Mo­nop’ fait aus­si… des clopes

COM­MERCE. De­puis hier, l’en­seigne Mo­nop’sta­tion de la gare d’Epi­nal (Vosges) vend du ta­bac, au grand dam des bu­ra­listes. Agis­sant dans la lé­ga­li­té, le groupe de dis­tri­bu­tion se dé­fend de vou­loir bri­ser leur mo­no­pole.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - BÉRANGÈRE LEPETIT ET BORIS CASSEL

DES SANDWICHS TRIANGLE, des che­wing-gums, des brosses à dents et des pa­quets de ci­ga­rettes ! Avant de prendre son train, on trouve un peu de tout au Mo­nop’sta­tion de la gare d’Epi­nal, dans les Vosges. Jusque-là, rien de bien sur­pre­nant. Seu­le­ment voi­là. La vente de ci­ga­rettes (ef­fec­tive de­puis hier après-mi­di) de 6 h 30 à 21 h 30 dans cette en­seigne du groupe Ca­si­no, ou­verte le 22 juillet à la place d’un Re­lay H (et en lieu et place de deux autres com­merces de la gare), ne passe pas vrai­ment i na­per­çue. Dé­non­çant la « concur­rence dé­loyale » de la grande dis­tri­bu­tion qui s’em­pa­re­rait en ca­ti­mi­ni de la vente du ta­bac (voir ci- des­sous), les bu­ra­listes ont dé­fi­lé lun­di dans les rues de la ville.

« C’est un pre­mier pas vers la vente de ta­bac en grande sur­face. A l’ave­nir, Mo­no­prix ou d’autres en­seignes pour­ront dire : Nous sommes au­to­ri­sés à vendre du ta­bac dans nos ma­ga­sins si­tués dans les gares, mais pas dans les autres. Où est la lo­gique ? » alerte Ber­nard Gasq, pré­sident de la Con­fé­dé­ra­tion des bu­ra­listes d’Ile-de-France.

Mo­no­prix sûr de son bon droit

S’il dé­nonce une « dé­rive » du sys­tème, le pa­tron des bu­ra­listes fran­ci­liens ne re­met pas du tout en cause la lé­ga­li­té de la dé­marche de Mo­no­prix. En ven­dant des ci­ga­rettes, l’en­seigne ne s’at­ta­que­rait pas, en ef­fet, au sa­cro-saint « mo­no­pole d’Etat » confié de­puis le XVIIe siècle par les douanes aux dé­bi­tants de ta­bac. Car un dé­cret de 2010 est ve­nu mo­di­fier la loi. Dé­sor­mais, il y a deux types de com­mer­çants. Les pre­miers, les « or­di­naires », sont les bu­ra­listes qui ont le droit de tra­vailler sur tout le ter­ri­toire. Les deuxièmes, comme Mo­no­prix — ou Re­lay H — sont les « spé­ciaux », qui peuvent tra­vailler uni­que­ment sur le do­maine pu­blic concé­dé au pri­vé (gares, au­to­routes, etc.).

Sûr de son bon droit, Mo­no­prix se dé­fend mor­di­cus de vou­loir faire du bu­si­ness. « Nous avons jus­te­ment re- pris l’ac­ti­vi­té du Re­lay H, qui ven­dait dé­jà des ci­ga­rettes. En de­hors des gares, on n’a pas le droit de vendre du ta­bac et on ne le sou­haite pas », sou­tient un porte-pa­role de Mo­no­prix, qui a mis en place des Mo­nop’sta­tion de­puis 2011 (plu­sieurs di­zaines de su­pé­rettes en France avec 60 m² de sur­face moyenne et ven­dant 500 ré­fé­rences en moyenne). Ce que confirment les autres en­seignes de la dis­tri­bu­tion. « A-t-on quelque chose à ga­gner en concur­ren­çant les bu­ra­listes en dif­fi­cul­té, sin­cè­re­ment ? in­ter­roge un cadre de la grande dis­tri­bu­tion. Per­sonne n’y pense. Ce n’est pas notre com­bat ! »

Com­ment ex­pli­quer, donc, cette fronde es­ti­vale des bu­ra­listes ? Les deux ca­té­go­ries de dé­bi­tants de ta­bac — les « or­di­naires » et les « spé­ciaux », comme Mo­no­prix — ne sont pas lo­gées à la même en­seigne. « Mo­no­prix a beau­coup moins d’obli­ga­tions lé­gales que nous », dé­plore le pa­tron des bu­ra­listes fran­ci­liens, qui pour­suit : « Ils ont des dé­lais de paie­ment de leur four­nis­seur plus longs, un gé­rant qui n’est pas obli­gé d’être pré­sent en per­ma­nence dans le com­merce… » VIDÉO le­pa­ri­sien.fr Le cri d’alarme des bu­ra­listes d’Epi­nal

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.