Des ef­fets sur le foe­tus… pour deux gé­né­ra­tions

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - CH­RIS­TINE MATEUS

LES EF­FETS NÉ­FASTES du die­sel en hé­ri­tage. C’est la conclu­sion qui ap­pa­raît à la lec­ture des ré­sul­tats d’un pro­jet de re­cherche co­or­don­né par l’In­ra (Ins­ti­tut na­tio­nal de re­cherche agro­no­mique). Ce der­nier s’est pen­ché sur les consé­quences de la pol­lu­tion aux gaz d’échap­pe­ment des mo­teurs die­sels et ré­vèle que, lors de pics de par­ti­cules fines, l’ex­po­si­tion des femmes en­ceintes en­traîne des ef­fets dé­lé­tères sur la crois­sance et le mé­ta­bo­lisme du foe­tus… sur deux gé­né­ra­tions. Soit, en­fants et pe­tit­sen­fants.

Les scien­ti­fiques éta­blissent pour la pre­mière fois que des na­no­par­ti­cules de die­sel in­ha­lées sont ca­pables de tra­ver­ser la bar­rière pla­cen­taire et d’at­teindre le sang foe­tal. « Nous ne vou­lons pas af­fo­ler les femmes en­ceintes, elles n’ont pas be­soin de ça, s’em­presse de pré­ci­ser Pas­cale Cha­vatte-Pal­mer, co­or­di­na­trice du pro­jet à l’In­ra. Le mes­sage que nous sou­hai­tons faire pas­ser est que, lorsque le seuil d’alerte aux par­ti­cules fines dans l’air est dé­pas­sé, les per­sonnes les plus sen­sibles ou vul­né­rables ne sont pas seule­ment les per­sonnes âgées, les en­fants ou les asth­ma­tiques. Les femmes en­ceintes en font par­tie et doivent aus­si être des­ti­na­taires des mes­sages sa­ni­taires. » Par­mi eux : li­mi­tez les ac­ti­vi­tés phy­siques, en plein air et à l’in­té­rieur, les dé­pla­ce­ments sur les grands axes rou­tiers et leurs abords, aux pé­riodes de pointe.

La me­nace qui plane n’est autre que le risque d’avoir un bé­bé en re­tard de crois­sance, c’est-à-dire de taille in­fé­rieure à la nor­male. « On sait que les en­fants de pe­tits poids ont en gé­né­ral plus de risques de dé­ve­lop­per des ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires à l’âge adulte et les don­nées scien­ti­fiques in­diquent que des ef­fets sur la deuxième gé­né­ra­tion (pe­tit­sen­fants) se­raient pos­sibles », ajoute l’In­ra. « Les ga­mètes (NDLR : sper­ma­to­zoïdes ou ovules) se forment in ute­ro. Si ce dé­ve­lop­pe­ment est per­tur­bé par une mo­di­fi­ca­tion de l’en­vi­ron­ne­ment maternel, les ano­ma­lies vont se trans­mettre », ex­plique Pas­cale Cha­vatte-Pal­mer.

Pour ar­ri­ver à cette dé­mons­tra­tion, l es cher­cheurs ont sui­vi des la­pines ges­tantes ayant in­ha­lé des gaz d’échap­pe­ment de mo­teur die­sel mu­ni de filtre à par­ti­cules (comme pour les voi­tures ven­dues en Eu­rope) à des ni­veaux proches d’un pic de pol­lu­tion dans les grandes villes. A la moi­tié de la ges­ta­tion, des signes de re­tard de crois­sance foe­tal ont été ob­ser­vés. A terme, la lon­gueur de la tête était di­mi­nuée, as­so­ciée à une ré­duc­tion du tour de taille. Les écho­gra­phies mon­traient aus­si une di­mi­nu­tion de l’ap­port san­guin au pla­cen­ta, ré­dui­sant les nu­tri­ments es­sen­tiels au bon dé­ve­lop­pe­ment du foe­tus.

Le risque d’avoir un bé­bé en re­tard de crois­sance

En cas de pic de pol­lu­tion, les femmes en­ceintes font par­tie des per­sonnes à risques, car les par­ti­cules fines peuvent at­teindre le foe­tus.

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