Main basse sur les se­crets de Daech

SY­RIE. Grâce à la re­prise par­tielle de Man­bidj, les Amé­ri­cains ont mis la main sur 10 000 do­cu­ments ap­par­te­nant à l’EI.

Aujourd'hui en France - - TERRORISME - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

C’EST PEUT-ÊTRE une des plus im­por­tantes dé­cou­vertes de la coa­li­tion an­ti-Daech de­puis l’été 2014, date de l’apo­gée du « ca­li­fat » ter­ro­riste en Sy­rie et en Irak. Alors que le groupe dji­ha­diste ne cesse de perdre du ter­rain de­puis quelques mois, re­grou­pant ses forces au­tour de ses fiefs de Ra­q­qa et de Mos­soul, les ser­vices de ren­sei­gne­ment oc­ci­den­taux ré­cu­pèrent au fur et à me­sure des pré­cieuses in­di­ca­tions sur ses mé­thodes, ses ré­seaux, ses sources de fi­nan­ce­ment dans les ter­ri­toires re­con­quis. Mais c’est sur une vé­ri­table mine d’or qu’ils sont tom­bés tout ré­cem­ment, dans le nord de la Sy­rie, à Man­bidj, alors que les forces kurdes (al­liées des Amé­ri­cains) sont en train de prendre le contrôle, quar­tier par quar­tier, de cette ville d’en­vi­ron 150 000 ha­bi­tants si­tuée non loin de la fron­tière turque.

Gare de triage pour les com­bat­tants étran­gers

Or­di­na­teurs, té­lé­phones por­tables, clés USB, cartes dé­taillées, car­nets de notes ré­di­gés en arabe sur la vie dans le ca­li­fat, ma­nuels di­vers et va­riés : en tout plus de 10 000 ob­jets dif­fé­rents et 4,5 té­ra­oc­tets de don­nées (soit plu­sieurs mil­lions de pages) vont at­ter­rir entre les mains ex­pertes des spé­cia­listes de la CIA et du Pen­ta­gone. Le tra­vail d’ana­lyse com­men­ce­ra bien­tôt, et du­re­ra sans doute long­temps, compte te­nu du nombre de fi­chiers à dé­cryp­ter.

Les res­pon­sables amé­ri­cains ont d’ailleurs pro­mis de com­mu­ni­quer des élé­ments à leurs al­liés quand ce­la les concer­ne­rait di­rec­te­ment. Une fa­çon aus­si de com­plé­ter les en­quêtes en cours me­nées un peu par­tout dans le monde sur les ré­seaux ter­ro­ristes, que ce soit en Afrique, dans le SudEst asia­tique ou même en Eu­rope. On sait dé­jà, par exemple, que cer­tains membres du com­man­do du 13 No­vembre avaient tran­si­té par Man­bidj.

En at­ten­dant les pre­miers re­tours des do­cu­ments ana­ly­sés, les mi­li­taires amé­ri­cains ont eu la confir­ma­tion que Man­bidj était bien un « hub » ter­ro­riste de pre­mier plan, une sorte de gare de triage pour les mil­liers de com­bat­tants étran­gers qui ar­ri­vaient de Tur­quie. Ces can­di­dats au dji­had étaient en­suite ré­per­to­riés dans un des centres d’en­re­gis­tre­ment que comp­tait cette lo­ca­li­té. Cer­tains re­ce­vaient une for­ma­tion théo­rique et mi­li­taire de base avant d’être orien­té, en Irak ou en Sy­rie, en fonc­tion des be­soins. @fger­schel

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