Pas de marche à la mé­moire d’Ada­ma Trao­ré

VIOLENCES. Blo­quée par les au­to­ri­tés, la marche pré­vue hier à Pa­ris à la mé­moire du jeune homme mort lors de son in­ter­pel­la­tion dans le Val-d’Oise n’a pas eu lieu.

Aujourd'hui en France - - ACTUALITÉ - As­sa Trao­ré, soeur d’Ada­ma trao­ré ÉDITH LASRY-SEGURA

« IL Y A DEUX CLANS ici, la po­lice, qui a tué mon frère, et nous. » La fa­mille d’Ada­ma Trao­ré est en co­lère. Hier après-mi­di, sur le par­vis de la gare du Nord, à Pa­ris, plus de 600 per­sonnes (se­lon la po­lice, 1 000 s el on l es or­ga­ni­sa­teurs) s’étaient ras­sem­blées pour rendre hom­mage à ce jeune homme de 24 ans, dé­cé­dé le 19 juillet à Beau­mont-sur-Oise (Val-d’Oise), lors de son in­ter­pel­la­tion par les gen­darmes. Mais il n’a suf­fi que de quelques mètres à peine pour que les CRS bloquent le pas­sage aux ma­ni­fes­tants.

« Nous avons dé­po­sé une de­mande en pré­fec­ture pour­tant », ex­plique Ch­ris­tian Tid­j­na­ni, l’un des res­pon­sables de l’or­ga­ni­sa­tion. En réa­li­té, le dé­pôt de ma­ni­fes­ta­tion au­rait été ef­fec­tué tar­di­ve­ment. « Nous ne cé­de­rons pas à la pro­vo­ca­tion des po­li­ciers, clame As­sa Trao­ré. Ils ont tout fait pour ca­cher leur ba­vure. On est per­sua­dés que les gen­darmes ont été vio­lents. Il faut sim­ple­ment qu’ils payent leur er­reur. »

« Nous n’avons pas fi­ni de lui rendre hom­mage »

Deux au­top­sies ont été réa­li­sées sur la dé­pouille d’Ada­ma, et les deux ré­sul­tats s’ac­cordent sur un point : le pre­mier lé­giste de l’ins­ti­tut mé­di­co-lé­gal (IML) de Garches (Hauts-de-Seine) comme le col­lège de deux ex­perts de l’IML de Pa­ris écartent les violences ayant en­traî­né la mort. Mais une nou­velle in­for­ma­tion pour­rait re­mettre en cause les ré­sul­tats. Se­lon « l’Obs », les gen­darmes qui ont ar­rê­té Ada­ma se sont ex­pli­qués de­vant les en­quê­teurs. « Nous avons em­ployé la force stric­te­ment né­ces­saire pour le maî­tri­ser. » Mais ils ajoutent éga­le­ment : « Il a pris le poids de nos corps à tous les trois au moment de son in­ter­pel­la­tion. » Une pré­ci­sion es­sen­tielle lorsque les deux ex­per­tises re­lèvent « un syn­drome as­phyxique ». La pre­mière éta­blit un lien avec une in­fec­tion pos­sible de plu­sieurs or­ganes. La se­conde ne donne pas d’ex­pli­ca­tion. Si une troi­sième au­top­sie a été re­fu­sée par la juge d’ins­truc­tion, l’avo­cat de la fa­mille a donc de­man­dé un com­plé­ment d’exa­mens dans le cadre de la se­conde au­top­sie. « Je de­mande aux ex­perts de se pro­non­cer sur l’as­phyxie po­si­tion­nelle, liée à la po­si­tion du corps (NDLR : lors de l’ar­res­ta­tion). C’est un cas qui est pris en compte par la mé­de­cine. Ada­ma est mort d’as­phyxie. Même s’il a un pro­blème car­diaque, le fait qu’il se soit trou­vé peut-être en­tra­vé, ou s’il a été me­not­té, peut ag­gra­ver la si­tua­tion », pré­cise Me Za­jac.

A 18 heures, la foule de ma­ni­fes­tants était en­core sur place, près de la gare du Nord. Tous vê­tus de tee­shirts noirs sur les­quels on pou­vait lire : « Jus­tice pour Ada­ma, sans jus­tice vous n’au­rez ja­mais la paix. » « C’est une vic­toire pour nous, se fé­li­cite As­sa Trao­ré. Tout ce monde, ici, pour mon frère. Il est dans notre coeur. Et nous n’avons pas fi­ni de lui rendre hom­mage. » Une nou­velle ma­ni­fes­ta­tion se­ra an­non­cée dans les jours qui viennent.

Gare du Nord (Pa­ris Xe), hier. 600 per­sonnes se­lon la po­lice (1 000 se­lon les or­ga­ni­sa­teurs) s’étaient ras­sem­blées pour par­ti­ci­per à une marche en hom­mage à Ada­ma Trao­ré, avant que les CRS ne bloquent le cor­tège quelques mètres plus loin.

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