Scan­dale Volks­wa­gen : d’autres

DIE­SEL. La com­mis­sion mise en place par Sé­go­lène Royal, mi­nistre de l’Eco­lo­gie, sur les émis­sions pol­luantes a ren­du hier un rap­port très sé­vère à l’en­contre des construc­teurs au­to­mo­biles.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON ET MAT­THIEU PELLOLI

QUELQUES PRÉ­CAU­TIONS de lan­gage, mais une cer­ti­tude qui semble éta­blie. La com­mis­sion tech­nique mise en place par Sé­go­lène Royal après l’af­faire Volks­wa­gen a ren­du, hier, son rap­port fi­nal sur la réa­li­té des émis­sions pol­luantes des vé­hi­cules die­sel en France. Ver­dict ? La com­mis­sion ne peut pas ex­clure que d’autres construc­teurs de voi­tures die­sel aient re­cours, eux aus­si, à des lo­gi­ciels « tri­cheurs ». En clair : le scan­dale Volks­wa­gen — le 1er construc­teur mon­dial avait ins­tal­lé un lo­gi­ciel des­ti­né à trom­per les tests d’ho­mo­lo­ga­tion — n’est sans doute pas un cas iso­lé.

Des dé­pas­se­ments très éle­vés...

Sur les 86 vé­hi­cules tes­tés, les ré­sul­tats font ap­pa­raître de « nom­breux dé­pas­se­ments » des seuils re­te­nus.

... même en condi­tions d’ho­mo­lo­ga­tion !

Les tests sont tous ef­fec­tués en « la­bo­ra­toire » — c’est-à-dire dans des condi­tions très dif­fé­rentes de la conduite sur route —, plaident sou­vent les construc­teurs pour ex­pli­quer les va­ria­tions de ré­sul­tats. Oui mais... pour cer­tains vé­hi­cules, la com­mis­sion re­lève « des écarts as­sez im­por­tants », même en condi­tions d’ho­mo­lo­ga­tions qui ont été re­pro­duites. Bref, il y a un loup.

D’autres lo­gi­ciels tru­queurs ?

Le rap­port de la com­mis­sion ne l’ex­clut pas. Mais cette ques­tion est ex­trê­me­ment com­plexe... D’abord, tous les autres construc­teurs ont ju­ré la main sur le mo­teur qu’ils n’avaient pas re­cours à ce dis­po­si­tif. En­suite, « pour pas­ser les tests d’ho­mo­lo­ga­tion, les construc­teurs fa­briquent une au­to­mo­bile par­faite qui n’a rien à voir avec la voi­ture lamb­da sor­tie d’usine ( NDLR : qui est celle tes­tée par la com­mis­sion) » , dé­taille Bru­no Gui­beaud, pré­sident d’Eu­rope Qua­li­té Ex­per­tise (EQE), l’un des plus grands ré­seaux d’ex­perts au­to­mo­biles fran­çais. « Pis­tons, cy­lindres, bielles, tout est ré­glé au mi­cron près. La voi­ture de test est une vraie For­mule 1, c’est ça qui crée un biais... »

Jus­te­ment, en dé­cembre der­nier, Re­nault avait an­non­cé qu’il in­ves­ti­rait 50Md€ pour ré­duire l’écart entre les émis­sions pol­luantes de ses voi­tures en condi­tions d’ho­mo­lo­ga­tion et en si­tua­tion réelle. L’an­nonce n’avait semble-t-il pas suf­fi à convaincre le gou­ver­ne­ment de l’ab­sence de lo­gi­ciel tru­queur. Quelques se­maines plus tard, la DGC­CRF lan­çait des per­qui­si­tions sur plu­sieurs sites du construc­teur.

Pas de triche dans l’Hexa­gone ? Im­pos­sible d’en avoir le coeur net

La com­mis­sion mise en place par Sé­go­lène Royal n’a pas eu ac­cès à l’en­semble des lo­gi­ciels em­bar­qués et au­cune ana­lyse de ceux-ci n’a donc été ef­fec­tuée. « Re­nault et PSA avaient pro­po­sé de four­nir les leurs, mais les membres de la com­mis­sion ont dé­ci­dé de ne pas pour­suivre des in­ves­ti­ga­tions plus longues, ex­plique un membre du ca­bi­net de la mi­nistre de l’En­vi­ron­ne­ment. Ce­la au­rait ra­jou­té six mois d’en­quête sup­plé­men­taires. »

L’ar­gu­ment peut pa­raître étrange. Et de fait, il agace les as­so­cia­tions ! « On peut se de­man­der pour­quoi cette com­mis­sion n’est pas al­lée plus loin et pour­quoi cette en­quête s’ar­rête aus­si tôt, s’étonne Ar­naud Gos­se­ment, avo­cat spé­cia­liste du droit de l’en­vi­ron­ne­ment. On ne peut s’em­pê­cher de pen­ser que c’est pour évi­ter de dé­sta­bi­li­ser l’in­dus­trie au­to­mo­bile fran­çaise. »

Re­pas­ser tous les pots d’échap­pe­ment au peigne fin

Tru­cage ou pas, « main­te­nir un tel taux de pol­lu­tion est in­ac­cep­table, tonne Lo­re­lei Li­mou­sin, du Ré­seau ac­tion cli­mat France. Les au­to­ri­tés doivent se mon­trer in­tran­si­geantes. » Hier, la com­mis­sion Royal ap­pe­lait à de nou­veaux tests, « afin d’éva­luer si les construc­teurs) ne (de­vaient) pas faire l’ob­jet d’un re­trait de leur ho­mo­lo­ga­tion ». «J’irai jus­qu’au bout de l’ap­pli­ca­tion du rap­port, as­su­rait la mi­nistre. C’est une ques­tion de confiance et les construc­teurs se­ront mis de­vant leur res­pon­sa­bi­li­té car la pol­lu­tion de l’air est un grave pro­blème. On ne peut plus ter­gi­ver­ser ni plai­san­ter à ce su­jet.»

La com­mis­sion Royal a re­le­vé des taux d’émis­sions de par­ti­cules fines par­ti­cu­liè­re­ment éle­vés sur la plu­part des 86 vé­hi­cules qu’elle a tes­tés.

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