« Au Mont-Saint-Mi­chel, les Ja­po­nais ont presque to­ta­le­ment dis­pa­ru »

So­phie Fram­me­ry,

Aujourd'hui en France - - LE FAIT DU JOUR - Le Mont-Saint-Mi­chel (Manche) De notre cor­res­pon­dant BERTRAND FIZEL

LE MONT-SAINT-MI­CHEL, sans au­cun tou­riste ja­po­nais dans ses ruelles, en plein mois d’août ! Il y a quelques mois en­core, l’image au­rait pa­ru in­vrai­sem­blable. Pour­tant… A cause des at­ten­tats qui ont frap­pé la France, on a beau par­cou­rir les files d’at­tente des na­vettes qui mènent au pied du Mont, chi­ner dans les mul­tiples bou­tiques de sou­ve­nirs, scru­ter les ré­cep­tions des hô­tels, rien à faire, les Ja­po­nais — qui re­pré­sen­taient le plus fort contin­gent de tou­ristes étran­gers il y a en­core deux ans — ont dé­ser­té la Mer­veille. Pas un at­trou­pe­ment nip­pon pour mi­trailler le Mont en pho­to alors qu’ils avaient été près de 300 000 à s’y rendre en 2014 !

« C’est un ef­fon­dre­ment com­plet. En temps nor­mal, on voit pas­ser un groupe t outes l es dix mi­nutes. Au­jourd’hui, on voit un couple toutes les deux heures et en­core… On avait par exemple em­bau­ché une sa­la­riée ja­po­naise pour pri­vi­lé­gier le com­merce avec eux. Mais à ce rythme-là, on ne pour­ra évi­dem­ment pas re­nou- ve­ler son contrat l’an pro­chain », dé­plore Em­ma­nuel Co­nan, res­pon­sable du ma­ga­sin de sou­ve­nirs les Mouettes, dans la rue prin­ci­pale.

Quelques cen­taines de mètres plus loin, So­phie Fram­me­ry, à la tête d’un ba­zar-épi­ce­rie, se montre en­core plus in­quiète : « Les Ja­po­nais sont de loin ceux qui ve­naient en plus grand nombre. Mais aus­si­tôt après l’at­ten­tat de Char­lie Heb­do, pro­gres­si­ve­ment, on a vu la fré­quen­ta­tion s’écrou­ler jus­qu’à au­jourd’hui où ils ont presque to­ta­le­ment dis­pa­ru. Nous avons de nom­breux ar­ticles qui leur étaient spé­cia­le­ment des­ti­nés. Des bis­cuits, des porte-clés conçus en fonc­tion des at­tentes par­ti­cu­lières des Ja­po­nais. Tout ce­la reste en rayon. » Les consé­quences sont d’au­tant plus lourdes pour le com­merce que les Ja­po­nais étaient aus­si ceux dont le pa­nier moyen (80 €) était le plus im­por­tant.

D’autres sec­teurs sont im­pac­tés. Odile Pe­ris­sol est res­pon­sable de la so­cié­té Au­dil’s Tours, qui comp­tait 12 guides tou­ris­tiques à l’in­ten­tion des vi­si­teurs ja­po­nais : « Nous ne sommes plus que quatre ! De­puis l’at­ten­tat de Char­lie, nous avons per­du plus de 50 % de notre chiffre d’af­faires. C’est dra­ma­tique et on voit mal com­ment cette ten­dance va pou­voir s’in­ver­ser. En juillet, on a cru à une pe­tite re­prise des ré­ser­va­tions, mais il y a eu l’at­ten­tat de Saint-Etienne-duRou­vray et aus­si­tôt nous avons su­bi une nou­velle vague d’an­nu­la­tions. Au­jourd’hui, nos guides n’ont plus au­cun groupe ja­po­nais. »

Il reste à com­prendre pour­quoi le mar­ché ja­po­nais semble ici plus tou­ché que les autres. Pierre Cour­sin, res­pon­sable de la Si­rène, qui re­groupe une crê­pe­rie et une quin­caille­rie, tente une ex­pli­ca­tion : « Les di­ri­geants du Ja­pon, no­tam­ment des am­bas­sades, ont clai­re­ment in­vi­té leurs com­pa­triotes à évi­ter la France. Or on sait que les Ja­po­nais sont plus que tout autres res­pec­tueux des consignes don­nées. Tant qu’il y a une me­nace, ils ne prennent pas de risque : ils ne viennent pas. »

Des tou­ristes avec un grand pou­voir d’achat

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