­tia­tives in­di­vi­duelles et as­so­cia­tives. Mais je crois sur­tout aux pe­tits gestes du quo­ti­dien : sou­rire à ce­lui qui n’est pas de sa re­li­gion, af­fi­cher sa bien­veillance, son res­pect. Dans cette épreuve, l’état d’es­prit des Fran­çais évo­lue-t-il ? Après « Char­lie Heb­do », j’ai res­sen­ti un dé­sir de fra­ter­ni­té chez les Fran­çais. Ces drames ont ré­ac­ti­vé nos va­leurs com­munes : la li­ber­té de pa­role, les droits de l’homme, la to­lé­rance… On avait peut-être ou­blié qu’on les par­ta­geait. Vivre une guerre, c’est atroce, mais ça peut res­sou­der les liens entre les in­di­vi­dus. le­pa­ri­sien.fr Chré­tiens et mu­sul­mans se re­cueillent en­semble à Saint-Etienne-du-Rou­vray

Saint-Etienne-du-Rou­vray (Seine-Ma­ri­time), hier. Fré­dé­ric Le­noir in­siste sur la né­ces­si­té de mar­te­ler le mes­sage d’uni­té des Fran­çais. Au­guste Moan­da, le cu­ré de SaintE­tienne, mi­cro en main, a te­nu ce dis­cours lors de la prière du ven­dre­di à la mos­quée.

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