Le di­lemme de Ma­cron

MAJORITÉ. Dans une vi­déo, le mi­nistre de l’Eco­no­mie pro­met de « ve­nir » voir les Fran­çais à la ren­trée. Une nou­velle pro­vo­ca­tion qui en­tre­tient les doutes sur son ave­nir : res­ter au gou­ver­ne­ment ou jouer sa carte pour 2017.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - PHILIPPE MARTINAT

Pa­ris (Ve), le 12 juillet. ment. « Nous avons ga­gné le droit d’être en­ten­dus », as­sure-t-il dans son mes­sage.

« Res­ter au gou­ver­ne­ment en­trave sa li­ber­té »

Sourd aux de­mandes ré­ité­rées et pres­santes de Ma­nuel Valls de se consa­crer qua­si ex­clu­si­ve­ment à sa charge mi­nis­té­rielle, le tru­blion du gou­ver­ne­ment se livre à une nou­velle pro­vo­ca­tion en an­non­çant qu’il compte bien, à la ren­trée, se « dé­pla­cer lon­gue­ment dans le ter­ri­toire » et se « re­plon­ger dans le pays pour échan­ger ». Dans son en­tou­rage, on le presse à nou­veau de rendre son ta­blier de mi­nistre. « Les gens lui font cré­dit de sa sin­cé­ri­té et de sa clar­té mais il est évident que res­ter au gou­ver­ne­ment en­trave sa li­ber­té », plaide un de ses lieu­te­nants.

« Comme Em­ma­nuel n’aime pas faire les choses à moi­tié, j’ai le sen­ti­ment qu’il a en­vie de se consa­crer plei­ne­ment à son mou­ve­ment », as- sure un autre ma­cro­nien, tout en re­con­nais­sant que le « contexte » ne se prête guère à une éva­sion de Ber­cy.

Le re­tour de ce que beau­coup consi­dèrent comme une ren­gaine — sor­tir ou pas du gou­ver­ne­ment — agace sé­rieu­se­ment dans le camp so­cia­liste. « Ce­la fait très long­temps qu’il dit : Re­te­nez-moi ou je fais un mal­heur, sou­pire Fran­çois Kal­fon, proche de Mon­te­bourg. Et puis la loi Ma­cron-El Khom­ri a été adop­tée, il n’y a donc pas de rup­ture claire dans le do­maine po­li­tique et so­cial, et pas non plus de dis­tinc­tion sur les su­jets ré­ga­liens. Alors quel se­rait le sens d’un dé­part ? » Du cô­té des hol­lan­dais, on ne voit pas non plus très bien où Ma­cron veut en ve­nir. « Si Fran­çois Hol­lande ne se pré­sen­tait pas à la pri­maire, Ma­cron n’a pas in­té­rêt à sor­tir et nous, on n’a pas in­té­rêt à ce qu’il sorte », es­time la sé­na­trice Fré­dé­rique Es­pa­gnac. « Les condi­tions ne se­ront ja­mais réunies, pour­suit Bru­no Le Roux, pa­tron des dé­pu­tés PS. S’il a en­vie d’être un jour LE can­di­dat de la gauche à la pré­si­den­tielle, il n’a pas d’autre so­lu­tion que de sou­te­nir le pré­sident pour 2017. » Un proche de Hol­lande est en­core plus di­rect : « Je pense que, s’il sort, il est mort. »

« S’il sort, il est mort» « Valls s’ap­prê­tait à de­man­der sa tête »

Lors de son mee­ting le 12 juillet à la Mu­tua­li­té, deux jours avant la tra­di­tion­nelle al­lo­cu­tion du pré­sident pour la Fête na­tio­nale, Em­ma­nuel Ma­cron était al­lé très loin dans sa ma­nière de s’af­fran­chir de l’exé­cu­tif, lan­çant au su­jet de sa grande consul­ta­tion des Fran­çais : « Cette his­toire, elle dé­range. »

Le chef de l’Etat avait choi­si la mo­dé­ra­tion, tout en rap­pe­lant à son mi­nistre qu’il y avait des « règles à res­pec­ter », no­tam­ment de « so­li­da­ri­té », et de « ser­vir ». Mais l’in­ci­dent au­rait pu ne pas en res­ter là. « Ma­cron a eu de la chance que l’at­ten­tat de Nice bous­cule toute l’ac- tua­li­té, car Valls s’ap­prê­tait à en­trer dans le bu­reau du pré­sident pour de­man­der sa tête », confie un fa­mi­lier de l’Ely­sée.

Chez les vall­sistes, en tout cas, on ne dé­co­lère pas. « Je ne me suis pas en­ga­gé en po­li­tique voi­là plus de vingt ans pour m’ex­ta­sier de­vant un rond-de-cuir de­ve­nu Bru­tus, lâche le sé­na­teur Luc Car­vou­nas. C’est au pré­sident d’ap­pli­quer la règle qu’il a énon­cée le 14 juillet, alors que Ma­cron pro­met une tour­née en pro­vince. S’il ne le fait pas, ce se­ra à mes yeux une marque soit de fai­blesse soit de com­pli­ci­té. »

Em­ma­nuel Ma­cron re­non­ce­ra-t-il à ses pro­jets ? Peut-il en­core quit­ter le na­vire sans don­ner le sen­ti­ment d’une dé­ser­tion ? « A ce stade, la dis­cus­sion sur sa sor­tie du gou­ver­ne­ment n’est pas tran­chée », re­con­naît pru­dem­ment un de ses proches. La ren­trée s’an­nonce en tout cas aus­si chaude que com­pli­quée pour le mi­nistre de l’Eco­no­mie.

« Nous avons ga­gnéé le droit d’être en­ten­dus » : sous ce titre, Em­ma­nuel Ma­cron a pos­té té hier sur le compte Twit­ter de son mou­ve­ment une vi­déo dans la­quelle il an­nonce pour au­jourd’hui la fin de l’opé­ra­tion Grande Marche après « 100 000 conver­sa­tions ».

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