« Tout le monde triche, d’une ma­nière ou d’une autre »

Di­dier Laurent,

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Pro­pos re­cueillis par F.M.

DI­REC­TEUR de l’Au­to Press Club et ex­pert de l’in­dus­trie au­to­mo­bile, Di­dier Laurent es­time que les règles d’ho­mo­lo­ga­tion d’émis­sions pol­luantes des vé­hi­cules sont « to­ta­le­ment dé­pas­sées ». La com­mis­sion mise en place par Sé­go­lène Royal n’ex­clut pas que d’autres construc­teurs re­courent à des lo­gi­ciels « tri­cheurs ». Est-ce pos­sible ? DI­DIER LAURENT. J’ai l’in­time convic­tion que d’autres construc­teurs ont pu ins­tal­ler des lo­gi­ciels tru­queurs et que Volks­wa­gen n’est pas le seul à avoir fau­té. Mais en­core faut-il le prou­ver. Les in­ves­ti­ga­tions me­nées par les ex­perts de la com­mis­sion Royal n’ont pas été suf­fi­sam­ment ap­pro­fon­dies pour per­mettre de le dé­ter­mi­ner. Une chose est sûre, les ni­veaux d’émis­sions pol­luantes et de consom­ma­tion de car­bu­rant of­fi­ciel­le­ment dé­cla­rés par les fa­bri­cants au­to­mo­biles sont une vaste su­per­che­rie. En outre, tout le monde triche, d’une ma­nière ou d’une autre, au ni­veau des tests d’ho­mo­lo­ga­tion pour rendre ses mo­dèles plus ver­tueux. Même le gou­ver­ne­ment est com­plice car les règles d ’ h o mo­log a t i o n sont fi­gées de­puis des an­nées. Qu’est-ce que ce­la im­plique ? Que les voi­tures, en condi­tions réelles, consomment et pol­luent da­van­tage que ce qui est af­fi­ché par le construc­teur. Quel que soit le mo­dèle, vous pou­vez ajou­ter entre 1 et 2 litres à la consom­ma­tion réelle de votre voi­ture par rap­port à la fiche tech­nique que l’on vous pré­sente. D’une part, parce que les tech­no­lo­gies d’au­jourd’hui sont di­verses (hy­bride ou 100 % ther­mique) et ne ré­pondent pas à la même lo­gique de consom­ma­tion. D’autre part, parce que le rè­gle­ment est to­ta­le­ment ob­so­lète. En outre, les voi­tures pré­sen­tées par les construc­teurs aux tests en la­bo­ra­toire sont spé­cia­le­ment pré­pa­rées pour con­som­mer et pol­luer le moins pos­sible. Entre les bat­te­ries char­gées à bloc et le choix de pneus à ul­tra-basse ré­sist ance au r ou­le­ment, que l’au­to­mo­bi­liste n’au­ra pas for­cé­ment sur sa voi­ture, on peut ga­gner 4 ou 5 g de CO2 par ki­lo­mètre à l’ho­mo­lo­ga­tion. Faut-il, comme le sug­gère la com­mis­sion, re­ti­rer leur ho­mo­lo­ga­tion aux vé­hi­cules qui consomment plus que ce qu’an­nonce le construc­teur ? Non, ce­la ne ser­vi­rait pas à grand­chose. Ce que les consom­ma­teurs at­tendent sur­tout, c’est da­van­tage de trans­pa­rence et que les construc­teurs in­ves­tissent mas­si­ve­ment dans de vraies tech­no­lo­gies propres. Là, ce se­rait ef­fi­cace pour nos pou­mons et pour la pla­nète. Com­ment re­nouer la confiance entre consom­ma­teurs et construc­teurs ? Le sys­tème d’ho­mo­lo­ga­tion des vé­hi­cules est à re­voir in­té­gra­le­ment. Il faut édic­ter des règles justes. Il est pré­vu en 2017 de ré­vi­ser les pro­to­coles de tests à l’échelle eu­ro­péenne pour être plus proches des consom­ma­tions réelles de conduite. On va alors voir grim­per les consom­ma­tions ho­mo­lo­guées de tous les vé­hi­cules de 10 à 15 % à motorisation égale. Com­ment al­ler plus loin ? Il faut ins­tau­rer des cal­culs de consom­ma­tion en dif­fé­ren­ciant les mo­teurs es­sence, die­sel, hy­brides et hy­brides re­char­geables. Quand on nous pré­sente un mo­dèle hy­bride de 400 CV, qui ne consomme of­fi­ciel­le­ment que 2,1 litres/100 km, c’est im­pos­sible. En réa­li­té, cette voi­ture consom­me­ra en moyenne trois à quatre fois plus sur un long tra­jet. Il faut le dire.

« Le sys­tème d’ho­mo­lo­ga­tion des vé­hi­cules est à re­voir in­té­gra­le­ment »

Di­dier Laurent.

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