« Je suis ve­nu de Pa­ris, je te­nais à être là »

Ka­mel,

Aujourd'hui en France - - SOCIÉTÉ - J.V.

IL EST RESTÉ deux heures sur le par­vis de la ca­thé­drale de Rouen. Sous la pluie. « Ce­la fait trois-quatre jours que j’y pense et j e suis par­ti à 11 heures ce ma­tin », ra­conte Ka­mel, 58 ans. Les yeux peinent à se dé­ta­cher du grand écran. « J’ai po­sé ma jour­née et fait le dé­pla­ce­ment de­puis Pa­ris pour être là. Si nous, les ci­toyens de confes­sion mu­sul­mane, ne fai­sons pas bar­rage à cette bar­ba­rie, qui pour­ra le faire ? » Il peine à trou­ver les mots : « En tant que ci­toyen et en tant que mu­sul­man, je te­nais à être sur ce par­vis, res­sen­tir cette union avec toutes ces per­sonnes au­tour de moi der­rière ces grilles, celles qui re­gardent les images re­trans­mises à la té­lé. Et dire que l’on est uni, parce que ça ne peut pas conti­nuer. » Pour lui, « les va­leurs d’éga­li­té et de fra­ter­ni­té ont dis­pa­ru. Je ne re­trouve plus ce que mes pa­rents nous ont ap­pris et que j’es­saie pour­tant de trans­mettre à mes en­fants ». Des deux ter­ro­ristes, il s’in­ter­roge en­core, « com­ment peu­ton en ar­ri­ver là ? A égor­ger un prêtre de 86 ans ? Ils ne peuvent être que des jeunes éga­rés, em­bri­ga­dés, qui n’ont pas pu trou­ver les ré­ponses à leurs ques­tions ». Il marque une pause, alors que sur l’écran, les fi­dèles à l’in­té­rieur de la ca­thé­drale se re­laient les uns après les autres pour en­cen­ser le prêtre as­sas­si­né : « Nous sommes tous un peu res­pon­sables. Mais je suis confiant. Je veux l’être. Nos aî­nés se sont unis à plu­sieurs re­prises contre la bar­ba­rie. Nous y par­vien­drons aus­si. »

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