Après les Tan­guy, voi­ci

TEN­DANCE. Succès de l’été, le film « Re­tour chez ma mère » met en re­lief le phé­no­mène de ces qua­dra­gé­naires for­cés de re­tour­ner vivre chez papa et ma­man. Té­moi­gnages.

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - ÉLODIE CHERMANN

C’EST LE CARTON ci­né­ma­to­gra­phique de l’été. « Re­tour chez ma mère », le sixième long-mé­trage d’Eric La­vaine, a at­ti­ré pas moins de 2 100 000 spec­ta­teurs dans les salles obs­cures de l’Hexa­gone. Une belle sur­prise pour cette co­mé­die so­ciale sortie le 1er juin, en plein Eu­ro de football. Le trio ir­ré­sis­tible for­mé par Alexan­dra La­my, Jo­siane Ba­las­ko et Ma­thilde Sei­gner n’y est bien sûr pas étran­ger. Mais le succès du film tient avant tout à l’his­toire, qui aborde toutes les grandes pro­blé­ma­tiques de notre époque : chô­mage, hé­ri­tage, trans­mis­sion, en­tente fa­mi­liale, sexua­li­té… On y suit la tra­jec­toire de Stéphanie (Alexan­dra La­my), ar­chi­tecte, contrainte à 40 ans de re­tour­ner vivre chez sa mère (Jo­siane Ba­las­ko) dans le Mi­di, après avoir per­du son em­ploi. Un des­tin dans le­quel tout le monde peut se re­con­naître.

Le phé­no­mène est loin d’être né­gli­geable. D’après une étude pu­bliée en 2015 par la revue « Re­traite et So­cié­té », 7 % des 30-49 ans sont ren­trés au bercail et ils sont en­core 3 % après 50 ans. Chez les 30-39 ans, leur re­tour est lié, se­lon l’In­see, à une rup­ture fa­mi­liale dans 31 % des cas, à un li­cen­cie­ment ou un chan­ge­ment de lieu de tra­vail dans 24 % et des pro­blèmes d’ar­gent dans 17 %. On les ap­pelle la « gé­né­ra­tion boo­me­rang ».

Pré­ser­ver son ter­ri­toire

Après 40 ans, « les hommes y sont un peu plus re­pré­sen­tés que les femmes », in­dique Loïc Tra­but, cher­cheur à l’Ins­ti­tut national d’études dé­mo­gra­phiques (Ined). Sans doute parce qu’ils sont moins pré­pa­rés à vivre seuls. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai dans les mi­lieux po­pu­laires qui ont vé­cu plus dif­fi­ci­le­ment la transformation du sta­tut des femmes après Mai 1968.

Dans ce contexte, re­trou­ver sa chambre d’ado peut être rassurant. Mais quand on a goû­té à son indépendance, le re­tour aux sources peut tour­ner au cau­che­mar. Parce qu’on se sent en­va­hi, qu’on se retrouve à de­voir rendre des comptes ou qu’on a l’im­pres­sion d’avoir ra­té sa vie. D’où l’im­por­tance pour cha­cun de pré­ser­ver son ter­ri­toire. Pour que la co­ha­bi­ta­tion soit l’oc­ca­sion d’un vé­ri­table échange in­ter­gé­né­ra­tion­nel, et non d’une guerre des gé­né­ra­tions sans mer­ci.

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