« Ne plus exer­cer est une souf­france »

Jak­leen,

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - FLO­RENCE MÉRÉO

L’AUTRE JOUR, une amie lui a mon­tré son plom­bage. « J’ai eu un frisson. Ça m’a rap­pe­lé tout ce que j’ai per­du », ex­plique Jak­leen en touillant un ca­fé très ser­ré, « à l’ira­kienne ». Cette fer­vente ca­tho­lique de 40 ans s’est ins­tal­lée avec son ma­ri et son fils dans le Val-de-Marne il y a quatre ans. Elle a lais­sé der­rière elle les me­naces pe­sant sur les chré­tiens d’Orient à Mos­soul, au­jourd’hui contrô­lée par Daech. Elle a aussi aban­don­né le ca­bi­net den­taire ou­vert après cinq ans pas­sés dans le sec­teur pu­blic ira­kien.

« Je ga­gnais bien ma vie, trois à quatre fois plus que mon ma­ri, mé­de­cin généraliste. J’étais re­con­nue. Au­jourd’hui, je suis femme au foyer mal­gré moi. Ne plus exer­cer, bien sûr que c’est une souf­france. »

Dans une po­chette, des photos d’elle, sou­riante, le jour de la re­mise de son di­plôme à l’uni­ver­si­té de Mos­soul. « J’avais 25 ans, dit-elle de sa voix rauque, et j’étais loin d’ima­gi­ner ce qui nous at­ten­dait. » En théo­rie, les ré­fu­giés re­con­nus du sec­teur mé­di­cal ont le droit de pra­ti­quer en éta­blis­se­ment pu­blic de santé, grâce à la pro­cé­dure d’au­to­ri­sa­tion d’exer­cer (PAE). « On m’a de­man­dé d’amé­lio­rer mon fran­çais ; j’ai sui­vi un cur­sus à la Sor­bonne. De faire un stage, je l’ai fait… mais les pa­piers ont conti­nué à s’ac­cu­mu­ler et trou­ver un tra­vail re­lève du par­cours du com­bat­tant, les as­so­cia­tions ne sont pas as­sez for­mées dans ce do­maine pour nous ac­com­pa­gner », ex­plique Jak­leen dans un fran­çais fluide. Son ma­ri, lui, vient de dé­cro­cher un poste dans un hôpital de l’Es­sonne après quatre ans d’at­tente. Une lueur d’es­poir pour celle dont toute la fa­mille a fui l’Irak ? « Je suis croyante, j’ai en­vie de croire aux mi­racles mais le temps passe et j’ai peur. » Di­manche, le couple et leur fils de 9 ans partent à… Lourdes. « Mon pre­mier voeu se­ra pour mon fils, puis pour la paix dans le monde. Je glis­se­rai aussi un mot pour ma re­cherche d’un tra­vail car quel dom­mage de manquer de mé­de­cins en France et de ne pas m’uti­li­ser ! »

« Le temps passe et j’ai peur »

Jak­leen a sui­vi un cur­sus à la Sor­bonne pour amé­lio­rer son fran­çais.

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