Les der­nières vo­lon­tés du père Ha­mel

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - Le ne­veu de Jacques Ha­mel NI­CO­LAS JAC­QUARD I.G.

ARCHITECTURALEMENT, pour les spé­cia­listes, c’est « la plus hu­maine des ca­thé­drales ». Emo­tion­nel­le­ment, la pri­ma­tiale Notre-Dame de Rouen le se­ra à coup sûr de­main. A 14 heures y se­ront cé­lé­brées les ob­sèques du père Jacques Ha­mel, 86 ans, tom­bé sous la lame d’Adel Ker­miche et Ab­del Ma­lik Pe­tit­jean, il y a une se­maine en son église de Saint-Etienne-du-Rou­vray, à quelques ki­lo­mètres de là.

Au re­gard de l’in­tense vague d’émo­tion sou­le­vée par cet attentat sa­cri­lège, il était clair que seul un édi­fice aus­si im­po­sant que la ca­thé­drale était à même d’ac­cueillir au­tant de fi­dèles, les­quels ren­dront un der­nier hom­mage à cet ab­bé en­cen­sé dans sa pa­roisse. L’église de Saint-Etienne-du-Rou­vray, elle, res­te­ra fer­mée pour plu­sieurs se­maines. « Un rite pé­ni­ten­tiel de ré­pa­ra­tion de­vra être ac­com­pli afin de rendre au culte l’église pro­fa­née », a pré­ve­nu le dio­cèse.

Beau­coup, sur place, au­raient sou­hai­té que l a com­mune ac­cueille la dé­pouille de Jacques Ha­mel. C’est ici qu’il a en ef­fet exer­cé la ma­jeure par­tie de ses plus de cin­quante an­nées de mi­nis­tère. « Jacques Ha­mel était un Sté­pha- nais dans son coeur et dans sa tête, il se­rait juste et lé­gi­time qu’il soit en­ter­ré ici », es­ti­mait ain­si en fin de se­maine le pre­mier ad­joint de la ville, Joa­chim Moyse.

Ce ne se­ra pas le cas. L’ab­bé se­ra ain­si in­hu­mé « dans la plus stricte in­ti­mi­té et en un lieu conforme à son dé­sir », confie son ne­veu. « Nous sommes à la fois dans les pré­pa­ra­tifs de la cé­ré­mo­nie, mais aus­si dans une pé­riode de dé­com­pres­sion », nous ex­pli­quait-il hier, ne sou­hai­tant pas s’ex­pri­mer plus avant, tout en se fé­li­ci­tant de « tout ce qui a pu être dit avec jus­tesse sur [s]on oncle ».

« Il se­ra en­ter­ré dans la plus stricte in­ti­mi­té et en un lieu conforme à son dé­sir »

Jacques Ha­mel au­rait jus­te­ment dû re­joindre hier le do­mi­cile de sa soeur, dans le Nord, d’où il était ori­gi­naire, et qu’il re­ga­gnait au moins une fois par an. « Il re­pré­sen­tait la fra­ter­ni­té », a té­moi­gné une re­li­gieuse qui l’a bien connu. De fait, ces dix-huit der­niers mois, il s’était in­ves­ti en­core un peu plus dans le dia­logue in­ter­re­li­gieux avec les mu­sul­mans. Mo­ham­med Ka­ra­bi­la, pré­sident du con­seil ré­gio­nal du culte mu­sul­man de Haute-Nor­man­die et res­pon­sable de la mos­quée de Saint- Etienne- duRou­vray, voyait en lui un « ami », « quel­qu’un qui a don­né sa vie aux autres ». @ni­co­jac­quard Cer­tains re­pré­sen­tants de la com­mu­nau­té mu­sul­mane de Saint-Etienne-du-Rou­vray (Sei­neMa­ri­time) l’ont an­non­cé dès le len­de­main de l’as­sas­si­nat du père Jacques Ha­mel : hors de ques­tion d’or­ga­ni­ser la cé­ré­mo­nie d’in­hu­ma­tion d’Adel Ker­miche, pour­tant ha­bi­tant la com­mune. « On ne va pas sa­lir l’is­lam avec cette per­sonne », a lan­cé le res­pon­sable de la mos­quée si­tuée sur les hau­teurs de la ville, Mo­ham­med Ka­ra­bi­la. « Nous ne par­ti­ci­pe­rons ni à la toi­lette mor­tuaire, ni à l’in­hu­ma­tion », dans l’hy­po­thèse où celle-ci se­rait ré­cla­mée par la fa­mille, a-t-il pour­sui­vi. Ce se­ra à la mu­ni­ci­pa­li­té de dé­li­vrer l’au­to­ri­sa­tion d’in­hu­mer et, sur­tout, de dé­ci­der du lieu de l’en­ter­re­ment. Beau­coup de mu­sul­mans de SaintE­tienne ver­raient aus­si d’un mau­vais oeil que le ter­ro­riste soit in­hu­mé dans le car­ré mu­sul­man de la ville. De­puis l’af­faire Mo­ha­med Me­rah, les ob­sèques des ter­ro­ristes posent ré­gu­liè­re­ment pro­blème, cer­tains étant ain­si en­ter­rés dans le se­cret pour évi­ter toute pu­bli­ci­té mais aus­si tout « pè­le­ri­nage mal­sain ».

Le père Jacques Ha­mel a exer­cé de nom­breuses an­nées à Saint-Etienne-du-Rou­vray. Beau­coup au­raient donc sou­hai­té qu’il soit en­ter­ré dans la com­mune.

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