La Reine des neiges vit dans le Mé­doc

Aujourd'hui en France - - VOTRE SOIRÉE TÉLÉVISION - Cou­quèques (Gi­ronde) De nos en­voyés spé­ciaux TEXTES : ÉRIC BU­REAU ERIC_BUREAU PHO­TOS ET VI­DÉO : FRED DU­GIT

ON NE PASSE PAS à Cou­quèques, 266 ha­bi­tants, par ha­sard. On vient dans ce vil­lage du Mé­doc pour un de ses ex­cel­lents vins et/ou une soi­rée au Saint-Sa­bas­tien. « Le ca­ba­ret le plus cou­ru des champs », pro­mettent les af­fiches. « Le seul spec­tacle trans­for­miste d’Aqui­taine », as­surent ses pa­trons. Fa­brice et Sté­phane sont aus­si sur­pris de voir dé­bou­ler notre cam­ping-car sur leur par­king que nous de les ren­con­trer à la porte de leur ca­ba­ret, tous deux ma­quillés et im­menses, Fa­brice en bor­sa­li­no et cos­tume en la­mé mauve, aux cou­leurs du lieu, Sté­phane en robe à fleurs, per­ché sur des ta­lons blancs.

Nous sommes jeu­di, et c’est re­vue au Saint-Sa­bas­tien. Pen­dant l’été, il or­ga­nise une fois par se­maine une soi­rée sans re­pas pour les tou­ristes et les Gi­ron­dins cu­rieux. Deux heures pour 19 €, qui dit mieux ? Les 140 sièges sont presque tous oc­cu­pés, l’am- biance fes­tive et dé­con­trac­tée, le spec­tacle chic et in­ven­tif avec ses dé­tour­ne­ments d’ar­tistes cé­lèbres. La fausse My­lène Far­mer pro­voque des « whaou ! » dans les rangs, la si­mi­li Da­li­da et son boa des « c’est su­per », Ch­ris­tine and The Queens est éton­nante, la Reine des neiges et ses jets de neige de bouts de fi­celle, tout comme le sketch co­quin de Ge­ne­viève de Fon­te­nay font hur­ler de rire notre voi­sine en car­ré Her­mès.

De­ve­nu une ins­ti­tu­tion

Pen­dant l’en­tracte, on grimpe à l’étage as­sis­ter au ma­quillage des cinq ar­tistes. On ren­contre Alexandra. On com­prend vite pour­quoi elle est si juste en Ch­ris­tine and The Queens. La seule fille de la troupe — sur scène, ils disent « la seule opé­rée » —, est une an­cienne dan­seuse des Opé­ras de Pa­ris et Bor­deaux. « C’est im­pro­bable, comme his­toire, sou­rit cette jeune ma­man de deux en­fants. Moi-même, j’ai cru que c’était une blague quand ils m’ont ap­pe­lée. Quand j’ai vu le pan­neau de Cou­quèques cri­blé des plombs des chas­seurs, c’était en­core plus dif­fi­cile à croire. Et je suis là de­puis sept ans. Ils me laissent libre de créer, et c’est bien mieux que d’être le 28e cygne de son troi­sième Lac, même à l’Opé­ra Gar­nier. »

Pen­dant qu’il se trans­forme en Fan­tôme de l’Opé­ra, Fa­brice, 46 ans, nous ra­conte com­ment est né son ca­ba­ret. « Saint-Sa­bas­tien, c’est le nom de fa­mille de mon gran­doncle et de ma grand-tante, qui ont te­nu dans cette mai­son un res­tau­rant très ré­pu­té. Mon père était ma­çon, je suis ma­çon, et nous l’avons res­tau­ré en­semble pour en faire un bar, que j’ai te­nu avec ma mère. Et puis un jour, je suis al­lé avec des co­pains à Pa­ris dans un ca­ba­ret de trans­for­mistes où l’on s’est bien mar­rés. Au re­tour, on a com­men­cé à se dé­gui­ser, à se ma­quiller. On a fait une scène, un spec­tacle… Et voi­là, on est les pre­miers éton­nés de fê­ter nos 20 ans. »

« Au dé­but, ce­la n’a pas été fa­cile, re­con­naît le maire de Cou­quèques, Thier­ry Fau­ge­rolle, vi­ti­cul­teur. Mais c’est ren­tré dans les moeurs. Tout le monde y va. » Le maire était évi­dem­ment du 20 an­ni­ver­saire, fê­té en mai der­nier avec la lé­gende du ca­ba­ret trans­for­miste, Mi­chou. « C’est notre ma­man, sou­rit Sté­phane, com­pa­gnon de Fa­brice et an­cien cher­cheur en sciences. C’est une fier­té, de l’avoir comme ami. » « Leur ca­ba­ret est de­ve­nu une ins­ti­tu­tion, ré­sume Fa­brice, di­rec­teur de la mai­son du tou­risme et du vin de Pauillac. On y croise tous les âges, les mé­tiers, toutes les strates de la so­cié­té. Les gar­çons aiment les gens, et les gens le leur rendent bien. » Der­rière le comp­toir, la ser­veuse a 72 ans. « Ce­la fait dix-huit ans que je suis ici, sou­rit Eve­lyne. Je m’y sens bien. C’est un lieu de fête, de vie et de ren­contres. Pour beau­coup, dont moi, c’est de­ve­nu une fa­mille. » « Le ka­rao­ké du ven­dre­di, c’est notre drogue, confirment trois co­pines du cru. On s’éclate ! Notre par­ti, c’est chasse, vin et paillettes ! » le­pa­ri­sien.fr

Cou­quèques (Gi­ronde).

Le ca­ba­ret Saint-Sa­bas­tien offre le « seul spec­tacle trans­for­miste d’Aqui­taine ». Fa­brice et Sté­phane (en haut à droite) ont ou­vert l’éta­blis­se­ment il y a vingt ans. Au­jourd’hui le Saint-Sa­bas­tien est de­ve­nu une ins­ti­tu­tion dans la ré­gion.

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