L’ogre de Penn­syl­va­nie de­vant la jus­tice

PRO­CÈS. Lee Ka­plan est ac­cu­sé d’avoir vio­lé une jeune fille que ses pa­rents lui avaient « don­née ». Onze autres fillettes vi­vaient chez lui.

Aujourd'hui en France - - FAITS DIVERS - Philadelphie (Etats-Unis) De notre cor­res­pon­dante David He­ck­ler, le pro­cu­reur FANNIE RASCLE

DANS LA BAN­LIEUE pai­sible de Philadelphie en Penn­syl­va­nie, une voi­sine donne l’alerte à la mi-juin : elle s’in­quiète pour la santé des pe­tites filles en robe bleue qu’elle ob­serve sor­tir de temps à autre d’une mai­son du quar­tier, ca­chée der­rière des arbres. Le pro­prié­taire, Lee Ka­plan, un quin­qua­gé­naire à la barbe et aux cheveux longs, est cen­sé vivre ici seul. Les po­li­ciers dé­couvrent en réa­li­té à l’in­té­rieur douze jeunes filles. Cer­taines, ter­ri­fiées, sont al­lées se ca­cher dans le pou­lailler du jardin.

Toutes ont entre 6 mois et 18 ans. La plus âgée ra­conte avoir été abu­sée par Lee Ka­plan, elle est d’ailleurs la mère de deux des fillettes. Et ce sont ses propres pa­rents, Daniel et Sa­villa Stoltz­fus, d’an­ciens amish, qui l’ont en­voyée là, of­ferte en « cadeau » quand elle n’était en­core qu’une ado­les­cente. Face aux en­quê­teurs, Lee Ka­plan et le couple Stoltz­fus ont ra­con­té une his­toire dans la­quelle « ils ne voyaient pas où était le mal », se­lon le pro­cu­reur David He­ck­ler. Au­jourd’hui, les trois de­vront ré­pon- dre de leurs actes de­vant la jus­tice amé­ri­caine. Lee Ka­plan est ac­cu­sé de viol. L’audience de ce jour donne la pa­role aux dif­fé­rentes par­ties et sert à vé­ri­fier si les charges sont suf­fi­santes pour pro­gram­mer le vrai pro­cès.

Daniel Stoltz­fus et Lee Ka­plan ont fait connais­sance il y a une quin­zaine d’an­nées lors d’une vente aux en­chères. La fa­mille Stoltz­fus vit alors au coeur du pays amish. A deux heures de route de Philadelphie, dans une cam­pagne ver­doyante, les membres de ce groupe re­li­gieux ap­par­tiennent à un autre monde. Sans élec­tri­ci­té, au rythme de leurs che­vaux et de leurs trot­ti­nettes, se­lon des règles ins­pi­rées de la Bible.

Après la mort ac­ci­den­telle d’un de leurs fils, les Stoltz­fus s’éloignent peu à peu de l a c o mmu­naut é amish. Lee Ka­plan, un étran­ger de pas­sage aux al­lures de mar­gi­nal, vit alors chez eux et les aide fi­nan­ciè­re­ment quand leur pe­tite fa­brique de mé­tal se re­trouvent au bord de la faillite. Daniel et Sa­villa Stoltz­fus prennent sim­ple­ment soin de vé­ri­fier que don­ner leur fille en guise de re­mer­cie­ment est lé­gal... en al­lant sur In­ter­net.

« Je n’ai ja­mais en­ten­du par­ler de cas de fa­milles amish don­nant leurs enfants. Ce n’est pas une pra­tique ha­bi­tuelle dans cette cul­ture», ex­plique An­drew Tait. Ce réa­li­sa­teur bri­tan­nique, au­teur de deux documentaires sur cette com­mu­nau­té, a croi­sé la route de Daniel Stoltz­fus en 2010. L’homme sem­blait être sous l’em­prise de Lee Ka­plan. « Quit­ter la com­mu­nau­té amish est une des ex­pé­riences les plus dif­fi­ciles à vivre quand on y est

« Lee Ka­plan et le couple Stoltz­fus ne voyaient pas où était le mal »

né et Ka­plan a eu une énorme in­fluence sur Daniel Stoltz­fus à ce mo­ment-là de sa vie », pré­cise Tait. « J’ai aussi ren­con­tré Sa­villa Stoltz­fus et ses enfants à l’époque mais je n’ai pas vrai­ment échan­gé avec eux parce que c’était en­core un mo­dèle de fa­mille très pa­triar­cal. Dans une fa­mille amish, le père parle tan­dis que la femme et les enfants res­tent si­len­cieux et obéissent. »

Les en­quê­teurs cherchent au­jourd’hui à iden­ti­fier les pa­rents des autres fillettes, peut-être les Stoltz­fus eux-mêmes. Dans la mai­son de Lee Ka­plan, les po­li­ciers ont trou­vé des ins­tru­ments de musique et un livre écrit en hé­breu. Au­cune pe­tite fille n’al­lait à l’école. Elles vivent dé­sor­mais en sé­cu­ri­té, dans la ré­gion de Lan­cas­ter, au coeur du pays amish.

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