Co­ha­bi­ter, oui, mais pas trop…

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par ÉLODIE CHERMANN, YVES JAEGLÉ ET ALEXIS PERCHÉ

ILS ONT ENTRE 30 ET 50 ANS, la vie les a ra­me­nés au bercail pa­ren­tal. Une étape avant un nou­veau dé­part. Ha­li­ma, 51 ans, fonc­tion­naire. « J’ai gran­di en ban­lieue pa­ri­sienne et, à 22 ans, j’ai quit­té la mai­son pour m’ins­tal­ler en Gua­de­loupe. Vingt ans après, je suis ren­trée en ca­tas­trophe avec mon fils de 7 ans à la suite d’une sé­pa­ra­tion. Je suis fonc­tion­naire, j’ai pu être mu­tée. Je me suis re­trou­vée dans le sa­lon de ma mère, avec mon fils. A 40 ans, c’est un constat d’échec. On n’avait au­cune in­ti­mi­té. Quand des in­vi­tés ve­naient, mon fils ne pou­vait pas se cou­cher. Mes frères, mes soeurs, tout le monde avait l’im­pres­sion que j’étais ve­nue pro­fi­ter de l’ap­par­te­ment. Pen­dant cinq ans, ça a été la guerre, des pleurs, des conflits. Je cher­chais, mais avec un seul sa­laire… J’ai fi­ni par trou­ver un lo­ge­ment dans le même im­meuble, six étages plus haut. Au­jourd’hui, on en ri­gole. On est très proches… » Patrick, 47 ans, en­tre­pre­neur. « A 40 ans, j’ai eu un grave accident de mo­to, j’étais di­rec­teur tech­nique d’une so­cié­té d’in­for­ma­tique à Paris. Dans les deux an­nées qui ont sui­vi, j’ai fait deux burn-out. J’ai ven­du mes parts de la so­cié­té, j’ai mis mon ap­par­te­ment en vente, j’ai tout quit­té en six mois. Je voulais re­trou­ver la tran­quilli­té de la pro­vince, donc je suis par­ti à La Ro­chelle, chez ma­man… J’y suis res­té quelques mois, le temps de trou­ver une mai­son et de l’acheter mais, pen­dant tout le temps sous son toit, on n’a qua­si­ment ja­mais co­ha­bi­té. Quand elle était là, je m’en al­lais, et elle, de son cô­té, par­tait souvent avec Jean-Claude, mon beau-père. La co­ha­bi­ta­tion était im­pos­sible. On ne se sup­porte pas plus de trois jours suc­ces­sifs ! Moi, dès que j’ai eu mon bac, à 18 ans, je suis par­ti ; donc ima­gi­nez à 44 ans ! Dé­jà, j’ai un chat ; elle a un chien… Pour­tant, on est très proches. J’ai ache­té une mai­son à cô­té de chez elle, on s’ap­pelle trois fois par se­maine, on s’en­voie des mails tous les jours et on se voit ré­gu­liè­re­ment. Ma soeur, elle, est re­ve­nue vivre chez ma­man et ça se passe très bien, elles s’en­tendent à mer­veille ! » Emi­lie, 32 ans, as­sis­tante d’édi­tion. « Je viens de vivre une sé­pa­ra­tion bru­tale, et j’ai dé­ci­dé de par­tir très vite. Je suis en CDD, donc pas fa­cile de trou­ver un lo­ge­ment à Paris. Mon co­pain m’a dit : Ap­pelle tes pa­rents, ils t’ac­cueille­ront. J’ai d’abord pas­sé deux se­maines chez une col­lègue très sym­pa qui avait une chambre d’amis. Mais je ne voulais pas pe­ser. J’ai ap­pe­lé ma mère qui m’a dit : La pre­mière chose que tu au­rais dû faire, c’est re­ve­nir à la mai­son, ce se­ra tou­jours chez toi. Il y a tout le confort ma­té­riel. Ma mère sem­blait bien­veillante, même si les re­la­tions avaient été dif­fi­ciles dans le pas­sé. En réa­li­té, à peine ar­ri­vée, alors que j’étais mal, ma mère s’est mise à ju­ger ma vie pri­vée, très du­re­ment, à m’ex­pli­quer à quel point c’était un échec pour moi. Je suis res­tée trois heures, j’al­lais ex­plo­ser. J’avais envoyé un tex­to à une autre amie, pour­tant dé­jà en co­loc, qui m’a dit les mots les plus justes : Viens chez moi, on se­ra à l’étroit, tu n’au­ras pas vrai­ment d’es­pace à toi mais on va se ser­rer, je ne vais pas ra­jou­ter un poids psy­cho­lo­gique alors que tu vis dé­jà une rup­ture. Ça m’a fait beau­coup de bien. Grâce au bouche-ào­reille, j’ai fi­ni par trou­ver une sous­lo­ca­tion. Et je de­vrais dé­cro­cher bien­tôt un CDI, qui m’ai­de­ra à trou­ver un lo­ge­ment. »

« Au­jourd’hui, on en ri­gole » « Dé­jà, j’ai un chat ; ma mère, un chien » « J’al­lais ex­plo­ser » « Tu sors en­core ! »

Phi­lippe, 52 ans, pilote de trans­port. « Le Re­tour chez ma mère, moi aussi j’ai connu, après mon di­vorce. A l’époque, je ga­gnais dé­jà bien ma vie, mais je n’avais pas les moyens d’as­su­mer seul le loyer que l’on payait jusque-là, avec deux enfants. Il ne me res­tait qu’un an de con­trat à ho­no­rer dans l’ar­mée avant de bas­cu­ler dans le ci­vil, je ne sa­vais pas du tout où j’al­lais at­ter­rir. Je vi­vais dé­jà un épi­sode trau­ma­ti­sant, je n’avais au­cune en­vie de me pré­ci­pi­ter sur le pre­mier truc ve­nu. J’ai dé­ci­dé de re­tour­ner vivre chez ma mère. Elle était ins­tal­lée tout près, avait deux chambres de libres. Mais ça m’a re­plon­gé dans un rap­port pa­rent-en­fant pas très confor­table. Quand je sor­tais, je me sen­tais obli­gé de la pré­ve­nir pour qu’elle ne m’at­tende pas pour dî­ner. En re­tour, j’avais souvent droit à une ré­flexion du genre : Ah, tu sors en­core !… Bien sûr, il y avait aussi des avan­tages : ma mère pas­sait du temps avec mes enfants quand je les avais le week-end. Mais j’ai quand même été content de re­trou­ver mon indépendance après un an et de­mi. Elle aussi, je crois ! »

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