« J’au­rais ai­mé af­fron­ter Mohamed Ali »

JEUX OLYM­PIQUES. Le plus grand spor­tif bré­si­lien de l’his­toire n’a ja­mais par­ti­ci­pé aux JO mais il se­rait ho­no­ré d’être le der­nier por­teur de la flamme ven­dre­di.

Aujourd'hui en France - - SPORTS - Y.L. Pro­pos re­cueillis par YVES LEROY

O REI ne me­su­rait que 1,73 m du temps de sa splen­deur. Peut-être un peu moins dé­sor­mais, sous le poids de ses 75 prin­temps. Pour­tant, la lé­gende vi­vante du football aux trois Coupes du monde, qui s’est ma­rié pour la troi­sième fois en juillet, au­rait rê­vé de se frot­ter à Mohamed Ali, qu’il dit avoir « ad­mi­ré » et à qui il ren­dait presque 20 cm. Ces pro­pos prennent une ré­so­nance par­ti­cu­lière alors que Pe­lé a ré­pon­du à nos ques­tions quelques jours avant le dé­cès de l’im­mense boxeur, le 3 juin. Deux ans après la Coupe du monde, qu’at­ten­dez-vous de ces Jeux olym­piques à Rio ? PE­LÉ. Je pense que le Bré­sil est le meilleur en­droit pour or­ga­ni­ser les Jeux olym­piques. On se sou­vient en­core de la der­nière Coupe du monde. La dé­faite du Bré­sil en de­mi-fi­nale a été un dé­sastre sans ex­pli­ca­tion. Je suis sûr que ces JO se­ront ex­cel­lents. Ce se­ront les Jeux olym­piques de tout le monde. Ce se­ra une fête. A la Coupe du monde, il n’y a que le football, qui est im­por­tant pour tout le monde ici. Mais, cette fois, il y au­ra beau­coup d’autres sports. C’est su­per pour tous ceux qui vont vivre ça. Est-il exact que vous re­gret­tez de ne pas avoir par­ti­ci­pé aux JO vous-même ? Oui, c’est un grand re­gret. Quand j’avais 16 ans, j’ai rejoint San­tos. J’ai joué la Coupe du monde 1958 avec le Bré­sil et en­suite je suis de­ve­nu pro­fes­sion­nel. Je n’ai pu par­ti­ci­per à au­cuns Jeux, parce que ce n’était pas au­to­ri­sé. A l’époque, seuls les ama­teurs pou­vaient jouer. C’est pour ça que je n’ai ja­mais ga­gné les JO ! C’est le seul tour­noi au­quel je n’ai pas par­ti­ci­pé. Al­lez-vous as­sis­ter aux épreuves ? Je vais suivre le foot, bien sûr, et les autres sports, se­lon mes pos­si­bi­li­tés. L’his­toire a conser­vé des images jau­nies de ses dribbles, de ses trois Coupes du monde ga­gnées et de quelques-uns des mille buts qu’on lui ac­corde, matchs ami­caux in­clus. Le bio­pic « Pe­lé : Nais­sance d’une lé­gende » ra­conte les an­nées pré­cé­dant cette vie sous les yeux de la pla­nète en­tière. L’épo­pée ac­com­pagne Di­co, le sur­nom don­né par les pa­rents de la lé­gende bré­si­lienne, de­puis son vil­lage de Bau­ru, à 300 km de Rio, jus­qu’à sa pre­mière Coupe du monde, en 1958 en Suède. C’est d’une mo­que­rie d’enfants riches du vil­lage où ses pa­rents étaient em­ployés de mé­nage qu’est né le Qui peut al­lu­mer la flamme olym­pique, si ce n’est vous ? J’en se­rais ho­no­ré. Quand le Bré­sil a été élu pour or­ga­ni­ser les Jeux, j’ai re­çu la flamme. Lors de la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture des JO d’At­lan­ta, aux Etats-Unis, j’ai ren­con­tré pour la pre­mière fois Mohamed Ali, qui a por­té la flamme en der­nier. C’est un de mes plus grands sou­ve­nirs. Ce se­rait une op­por­tu­ni­té for­mi­dable dans mon pays, mais, vous sa­vez, je ne re­ven­dique rien. Le sport fait-il au­tant rê­ver les pe­tits Bré­si­liens que lorsque vous étiez en­fant ? Oh oui ! Quand j’étais pe­tit, il n’y avait pas la tech­no­lo­gie de main­te­nant pour suivre les grands évé­ne­ments. C’est en­core plus fa­cile de le vivre. Les enfants rêvent tou­jours de sport, je n’en doute pas. Qui est pour vous le meilleur ath­lète de l’his­toire des JO ? Je n’ai ja­mais par­ti­ci­pé aux Jeux. Si­non, j’au­rais dit : « Moi-même » ! Mais, plus sé­rieu­se­ment, en ce mo­ment, il y a Usain Bolt. Il est l’homme qui im­pose son style. C’est dé­jà une lé­gende. Les JO sont dif­fé­rents du football et il est dif­fi­cile de com­pa­rer. Mais, Bolt est au-des­sus. J’étais le maître du football, lui, il est le maître de la nouvelle gé­né­ra­tion. Et par le pas­sé, qui avez-vous par­ti­cu­liè­re­ment ai­mé ? Je vais ci­ter Mohamed Ali. Il est ce­lui que j’ai le plus ad­mi­ré. Dans quel autre sport que le vôtre au­riez-vous ai­mé par­ti­ci­per aux JO ? J’ado­rais toutes sortes de sports : le tennis, la boxe. J’au­rais ai­mé af­fron­ter Mohamed Ali, alors je vais res­ter sur la boxe. Je pense que j’au­rais été bon, parce que je me suis par­fois bat­tu.

