Les confi­dences de Hol­lande pour 2017

ÉLYSÉE. Pour le chef de l’Etat, l’élec­tion pré­si­den­tielle se joue­ra sur la na­tion et la dé­mo­cra­tie. Lui se voit en ga­rant de l’Etat de droit face aux sur­en­chères de la droite.

Aujourd'hui en France - - POLITIQUE - FRÉDÉRIC GERSCHEL ET PHI­LIPPE MARTINAT

« L’INIMAGINABLE est dé­sor­mais pré­vi­sible, nous sa­vons qu’il peut se pro­duire. » C’est un Fran­çois Hol­lande plu­tôt grave qui s’est pré­sen­té hier de­vant les jour­na­listes de l’As­so­cia­tion de la presse pré­si­den­tielle (APP). Après une an­née dra­ma­tique mar­quée par une sé­rie d’at­ten­tats d’une am­pleur « in­con­nue » jus­que­là, a-t-il re­le­vé, l’heure n’était pas aux pe­tites blagues.

A neuf mois de la pré­si­den­tielle, le chef de l’Etat, qui réuni­ra le der­nier Con­seil des mi­nistres ce ma­tin avant une (pe­tite) trêve es­ti­vale, s’est sur­tout ap­pli­qué à se his­ser au-des­sus de la mê­lée. « Etre pré­sident de la Ré­pu­blique, c’est être ca­pable de dé­fi­nir pour le pays une place dans un contexte qui a pro­fon­dé­ment chan­gé. Ce se­ra le su­jet de l’élec­tion : la place de la France et la ca­pa­ci­té de la France à pou­voir por­ter un mo­dèle, une ca­pa­ci­té à pou­voir fé­dé­rer, ras­sem­bler les Fran­çais, mais aus­si don­ner un sens à la construc­tion eu­ro­péenne. »

Avant de s’en­vo­ler au­jourd’hui pour Rio afin de sou­te­nir les spor­tifs fran­çais et sur­tout dé­fendre la can­di­da­ture de Pa­ris pour les JO de 2024, le chef de l’Etat a en­core sou­li­gné sa dif­fé­rence avec la droite — ou au moins avec une par­tie d’elle. « Fau­til al­ler au-de­là de l’état d’ur­gence, consi­dé­rant que les textes ac­tuels sont su­per­flus, presque in­utiles, voire contrai­gnants ? » s’est-il faus­se­ment in­ter­ro­gé en vi­sant Ni­co­las Sar­ko­zy. « L’Etat de droit n’est pas contra­dic­toire avec la rai­son d’Etat. L’Etat de droit n’em­pêche pas l’Etat d’agir », a-t-il mar­te­lé.

Bros­sant la toile de fond de ce que pour­rait être la pro­chaine cam­pagne pré­si­den­tielle, Hol­lande est re­ve­nu à plu­sieurs re­prises sur la ma­nière dont le pays doit af­fron­ter la me­nace ter­ro­riste sans al­té­rer ses va­leurs dé­mo­cra­tiques. Une ma­nière d’en­fon- cer un coin avec la droite sur le plan tac­tique mais qui semble re­joindre une pré­oc­cu­pa­tion pro­fonde : « La dé­mo­cra­tie, c’est la grande ques­tion par rap­port à la ques­tion au­to­ri­taire. La ten­ta­tion au­to­ri­taire existe et elle peut sai­sir l’opi­nion pu­blique. »

« Les ex­cès [de Trump] fi­nissent par don­ner un sen­ti­ment de haut-le-coeur » « Sar­ko­zy va trop vite et trop loin »

A cet égard, le lo­ca­taire de l’Ely­sée ne cache pas qu’il ob­serve avec beau­coup d’at­ten­tion les élec­tions amé­ri­caines parce qu’elles ont sou­vent une in­fluence sur la cam­pagne pré­si­den­tielle fran­çaise. Sans s’en­com­brer de pré­cau­tions di­plo­ma­tiques, le chef de l’Etat fus­tige le can­di­dat des ré­pu­bli­cains… amé­ri­cains : « Les ex­cès fi­nissent par don­ner un sen­ti­ment de haut-le-coeur, sur­tout quand on s’en prend, en l’oc­cur­rence Do­nald Trump, à la mé­moire d’un sol­dat. » Al­lu­sion à la polémique dé­clen­chée par le mil­liar­daire qui s’en est pris à une fa­mille mu­sul­mane dont le fils mi­li­taire est mort en Af­gha­nis­tan.

Re­tour à la politique fran­çaise, que le pré­sident ne perd ja­mais de vue très long­temps. Se­ra-t-il à nou­veau can­di­dat ? L’in­té­res­sé ba­laye en sou­riant : « Je ne ré­pon­drai pas à ce­la. » Quel ju­ge­ment porte-t-il au­jourd’hui sur ses prin­ci­paux ri­vaux po­ten­tiels à droite ? Sar­ko­zy va « trop vite et trop loin », es­time-t-il. Quant à Jup­pé, qui n’a pas to­ta­le­ment cla­ri­fié ses po­si­tions sur la sé­cu­ri­té, Hol­lande ba­laye : « Quand on dit ni-ni, on n’est pas au clair. » Hol­lande, lui, a dé­jà une idée as­sez claire du po­si­tion­ne­ment qu’il fau­drait adop­ter pour 2017 : « Le can­di­dat de gauche a plus de chances de ga­gner s’il dit ce qu’il est pos­sible de faire et ce qu’il n’est pas pos­sible de faire, que s’il se lance dans une fuite en avant. La ques­tion qui va nous être po­sée pour la pré­si­den­tielle, c’est quelle so­cié­té nous vou­lons. C’est sur l a France et l a dé­mo­cra­tie que ce­la va se jouer. » @fger­schel

Pa­lais de l’Ely­sée (Pa­ris VIIIe), hier. Face aux jour­na­listes de la presse pré­si­den­tielle, Fran­çois Hol­lande a en­voyé plu­sieurs piques à Ni­co­las Sar­ko­zy et ses pro­po­si­tions.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.