« On n’a par­fois pas d’autre choix »

Mi­chel Billé,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Pro­pos re­cueillis par E.C.

Spé­cia­liste des liens entre gé­né­ra­tions et du vieillis­se­ment, Mi­chel Billé pointe les dif­fi­cul­tés de co­ha­bi­ter avec ses vieux pa­rents ou ses grands enfants…

Des qua­dras qui re­tournent vivre chez papa-ma­man, est-ce un phé­no­mène nou­veau ?

MI­CHEL BILLÉ. Oui et non. Pen­dant plu­sieurs dé­cen­nies, les gé­né­ra­tions ont vé­cu de ma­nière clai­re­ment sé­pa­rée. De­puis vingt ans, elles ont à nou­veau ten­dance à se rap­pro­cher, comme dans l’après-guerre où l’on voyait souvent les pa­rents, grand­spa­rents et enfants vivre sous le même toit. On a d’abord as­sis­té au « phé­no­mène Tan­guy », ces jeunes adultes qui n’ar­ri­vaient pas à quit­ter le co­con fa­mi­lial. Au­jourd’hui, on est plu­tôt confron­té à la « gé­né­ra­tion boo­me­rang », ces qua­dras qui re­viennent au bercail contraints et for­cés ! Et ce n’est pas seu­le­ment le fruit de la crise et du chô­mage. On peut aussi se trou­ver fra­gi­li­sé après une sé­pa­ra­tion. On est seul, à court d’ar­gent, en rup­ture de lo­ge­ment. Mal­gré le sen­ti­ment d’échec et d’hu­mi­lia­tion, on n’a par­fois pas d’autre choix, dans l’ur­gence, que de se tour­ner vers ses pa­rents qui, en gé­né­ral, sont en

Quel im­pact cette co­ha­bi­ta­tion su­bie a-t-elle sur la struc­ture fa­mi­liale ?

Pour les plus âgés qui ac­cueillent, c’est en gé­né­ral une oc­ca­sion de se construire une image d’eux­mêmes plus po­si­tive. Ils ont eu des enfants, l’un d’eux ren­contre des dif­fi­cul­tés, ils as­sument ! Mais ce n’est évi­dem­ment pas sans po­ser pro­blème. D’abord parce que la re­traite en­gendre souvent une perte de re­ve­nus. Avoir une per­sonne sup­plé­men­taire à prendre en charge à ce mo­ment-là n’est pas for­cé­ment bien­ve­nu.

Ce­la oblige éga­le­ment cha­cun à ré­or­ga­ni­ser sa vie quo­ti­dienne…

En ef­fet. On n’a pas le même rythme de vie à 40 et à 60 ans. Ni le même rap­port au temps, à l’ar­gent, aux re­la­tions af­fec­tives, aux nou­velles technologies. Ces dif­fé­rences peuvent don­ner lieu au meilleur comme au pire : à de mer­veilleux mo­ments d’échange ou au contraire, à de vio­lents conflits. Pour peu que les frères et soeurs s’en mêlent et se laissent al­ler à des crises de ja­lou­sie, la co­ha­bi­ta­tion peut vite tour­ner à l’en­fer !

« Ce n’est pas seu­le­ment le fruit de la crise et du chô­mage »

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