« J’étais le maître du football, Bolt est le maître de la nouvelle gé­né­ra­tion »

sur­nom Pe­lé. L’an­cien at­ta­quant l’a long­temps dé­tes­té. Ce zoom sur une di­zaine d’an­nées mé­con­nues de la vie du Bré­si­lien évoque éga­le­ment ses liens très forts avec la gin­ga (du nom d’un mou­ve­ment de ca­poei­ra), un style de jeu an­ces­tral ins­pi­ré de « la joie et de l’es­prit du peuple bré­si­lien ». Un re­gard aty­pique sur l’as­cen­sion de la pre­mière et tou­jours in­éga­lée ré­fé­rence mon­diale du football. « Pe­lé : Nais­sance d’une lé­gende », dis­po­nible en DVD, Blu-ray et VOD. Quels spor­tifs bré­si­liens peuvent briller ? Les na­geurs sont dans une bonne pé­riode et on a des chances au vol­ley­ball et dans d’autres dis­ci­plines. Mais ce que le Bré­sil veut ab­so­lu­ment, c’est ga­gner le tour­noi de football. C’est l’unique titre que nous n’avons pas en football. J’es­père de tout coeur qu’on va ga­gner. Que re­pré­sen­te­rait ce succès pour la po­pu­la­tion ? Le plus im­por­tant, d’abord, pour le Bré­sil, c’est d’or­ga­ni­ser des Jeux sûrs et réus­sis. Après ce­la, on se­ra fiers d’avoir mis en place des JO de qua­li­té. Et si on gagne le tour­noi de football, je n’ai pas de doute, les gens se­ront dans la rue. Ce se­ra comme le car­na­val. J’es­père vrai­ment qu’on au­ra la chance de ga­gner cette mé­daille d’or. Al­lez-vous par­ti­cu­liè­re­ment suivre Ney­mar, qui a in­sis­té pour par­ti­ci­per au tour­noi ? Ney­mar a dé­bu­té dans mon équipe, San­tos. Mon fils en­traîne les jeunes du club. C’est quelque chose de très im­por­tant pour moi. Ney­mar était sous sa di­rec­tion il y a quelques an­nées. Donc, on a un re­gard spé­cial sur lui. Main­te­nant, il conti­nue sa route à Bar­ce­lone et je suis heu­reux que le club l’au­to­rise à jouer la com­pé­ti­tion. J’es­père qu’il se­ra en forme pour ces JO.

« Ce que le Bré­sil veut ab­so­lu­ment, c’est ga­gner le tour­noi de football » Un bio­pic sur l’éclo­sion de sa lé­gende

San­tos (Bré­sil), le 22 juillet. Pe­lé a dé­jà por­té la flamme lors de son pas­sage au mu­sée consa­cré à la lé­gende du football. O Rei pour­rait être aussi ce­lui qui al­lu­me­ra la vasque olym­pique ven­dre­di soir.

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