Vive le cor­ni­chon fran­çais !

AGRICULTURE. Vingt ans après sa qua­si-dis­pa­ri­tion en France, la culture de la cu­cur­bi­ta­cée, au­jourd’hui im­por­tée sur­tout d’Inde, re­prend. Re­por­tage dans la Sarthe.

Aujourd'hui en France - - ÉCONOMIE - Dol­lon (Sarthe) De notre en­voyé spé­cial ANTHONY HALPERN

« QUE LA TERRE EST BASSE ! » C’est sû­re­ment ce que doivent se dire les sai­son­niers dont le dos se courbe bien bas sur la terre sa­blon­neuse pour ra­mas­ser les cor­ni­chons. « Il faut sou­le­ver les grandes feuilles al­lon­gées sur le sol pour ré­cu­pé­rer le fruit », ex­plique Oli­vier Cor­bin, agri­cul­teur lo­ca­taire d’une par­celle agri­cole de 115 ha, dont 3,5 ré­ser­vés aux cu­cur­bi­ta­cées, à Dol­lon, à 35 km du Mans (Sarthe). Preuve de la ru­desse de la tâche, le port d’une cein­ture dor­sale est for­te­ment conseillé pour les cueilleurs, dont cer­tains aban­donnent dès le pre­mier jour. Une culture éprou­vante et coû­teuse puisque le ra­mas­sage n’est pas mé­ca­ni­sable. Et pour­tant, il y a en­core vingt ans, le cor­ni­chon était une spé­cia­li­té lo­cale. « Beau­coup de par­ti­cu­liers le pro­dui­saient à l’époque dans leur jar­din pour l’en­tre­prise Ch­rist », se rap­pelle-t-on à la mai­rie de la pe­tite com­mune sar­thoise.

Mais les in­té­rêts éco­no­miques et la mon­dia­li­sa­tion sont pas­sés par là. « Il est dif­fi­cile de pro­duire en France. Il faut un temps sec et une tem­pé­ra­ture com­prise entre 15 et 32 °C », pré­cise l’agri­cul­teur, un échan­tillon de sa ré­colte dans le creux de la main. Du coup, les grands in­dus­triels du sec­teur ont dé­lo­ca­li­sé en Asie la pro­duc­tion (lire en­ca­dré). « Sans la sé­cu­ri­té que m’ap­porte le groupe Reit­zel, ja­mais je n’au­rais re­lan­cé cette pro­duc­tion », as­sure Oli­vier Cor­bin.

L’in­dus­triel suisse, spé­cia­li­sé dans les condi­ments, ga­ran­tit la cou­ver­ture fi­nan­cière de l’en­semble des in­ves­tis­se­ments de l’agri­cul­teur, quel que soit le vo­lume de la ré­colte. « Je vou­lais re­lan­cer la fi­lière du cor­ni­chon en France, af­firme Em­ma­nuel Bois, di­rec­teur gé­né­ral France du groupe. Je rogne ma marge ha­bi­tuelle d’un tiers au­près des dis­tri­bu­teurs, et en échange, ils m’as­surent que le prix soit abor­dable. » Il fau­dra mal­gré tout dé­bour­ser 50 % de plus pour les cor­ni­chons fran­çais de la marque Jar­din d’Orante, par rap­port à ses concur­rents, soit un sup­plé­ment d’en­vi­ron 80 cen­times. « Je suis sûr que le consom­ma­teur est prêt à jouer le jeu tant que ça reste ac­ces­sible », ba­laie Em­ma­nuel Bois.

Le re­gain d’ac­ti­vi­té a au moins le mé­rite de dy­na­mi­ser l’éco­no­mie lo­cale. « On va re­cru­ter 40 per­sonnes à temps plein, sans comp­ter les in­té­ri­maires », pro­met le gé­rant in­dus­triel. L’agri­cul­teur a, de son cô­té, d’ores et dé­jà em­bau­ché une qua­ran­taine de sai­son­niers pour as­su­rer les ré­coltes.

Pour­tant, la via­bi­li­té du pro­jet est en­core loin d’être as­su­rée. « La pre­mière an­née reste la plus dif­fi­cile car on in­ves­tit sans connaître l’état réel de la de­mande », sou­ligne le DG de Reit­zel, qui re­pré­sente 0,3 % du mar­ché du cor­ni­chon en France. « L’ob­jec­tif se­ra de mul­ti­plier les vo­lumes par cinq en cinq ans, pour cou­vrir les frais et les in­ves­tis­se­ments réa­li­sés à l’usine et dans le champ », ajoute-t-il. Mais avant de pen­ser à aug­men­ter la pro­duc­tion, il faut d’abord écou­ler l’ac­tuelle. Comp­tez 3 € le bo­cal de 210 g en grande sur­face.

Plus cher à la vente, mais créa­teur d’em­plois dans l’Hexa­gone

Dol­lon (Sarthe), le 12 juillet. La culture des cor­ni­chons a été re­lan­cée sur 3,5 ha. Mais la via­bi­li­té éco­no­mique n’est pas en­core as­su­rée. Elle dé­pen­dra des consom­ma­teurs.

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