Ter­ro­risme : Jup­pé entre deux eaux

PRI­MAIRES. Le maire de Bor­deaux a van­té hier son « sang-froid », pour mar­quer sa dif­fé­rence avec un Ni­co­las Sar­ko­zy, om­ni­pré­sent.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - Une ha­bi­tuée de son QG CHARLES SA­PIN

L’AVION à peine po­sé sur le tar­mac, Alain Jup­pé se presse à son QG de cam­pagne, où une confé­rence de presse, or­ga­ni­sée la veille, l’at­tend. Son ob­jet n’a rien à voir avec le voyage du can­di­dat dans les îles fran­çaises du Pa­ci­fique. C’est de ter­ro­risme qu’il veut par­ler, quitte à don­ner l’im­pres­sion de vou­loir rac­cro­cher les wa­gons, après le nou­veau drame qui a frap­pé la France.

Peu après les at­ten­tats de Nice, l’an­cien Pre­mier mi­nistre avait fi­na­le­ment re­fu­sé d’an­nu­ler son dé­pla­ce­ment de neuf jours en Océa­nie. Ce n’est qu’une fois à 20 000 km du drame de Saint-Etienne-du-Rou­vray que l’équipe du can­di­dat a com­pris son er­reur. « Nous avons dé­ci­dé de par­tir mal­gré ce contexte d’in­sé­cu­ri­té. L’ave­nir di­ra si nous avons eu rai­son », lâche, dé­pi­té, Be­noist Ap­pa­ru, dé­pu­té et proche d’Alain Jup­pé. Le maire de Bor­deaux a ob­ser­vé à dis­tance son prin­ci­pal ad­ver­saire oc­cu­per le ter­rain po­li­tique. Entre dia­tribe contre « l’ac­tion in­com­plète » de l’exé­cu­tif et ap­pel à dépasser les « ar­gu­ties ju­ri­diques » qui em­pê­che­raient d’adap­ter la Consti­tu­tion, Ni­co­las Sar­ko­zy a pris la tête de l’op­po- si­tion au gou­ver­ne­ment et mar­qué des points.

Jup­pé peut se pré­va­loir d’avoir dé­jà eu af­faire au ter­ro­risme, quand il était Pre­mier mi­nistre en 1995. Reste qu’il est loin d’être sa « ma­tière » pré­fé­rée. Re­ven­di­quant hier son « in­tran­si­geance et [son] sang-froid » en guise de ligne de conduite, le maire de Bor­deaux peine à trou­ver sa par­ti­tion. Entre l'« in­tran­si­geance » sé­cu­ri­taire d’un Ni­co­las Sar­ko­zy et le « sang-froid » dont il ai­me­rait im­pré­gner sa cam­pagne mais qui lais­se­rait trop de champ aux autres, son coeur ba­lance.

Symp­to­ma­tique de ce di­lemme, la dif­fé­rence de ton em­ployé par Alain Jup­pé après l’at­ten­tat de Nice et de Saint-Etienne-du-Rou­vray. Ar­guant que « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’au­rait pas eu lieu », l’an­cien Pre­mier mi­nistre avait sur­pris, le 15 juillet, en poin­tant quelques heures seule­ment après le drame la res­pon­sa­bi­li­té du gou­ver­ne­ment. « Nous avons très vite échan- gé le soir des at­ten­tats de Nice. Ce que j’ai res­sen­ti, c’est qu’il y avait une in­di­gna­tion chez lui », jus­ti­fie Ar­naud Dan­jean, dé­pu­té eu­ro­péen spé­cia­liste des ques­tions de sé­cu­ri­té au­près du can­di­dat. Après l’at­ten­tat de Saint-Etienne-du-Rou­vray, c’est cette fois en des termes bien plus re­te­nus, exempts de toute at­taque contre l’exé­cu­tif, que Jup­pé a pré­fé­ré ré­agir en ap­pe­lant les Fran­çais à « faire bloc contre ces bar­bares. » Si dans son équipe on ex­plique ce chan­ge­ment de pied en in­vo­quant le dé­ca­lage ho­raire et les mil­liers de ki­lo­mètres, une ha­bi­tuée du QG lâche : « C’est un com­mu­ni­qué en forme de mea culpa. Ce­la montre qu’il hé­site en­core sur la stra­té­gie à adop­ter. » La confé­rence de presse, qui était cen­sée cla­ri­fier sa po­si­tion, ali­mente fi­na­le­ment le flou : ni « an­gé­lisme », ni « sur­en­chère », tout en ap­pe­lant à chan­ger de bra­quet.

« Ce­la montre qu’il hé­site en­core sur la stra­té­gie à adop­ter »

@csa­pin

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.